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France : Ecole publique - Agir contre la République

jeudi 22 septembre 2016, par siawi3

Source : http://www.gaucherepublicaine.org/ecole-publique/nvb-agir-contre-la-republique/7398419

mardi 13 septembre 2016

Par Fatiha Boudjahlat
Secrétaire nationale du MRC à l’éducation

Source externe : http://la-sociale.viabloga.com...

Lors de sa conférence de presse de rentrée, moment solennel, la Ministre Vallaud-Belkacem a tenu des propos sur lesquels il faut revenir : « L’école idéalisée de la IIIe République était-elle juste ? Capable de transmettre un attachement sincère aux valeurs républicaines, comme l’Histoire l’a montré en 1940 ? ». Derrière cette seconde phrase mal construite, dans l’ellipse vertigineuse de 60 ans et la dilution du contexte européen et mondial, se trouve toute l’idéologie indigéniste et misérabiliste à l’œuvre au Ministère de l’Éducation Nationale et dans la gauche socialiste.

Le point Godwin est atteint sans grande finesse. C’est l’école de la IIIe République qui aurait conduit à ou permis le régime de Vichy ? Qui serait responsable de la défaite ? Du vote des pleins pouvoirs à Pétain ? Du régime de la Collaboration ? C’est cocasse quand on sait que le Conseil d’État base ses avis sur le statut des parents accompagnateurs des sorties scolaires sur un avis émis le 22 Mars 1941, précisément sous Vichy… C’est cocasse quand on sait que cette école a aussi permis, s’il faut la rendre responsable de tout, l’arrivée au pouvoir du Front populaire. Cette école que Pétain s’est attaché à détruire, en raison même des principes que Ferry lui avait fixé.

L’école de la IIIe République, c’est celle de la mise en place d’un enseignement laïque, gratuit et obligatoire par les lois adoptées en 1881 et 1882. C’est cette école que la Ministre moque. La mise en série fait sens : cette Ministre qui a autorisé le port de signes religieux ostentatoires par les accompagnants scolaires. Cette Ministre qui s’est opposée à Manuel Valls sur le sens et la condamnation du burkini. Et si ce qui déplaisait le plus à la Ministre était précisément l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire ? Cette déclaration n’est pas une maladresse, c’est l’illustration des choix idéologiques de la Ministre. Elle reprend en fait les critiques adressées à l’école par deux ouvrages emblématiques dont les auteurs ne veulent pas du bien à la France.

Le premier : L’école des réac-publicains ((Grégory Chambat, éd Libertalia, 2016)), sous-titré, tout en nuance, « La pédagogie noire du FN et des néoconservateurs ». Ce livre, produit du courant libéral-libertaire, prend comme adversaires absolus l’École de la IIIe République et Jules Ferry, à qui il est reproché « d’avoir voulu clore l’ère des révolutions », une école décrite comme laïque et colonisatrice, les deux allant de pair. L’auteur, qui ne trouve rien à redire à l’actuelle réforme du collège, écrit d’ailleurs que NVB est attaquée parce qu’elle est une femme, p. 145, puis parce qu’elle est arabe, p 157. Je n’aurai plus qu’à adresser ces deux reproches finauds à tous ceux qui me critiqueront. L’auteur oppose la République, notre République, qu’il qualifie de « nationaliste » à la « République universelle et sociale, celle dont rêvaient les communards avant d’être massacrés par les futurs fondateurs de la IIIe République et de son école… » L’école de Ferry se voulait « garante de l’ordre social (…) s’appliquant à éduquer séparément les classes sociales » (p 27). C’est pourtant exactement ce que renforce la réforme du collège par la différentiation sociale des enseignements et la ghettoïsation, que la Ministre désignait sous l’aimable expression de « singularités territoriales ». « Instrument de la revanche nationale après la défaite de 1870, rempart contre la lutte des classes et la montée du socialisme, [l’école de Ferry] forge elle-même sa propre mythologie auprès des nouvelles générations élevées dans l’idéal éducatif d’une école « publique, gratuite, laïque et obligatoire ». La Ministre évoque précisément cette idéalisation qu’elle juge indue.

