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La tragédie d’Orlando et l’histoire enchevêtrée du djihad et de l’homosexualité.

jeudi 29 septembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/07/djihad-atheismehomosexualite-2.html

31 Juillet 2016

Djihad et homosexualité (2) : Ali Olomi

Nous publions ici la traduction d’un article d’Ali Olomi paru le 21 juin 2016 sur le site universitaire américain ReligionDispatches.

La tragédie d’Orlando et l’histoire enchevêtrée du djihad et de l’homosexualité.

Quand Omar Mateen, un jeune homme né en Amérique a attaqué un club gay de Orlando, il a choisi sa cible délibérément. L’attaque a fait 49 morts et plus encore de blessés dans une communauté d’ores et déjà marginalisée et qui fait régulièrement face à des discriminations aux USA.
Très vite des informations ont indiqué que Mateen avait fait allégeance à des groupes djihadistes. Plus tard, l’enquête a révélé qu’il vivait mal sa sexualité puisqu’il fréquentait le night-club et qu’il utilisait des applications de rencontre gays. Pour certains cela rend plus trouble ses motivations, mais cela n’est vrai que si l’on ne comprend pas l’histoire du djihadisme.
Le djihadisme est une tendance particulière de réforme politique et sociale qui a émergé comme mouvement anti-colonial dans le monde musulman. En réponse à la menace de l’hégémonie européenne, le djihadisme a opposé une résistance violente et a cherché par cette violence a réformer le monde musulman.
Au cœur de cette violence politique djihadiste il y a des conceptualisations particulières du genre et de la sexualité. Le djihadisme imagine une masculinité militante glorifiée qui protège le monde musulman de la menace européenne et purifie la société de sa décadence interne.
Traditionnellement, dans l’histoire musulmane, la diversité sexuelle a été relativement tolérée et les gays, lesbiennes, transgenres occupaient une place certaine dans l’espace public des sociétés musulmanes médiévales.
Le fondateur du mouvement salafiste moderne, Muhammad ibn ’Abd al-Wahhab, vivait dans un monde marqué par le déclin de l’empire Ottoman et la montée en puissance des empires européens. Les visiteurs européens dans les terres musulmanes voyaient la tolérance et la diversité du désir sexuel comme le signe de l’état arriéré de l’Islam. Pour les orientalistes européens, le monde musulman était simultanément le lieu de fantasmes sexuels exotiques tout autant qu’une antre de perversion.
Les descriptions orientalistes d’une culture languissante et hédoniste s’empara de l’imagination des européens. Des œuvres d’art comme la Grand Odalisque de Ingres représentent des concubines dans des harems. Des récits de voyage comme Voyage dans la haute et basse Egypte de C.S. Sonnini notent sur un ton désapprobateur : « Ce n’est pas pour les femmes que leurs chansons sont composées, ce n’est pas à elles qu’on prodigue de tendres caresses, des objets bien différents les excitent. »
Selon l’historien, William Gervaise Clarence-Smith : « Beaucoup d’occidentaux percevaient l’homosexualité comme une preuve de survivances primitives ou de décadence biologique. De telles notions influencèrent les réformateurs musulmans qui souhaitaient rétablir le prestige de leur pays. »
Ibn’Abd al-Wahhab lia ce qu’il voyait comme le déclin du monde musulman à la sexualité. Pour lui, la diversité sexuelle qui avait caractérisé une bonne partie de l’histoire islamique était le signe d’une décadence devant être extirpée. En réponse aux orientalistes imaginant un homme musulman « perverti sexuellement », ibn’Abd al-Wahhab appela au Djihad pour purifier le monde musulman.
Les premières actions de djihad des partisans de ibn’Abd al-Wahhab furent menées contre les gardiens homosexuels des sites sacrés de La Mecque et de Médine. Pendant des siècles, ces gardiens avaient veillé sur les sites les plus sacrés de l’islam, mais pour ibn’Abd al-Wahhab et ses partisans, ils représentaient un ordre social qu’il fallait renverser violemment.
Clarence-Smith poursuit : « Les forces Wahhabites voulaient nettoyer les lieux saints de la Mecque et de Médine de toute activités homosexuelles..La tolérance n’était plus acceptable.. Les djihadistes étaient de zélés réformateurs des mœurs sexuelles des croyants. »
