Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Pakistan : Au-delà du meurtre de Quandeel Baloch..

Pakistan : Au-delà du meurtre de Quandeel Baloch..

mardi 27 septembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/07/bribes-hebdos-au-dela-du-meurtre-de.html

23 Juillet 2016

L’assassinat par son propre frère de la star pakistanaise des réseaux sociaux Quandeel Baloch, de son vrai nom Fauzia Azeem, a été largement relayé par la presse internationale. L’occasion de rappeler qu’il n’est qu’un épisode de plus d’un phénomène social massif, qui plus est couvert par la loi.

- Crimes d’ " honneur "

La commission pakistanaise pour les droits humains a dénombré 1609 victimes de ces crimes l’année dernière, et d’ores et déjà 200 meurtres cette année. L’écrivain Fatima Bhutto nous donne quelques exemples récents : « En Mai, une jeune femme de 17 ans nommée Ambreen Riasat a été étranglée puis brulée pour le crime d’avoir aidé une amie à s’enfuir. En juin, Maria Sadaquat, une professeure de 19 ans a été torturée et brulée vive pour avoir refusé une demande en mariage. Avant d’être assassinée, elle était allée porter plainte à la police suite à un premier enlèvement où cinq hommes l’avaient battue. Mais la police ne fit rien. La semaine d’après une autre adolescente, Zeenat Rafiq, fut attachée à son lit auquel sa mère mit ensuite le feu car elle avait épousé un homme d’une autre région. Alors que la jeune femme tentait de s’extraire des flammes, sa mère est sortie dans la rue en criant « j’ai tué ma fille, je l’ai tué car elle a sali le nom de notre famille. »
Elle indique par ailleurs l’ampleur du problème en rappelant : « La principale monnaie d’échange que possède un individu ordinaire au Pakistan, c’est l’honneur – c’est ce qui permet aux gens de survivre dans un système impitoyable. L’honneur c’est ce qui sert de garantie pour les prêts informels, de protection contre les gangsters et les policiers corrompus, c’est ce qui permet souvent de dégoter un emploi. » (Pakistan’s obsession with dishonour is fatal for women, Financial Times, 2016-07-23)

et lois complaisantes

Dans l’étrange mélange entre vieilles lois anglaises et charia qui caractérise le système légal pakistanais, deux lois se distinguent notamment. Les lois dites de qisas (châtiment) et diyat ( prix du sang), promulguées en 1990, permettent aux proches d’une victime de décider si son ou ses assassins doivent subir le qisas ou être pardonnés, souvent après avoir payé le diyat.

Or, comme beaucoup de meurtres « d’honneur » sont des actes prémédités et préparés par des familles entières, les charges sont souvent abandonnées et un accord trouvé avant que les tribunaux n’interviennent, surtout bien évidemment quand l’assassin vient d’un milieu aisé et est donc en mesure de payer un diyat élevé. Une tentative de réforme en 2015, qui prévoyait que même en étant pardonné par la famille de la victime, le tueur devait faire sept ans de prison, a finalement échouée.
Ces lois qui visaient au départ à en finir avec les guerres de clans dans les zones tribales sont finalement devenues un moyen de couvrir ces assassinats, qui se déroulent aussi beaucoup en milieu urbain.

Rappelons par ailleurs que les lois anti-blasphème toujours en vigueur au Pakistan servent encore à réprimer très durement toutes les forces séculières du pays.