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"Les Belges auront les musulmans qu’ils méritent"

mercredi 14 septembre 2016, par siawi3

Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/l-imam-de-bordeaux-les-belges-auront-les-musulmans-qu-ils-meritent-57ad7e1135709a31055d3c56

L’imam de Bordeaux : "Les Belges auront les musulmans qu’ils méritent"

Bosco d’Otreppe

Publié le samedi 13 août 2016 à 11h45 - Mis à jour le samedi 13 août 2016 à 12h33

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Opinions

Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux, est une voix qui compte. Penseur remarqué et mesuré, grand connaisseur des sociétés occidentales, théologien de renom, il mène un long combat intellectuel pour accorder la pratique de l’islam au contexte sociétal européen. Aujourd’hui menacé de mort par les ténors de Daech, il ne se dit pas isolé au sein de sa propre communauté. Sans mettre entre parenthèses la responsabilité de la communauté musulmane, il refuse d’expliquer les crises d’aujourd’hui par une cause isolée, et rappelle du même coup la Belgique à ses responsabilités. Tareq Oubrou est l’Invité du samedi de LaLibre.be.

Beaucoup appellent de leurs vœux l’avènement d’un islam de France ou de Belgique. Comment pourrait-on le définir ?

Lorsque l’on évoque un islam de France ou de Belgique, je dirais que l’on vise un islam religieux pensé en fonction du droit européen, et prenant en considération l’histoire et la culture de cette Europe dans laquelle il est appelé à s’exprimer. C’est ce que j’appelle la théologie de l’acculturation. Je pense que cet islam de France ou de Belgique est aujourd’hui en cours de théorisation assez avancée, mais qu’il n’a pas encore été approprié par la majorité des musulmans, notamment en raison de leur modeste instruction religieuse.

Nous serions dans une sorte de période de latence, de transition, qui nous mènerait vers cet islam accordé à l’histoire et au contexte européen ?

Oui, même s’il ne faut pas oublier que la majorité des musulmans européens sont parfaitement intégrés dans le monde économique et professionnel. Ils constituent ce que l’on appelle l’islam invisible. Malheureusement, ce qui pose problème, c’est une minorité agissante qui mélange le spirituel, l’identitaire, le psychologique ou le politique. De plus, n’oublions pas que nous demandons un travail de sécularisation aux musulmans que l’Église catholique a mis deux siècles à concrétiser. Le facteur temps est un facteur très important qu’il ne faut pas négliger. Le temps de la religion n’est pas celui de la politique.

(...)

A Bruxelles notamment, on évoque une présence de plus en plus prégnante du salafisme, mouvement rigoriste qui prétend revenir à la pureté originelle de l’islam. Comment expliquer son succès ?

Il s’agit de discours qui ne sont pas violents en tant que tels, mais qui développent une lecture de l’islam qui isole l’individu musulman de la société dans laquelle il vit. Et là est le danger. Son succès s’explique quant à lui par le fait qu’il répond à ce sentiment de frustration vécu par certains musulmans suite à leur exclusion socioéconomique. Ce discours est également le fruit d’une société qui cultive la médiocrité et le règne de l’émotion plutôt que celui du discernement. Le côté binaire du discours salafiste ne peut que plaire aux simplets.

Vous mettez également en garde la communauté musulmane contre ce que vous appelez "la culture d’assiégés". C’est un des travers de la communauté musulmane ?

(...)

Cet entretien est à lire en intégralité dans notre "Sélection LaLibre.be".