On retrouve cette aversion pour l’école de la IIIe République dans un autre ouvrage : Fatima moins bien notée que Marianne1, de F. Durpaire et B. Mabilon-Bonfils. Un extrait des plus significatifs se trouve à la page 10 : « Il y a une certaine manière de penser la République qui en fait un monolithe, où l’indivisibilité du collectif doit nécessairement passer par l’invisibilité des individus. Cette conception a été largement portée par l’école de la IIIe République. Chez Jules Ferry, qui fut l’un des pères fondateurs à la fois de l’école publique et de l’empire colonial, tous les peuples allaient, petit à petit, grâce à la Raison universelle transmise par l’école, accéder à la Civilisation universelle incarnée par la patrie des droits de l’homme… Il en était des enfants comme des colonisés ».
Cette école que ceux qualifiés de « réactionnaires », de « conservateurs » et de « racistes » veulent ambitieuse, exigeante, égale dans ses attentes, émancipatrice, ces auteurs et la Ministre n’en veulent pas. Eux la décrivent comme autoritaire, nationaliste, conservatrice, ségrégative, colonisatrice. M. Chamblat critique « cet élitisme [qui] ne dissimule même pas ce qu’il doit aux réflexes de classe à travers un éloge appuyé des inégalités et une défiance vis-à-vis de la démocratie teintée de germanophobie ». Le piège classique : l’accusation d’élitisme et de xénophobie. M. Durpaire et Mme Mabilon-Bonfils fustigent ce qu’ils décrivent comme de l’autoritarisme occidental refusant de prendre en compte les communautés et qui se traduit par « Le travail d’inculcation par le « haut » dans l’école, d’une mémoire collective, [qui] correspond à une œuvre de réduction des « indigènes », avec toujours cette haine de la laïcité. Elle est qualifiée par les auteurs de : « conquérante », « d’instrument de conquête coloniale », d’« extensive », elle est « dévoyée » et « pour certains politiques [elle est] devenue un instrument d’agression des minorités ».

