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France : Camp d’été décolonial : Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe

lundi 26 septembre 2016, par siawi3

Source : http://alainjakubowicz.fr/index.php/2016/08/24/camp-dete-decolonial-rosa-parks-doit-se-retourner-dans-sa-tombe/

Posted on 24 August 2016

par Alain Jakubowicz
résident de la LICRA

Photo : Rosa Parks seated toward the front of the bus, Montgomery, Alabama, 1956. (Photo by Underwood Archives/Getty Images)

Le « camp d’été décolonial » organisé à partir du 25 août à Reims est une injure faite au combat antiraciste et à la République et ceux qui en ont pris l’initiative sont des imposteurs. La logique qui préside à l’organisation de ce symposium monochrome, uniquement ouvert « aux victimes du Racisme d’Etat », est folle et dangereuse : prétendre qu’il faut avoir été victime d’une discrimination pour la combattre est une aberration qui, sous couvert d’antiracisme, établit une ségrégation qui n’a rien à envier aux assemblées du Ku Klux Klan ou aux pires pavillons des expositions coloniales. Séparer les Noirs des Blancs pour lutter contre le racisme est la négation même du combat pour l’égalité.

Le “racisme d’Etat” : imposture et manipulation

En France, il n’existe pas de « racisme d’Etat ». Entretenir cette idée, c’est s’attaquer à l’antiracisme et à la République. Vichy était un « racisme d’Etat » parce qu’il avait inscrit dans sa loi la ségrégation des juifs avant d’organiser leur déportation en complicité avec les Nazis. L’apartheid en Afrique du Sud était un « racisme d’Etat » parce qu’il avait constitutionnellement établi le séparatisme entre les blancs et les noirs. Le colonialisme reposait sur “un racisme d’Etat” parce qu’il avait instauré dans les colonies un régime juridique dominateur et inégalitaire. Mais qui peut sérieusement prétendre que la République Française est aujourd’hui un Etat raciste ?

Une logique néocoloniale

Derrière cette manipulation grossière, il y a la volonté de faire douter de nos institutions. Il y a surtout la volonté d’exhumer à des fins politiques le colonialisme et sa rhétorique : bienvenue au camp d’été des coloniaux ! L’idéologie des organisateurs de ce camp est en effet foncièrement néocolonialiste et raciste. Pour eux, les Noirs et les Maghrébins ne sont pas des citoyens, ils sont « Indigènes » et forcément des damnés de la terre, « dominés », discriminés et victimes. Le Blanc, quant à lui, est nécessairement essentialisé en dominateur raciste, impérialiste et sûr de sa supériorité. L’idée de ce camp, au final, n’est pas de lutter contre le racisme mais de lutter contre « le Blanc ». Comme au temps honni des colonies, le critère de couleur devient discriminant et tout Blanc qui voudrait participer à ces réunions devient un intrus insupportable. Quant au Noir qui dénoncerait cette pantalonnade, il est au mieux un complice, au pire un renégat.

” Il n’existe pas d’antiracisme en dehors de l’universalité des valeurs”

Tous ceux qui sont attachés à l’universalité de nos valeurs, si chèrement acquises, doivent entrer en résistance contre cette logique de régression vénéneuse qui veut nous ramener plus de deux siècles en arrière. L’universalité des valeurs rassemble tandis que le repli identitaire et communautaire sépare. Croire en l’égalité, c’est refuser d’enfermer de nouveau la différence dans une cage de préjugés et de servitude. La République ne reconnait ni race, ni communauté, ni ethnie, ni indigènes, ni noirs, ni blancs. Il n’existe pas d’antiracisme en dehors de l’universalité et de l’unité biologique du genre humain. Nous vivons parmi des citoyens, à part entière et égaux devant la loi. Que les inégalités et les discriminations demeurent des plaies béantes contre lesquelles il faut sans cesse lutter est une réalité que personne ne nie. Cela ne fait pas de notre Etat de droit un Etat raciste.

Le 1er décembre 1955, en refusant de se lever pour laisser sa place à un Blanc dans le bus qui la ramenait du travail, Rosa Parks a accompli un acte de courage historique, pour que l’on cesse de séparer les Noirs des Blancs, au nom de l’universalité des droits et des valeurs. Devant l’organisation de ce camp d’été décolonial, à coup sûr, elle doit se retourner dans sa tombe.”