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Algérie : "De nos frères blessés"

Book Presentation

dimanche 18 septembre 2016, par siawi3

Source : http://www.algeriades.com/daniel-edinger-%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D9%8A%D9%84/article/sur-fernand-iveton-de-nos-freres

17.09.2016

Sur Fernand Iveton :
De nos frères blessés, de Joseph Andras
Actes-Sud/Barzakh, mai 2016

Un roman, De nos frères blessés de Joseph Andras (Actes-Sud/Barzakh, mai 2016), revient sur l’arrestation, la détention, le procès et l’exécution de l’ouvrier communiste et militant anticolonialiste algérien Fernand Iveton, au cœur de la guerre d’indépendance. L’auteur questionne les angles morts du récit national [français] et signe un fulgurant exercice d’admiration, peut-on lire dans la présentation de l’éditeur. Récompensé du Goncourt du premier roman, Joseph Andras a décliné le prix et sa dotation de 5 000 euros, en prenant soin d’expliquer dans une lettre aux Goncourt que "l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie (...) : seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique".

Depuis plusieurs années, une cérémonie de recueillement à sa mémoire a lieu, tous les 11 février, au cimetière chrétien de Bologhine (ex-Saint-Eugène). L’an dernier, elle a eu lieu le 25 février. "Parmi les membres présents, rapportait le journal El Watan (26 fév.), "on comptait une seule personnalité officielle en la personne du président du CNES, Mohamed-Seghir Babès". Organisée en présence notamment de compagnons d’armes comme Abdelkader Guerroudj, mais aussi d’Annie Steiner ou de l’Algéro-Argentin Roberto Muniz, "beaucoup [...] n’ont pas hésité à faire le déplacement jusqu’au cimetière chrétien de Bologhine en dépit de leur âge comme un défi à l’amnésie officielle qui veut confiner le sacrifice d’Iveton, Henri Maillot, Maurice Laban, Maurice Audin, Raymonde Pechard et des autres chouhada d’origine européenne aux oubliettes".

Dans François Mitterrand et la guerre d’Algérie, publié en octobre 2010 chez Calmann-Lévy, l’historien Benjamin Stora et le journaliste au Point François Malye éclairent, un peu plus avant, le rôle de François Mitterrand, garde des Sceaux du gouvernement socialiste de Guy Mollet en 1956, au sujet de l’exécution de Fernand Iveton (1926-1957). Les deux auteurs ont exhumé un document des archives du Conseil supérieur de la magistrature qui établit que "François Mitterrand -comme la totalité des membres du CSM- s’est bien opposé à la grâce du seul Européen exécuté pendant la guerre d’Algérie, un homme qui n’avait pourtant tué personne".

"Depuis 1991, cet ancien magazine diffusé sur France 3, "Aléas" racontait des histoires de gens, d’événements, de rencontres, d’incidents... Tout ce qui fait la vie dans ce qu’elle a d’imprévisible et d’aléatoire." Les trois films de cette édition (04/2004), plutôt heurtée, avaient en commun la guillotine et les deux premiers l’Algérie coloniale.
Si le premier était consacré à Fernand Meyssonnier, exécuteur et fils d’exécuteur en Algérie jusqu’en 1962, le second dressait le portrait de l’une de ses victimes : Fernand Iveton, le seul européen des 198 guillotinés de la guerre d’Algérie.

Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple s’ouvre sur des images d’Alger en noir et blanc et la voix de François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, qui assène en 1954 son fameux "l’Algérie c’est la France et la France ne saurait reconnaître chez elle d’autre autorité que la sienne". Daniel Edinger revient ensuite sur les derniers mois de Fernand Iveton, ouvrier communiste surpris le 14 novembre 1956 dans l’usine à gaz du Hamma où il travaillait, entrain de régler la minuterie d’une charge explosive -"pour éviter des pertes humaines" soutiendra-t-il. Arrêté, interrogé et torturé, il est condamné à mort dix jours plus tard.

Me Albert Smadja, alors jeune avocat commis d’office, se souvient du pourvoi en cassation, puis du recours en grâce auprès du président Coty qui sera refusé. Au matin du 11 février 1957 à la prison de Barberousse (auj. Serkadji) d’Alger, Fernand Iveton est exécuté en même temps que deux autres condamnés algériens : Mohamed Ouenouri et Ahmed Lakhnache. L’avocat ne peut contenir ses sanglots lorsqu’il se remémore ce matin, "il faut imaginer, dit-il, l’horreur de cette exécution.... Lorsqu’on lui demande quels furent les derniers mots d’Iveton, l’avocat répond : "Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante".

Le film se termine sur un poème d’Annie Steiner (Ce matin ils ont osé), une autre militante détenue dans le quartier des femmes. Le 13 février 1957, deux jours après l’exécution, ajoute Me Smadja, il est lui-même arrêté en même temps que 130 européens et 14 avocats, accusés de sympathie envers les insurgés algériens... Le défenseur de Fernand Iveton restera deux années en détention.

Un demi-siècle après l’indépendance du pays, seule une petite ruelle, dans le quartier d’El-Madania (ex-Clos Salembier) où il est né, porte son nom.