Le premier djihad de l’ère moderne ne fut pas mené contre l’Occident mais contre les gays musulmans.
Au coeur de ce djihad il y avait la formulation d’une masculinité militante. Les partisans salafistes de Ibadan al-Wahhabite définissait leur hétérosexualité et leur virilité à travers l’oppression des hommes gays. Alors que les lesbiennes étaient marginalisées, les hommes gays étaient considérés comme particulièrement subversifs par le salafiste.
Cette idéologie salafiste a plus tard inspiré les mouvements djihadistes Al Quaeda et Daesh. D’une manière perverse, ces groupes répondent à un sentiment d’émasculation. L’impuissance du monde musulman d’abord face au colonialisme européen puis au militarisme américain, a engendré un sentiment d’insécurité que chaque groupe djihadiste cherche à résorber.
L’utilisation par Daech de l’esclavage sexuel et l’exécution de musulmans gays n’est pas un vestige de l’islam médiéval mais une expression moderne de violence anti-coloniale prise dans la nasse d’une rhétorique djihadiste qui glorifie une masculinité militante tout en ré-imaginant l’histoire islamique, effaçant diversité et complexité en faveur d’une application rigide des principes politiques censés permettre de retrouver la puissance passée.
La propagande des combattants de Daesh dévoile leur anxiété sexuelle. Les images où on les voit posant dans des postures héroïques, rappelant les super-héros et les personnages de jeux vidéo sont frappantes. Les combattants de Daesh sont décrits comme hyper-masculins, forts et violents. De bien des façons, ce type de masculinité n’est pas propre au monde musulman. Seuls ceux qui ne connaissent rien à l’histoire peuvent ignorer le fait que le second amendement – de la constitution américaine- a été racialisé ; le droit d’être armé équivaut souvent au droit de porter des armes contre les immigrants et les personnes de couleur. (..) Tandis que la militance américaine est définie en opposition aux immigrants et aux personnes de couleur, la formulation djihadiste de la masculinité est défini par l’exclusion des femmes et la violence contre la communauté LGBT. Tous les deux sont les expressions d’une masculinité toxique.
Il est tentant de voir le djihadisme seulement comme un phénomène religieux, mais son histoire est enchevêtrée avec des anxiétés anti-coloniales qui ont redéfini la religion en opposition à la trajectoire au sens large du monde islamique. On ne peut pas ignorer comment la violence homophobe de Omar Mateen contraste avec la mise en valeur de l’homo-érotisme chez Rumi.
Le fait que Omar Mateen violentait son ex-femme n’est pas une coïncidence. La violence contre les minorités sexuelles va de pair avec la violence contre les femmes. Si les gays deviennent les signes d’une décadence morale et sociétale qu’il faut purifier, alors la femme devient le symbole de la vulnérabilité qui doit être protégée.
Le port obligatoire du voile est censé amené la preuve du dévouement des militants djihadistes à la préservation de la société. Comme le note, le chercheur Minoo Moallem dans son travail sur le fondamentalisme en Iran :
« Le voile signifie une féminité islamique... à travers une féminité islamique et une masculinité correspondante, on renforce l’hétero-normalité comme objet central de la pratique de la citoyenneté. »
(..) Omar Mateen s’imaginait faire parti d’une confrérie de djihadistes qui se reconnaissent entre eux par la domination sur les femmes et la répression des minorités sexuelles. C’est une définition lourdement in-sécurisée d’une masculinité largement fantasmée et qui s’exprime par une violence abjecte.
Au cœur du djihadisme, il y a donc le rejet de l’influence occidentale et simultanément l’acceptation du diagnostic des orientalistes européens sur la tolérance de la diversité sexuelle comme le signe d’une décadence et d’un laisser-aller moral de l’Islam. Pour les djihadistes, cette « décadence » ne peut être purifiée que par la violence. L’assaut d’Omar Mateen s’inscrit dans l’histoire d’un djihadisme qui redéfinit les mœurs sexuelles autour de la violence.
La plus grande menace contre cette violence, c’est le rappel de la diversité sexuelle présente tout le long de l’histoire de l’Islam.