La cohérence idéologique est là. La laïcité, c’est la colonisation intérieure d’un État retrouvant ses « mâles accents » de la IIIe.Notre République est à amender. Le mot à la mode ? L’inclusion. Ce thème a même fait l’objet d’un rapport remis à Jean-Marc Ayrault en 2013, titré : La grande Nation. Pour une société inclusive. Son auteur ? Thierry Tuot, un conseiller d’État qui se trouve être également un des auteurs de l’avis du Conseil d’État invalidant l’arrêté anti-burkini. Cohérence, cohérence… En voici un extrait, savoureux : « Encore plus périphérique et stratosphérique même, l’invocation rituelle, chamanique, des Grands Concepts et Valeurs Suprêmes ! Empilons sans crainte –ni du ridicule ni de l’anachronisme !-les majuscules les plus sonores, clinquantes et rutilantes : Droits et Devoirs ! Citoyenneté !Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! ». Discours dont le conseiller moque « l’archaïsme et la boursouflure ». Yves Tuot préconise une « société inclusive, parce que la « société qui intègre se transforme autant qu’elle transforme ». « Ne parlons pas à ceux qui peinent à s’intégrer avec des mots que nos manuels scolaires ont abandonné depuis cinquante ans. Nous sommes des générations de paix, de prospérité, d’Europe, de liberté : cessons de singer le discours martial de la revanche de 1870… ». Où l’on retrouve les propos de l’ouvrage libéral-libertaire de Gregory Chamblat … sous la plume d’un haut-fonctionnaire. L’historien des séries TV américaines Durpaire et la sociologue Mabilon-Bonfils en appellent eux aussi à une « laïcité d’inclusion ». C’est bien la République qui est visée. C’est bien le communautarisme qui est valorisé.
Cette ellipse faite par la Ministre entre l’école de la IIIe République et la défaite de 1940, ce lien fait avec Pétain, avec la collaboration, interrogent. La Ministre a fait rapatrier le bureau de Jean Zay lors de la commémoration de son exécution. Elle aurait mieux fait de lire l’ouvrage qu’il écrivit en détention2 Voici un passage entrant en résonance avec les propos de la Ministre, et qui illustre les dérives idéologiques de la gauche et de certains hauts-fonctionnaires comme le conseiller d’État M. Tuot : « Le manque de caractère dont ont fait preuve tant de hauts fonctionnaires républicains depuis Juin 1940, la facilité avec laquelle ils ont subi les nouveaux maîtres, assumé sans révolte de conscience toutes les besognes qu’on leur imposait, ont illustré tristement l’insuffisance de leur formation civique et professionnelle. La République a payé de leur reniement une de ses plus fâcheuses défaillances. Elle avait négligé de surveiller leur recrutement (…) : ils ne l’ont pas défendu. » Les hauts fonctionnaires de 1940 ont trahi, et ce n’est pas dû à l’école de la IIIe République, mais bien à une élite dans la reproduction et l’entre soi, et qui n’avaient pas besoin de l’école laïque, gratuite et obligatoire. Notre Ministre ne défend pas notre modèle républicain. Ses prédécesseurs et elle n’ont eu de cesse de détricoter cet instrument par excellence de l’égalité et de l’émancipation républicaine qu’est l’école publique et nationale.
Cette école qui est encore obligatoire, sauf pendant les fêtes religieuses. Qui est laïque, sauf pendant les sorties scolaires. Qui est gratuite pour les moins riches et les moins mobiles, parce le Ministère de l’Éducation Nationale aura tout fait pour inciter les parents de classe moyenne et supérieure à scolariser leurs enfants dans le privé. Cohérence, cohérence toujours. La sénatrice Benbassa, dans une interview donnée au site Oumma-TV du 16 Décembre 2005, observe que les parents juifs ont massivement quitté l’école publique pour scolariser leurs enfants dans les établissements privés confessionnels. Ce qui pour elle « contribue à réduire les cas d’antisémitisme. Elle ajoute que la solution aux difficultés liées à l’application de la laïcité réside « dans la mise en place d’écoles musulmanes ». C’est exactement ce qu’avait préconisé, il y a deux ans, un groupe de travail du PS, incluant deux secrétaires nationaux. Cette école qui reçoit chacun dans sa diversité et réunit les enfants dans un sentiment d’appartenance à une même Nation, dépassant les attaches communautaires, voilà l’ennemi. Cette école de la Nation ne peut contenter les contempteurs de la Nation.
L’école de la IIIe République était plus juste que celle que ce quinquennat socialiste aura laissé. Plus républicaine. Pourtant, cette école fustigée, c’est aussi celle du Front Populaire. Celle de Jean Zay donc, qui écrivait dans le même ouvrage : “La France de demain ne saurait penser à introduire le catéchisme politique, le militantisme partisan à l’école, comme Vichy n’a pas craint de le faire à l’imitation impie de Berlin et de Rome, mais elle devra chercher l’équilibre nécessaire entre la générosité de sa tradition culturelle et les nécessités vitales du monde moderne. Elle devra cimenter un corps de doctrines françaises, doctrines de la liberté et de la souveraineté populaire, des devoirs librement consentis et d’autant plus fidèlement remplis, les enseigner, les imposer, enrôler à leur service, boucher les fissures par où passaient les abandons et les trahisons, ne plus souffrir qu’on transige avec l’héritage de vie, exiger qu’on le défende comme le corps et l’âme de la patrie. »3
Il n’est pas question ici d’inclusion mais de ces grands mots critiqués par un Conseiller d’État censé défendre notre régime et notre Droit. Il n’est pas question ici d’accommodement, de pluralité de parcours. Cette école de la IIIe République, c’est celle que nous devons défendre. Cette école laïque, publique, gratuite et obligatoire est le lieu du brassage, de la rencontre, elle porte l’ambition que la Nation nourrit pour ses enfants. Elle fait l’objet d’attaques, du Ministère, pour des raisons idéologiques autant que budgétaires. De la part d’Islamistes et de Daesh, plus intéressés par la ghettoïsation ethnique et la mise en coupe réglée de la jeunesse. Notre école est celle de la République.

1 Pour une laïcité d’inclusion, éditions de l’aube, 2016 [↩]
2 Souvenirs et solitude, Paris, Belin, 2010, p 367 à 369. [↩]
3 Souvenirs et solitude, 1943, Paris, Belin, 2010, p. 468

Commentaire de la Rédaction de ResPublica : L’école de Jules Ferry, c’était certes l’école de la revanche, mais ce n’était pas que cela. Elle était idéologique, coloniale même si on veut, mais elle dispensait aussi du savoir. Du savoir mâtiné d’idéologie, mais du savoir. Et le travail des enseignants de gauche a consisté à augmenter la part du savoir au détriment de la part idéologique.
Seulement, ce qui fait la fortune des libéro-libertaires, c’est l’idée accréditée que le savoir n’existe pas : il n’est qu’une forme d’idéologie, il est en soi une « violence symbolique ». Cet historicisme est fondamental dans le rapport Bourdieu-Gros, qu’on ne citera jamais assez. Nier la science, c’est une position obscurantiste. Evidemment, de la part de ces libéro-libertaires pétris de religiosité anglo-saxonne, ce n’est pas étonnant. Mais le marxisme étroit diffusé par le PCF et ses satellites a fait son oeuvre : j’ai longtemps entendu dans les années 70 et 80 dénigrer cette école bourgeoise, comme irrécupérable. En voilà la conséquence. JNL