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De l’islamisme au surmusulman : quand la psychanalyse se penche sur les parcours sacrificiels

mercredi 28 septembre 2016, par siawi3

Source : http://www.telerama.fr/idees/de-l-islamisme-au-surmusulman-quand-la-psychanalyse-se-penche-sur-les-parcours-sacrificiels,142381.php

Weronika Zarachowicz

Publié le 16/05/2016. Mis à jour le 16/05/2016 à 09h26.

Six mois après les attentats de Paris, on peine encore à expliquer le comportement de leurs auteurs. Faut-il aller chercher dans leur inconscient les motifs réels de leur violence et et de ce délirant désir de sacrifice ?

Entretien avec le psychanalyste Fathi Benslama, auteur d’“Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman”.

La psychanalyse peut-elle aider à penser la volonté sacrificielle qui s’est emparée ces dernières années de jeunes Français, au nom de l’islam ? Oui, répond Fathi Benslama dans un essai percutant, Un furieux désir de sacrifice. Le Surmusulman, qui vient d’être publié aux éditions du Seuil. Le psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot, auteur de La psychanalyse à l’épreuve de l’islam (Aubier, 2002) et La guerre des subjectivités en islam (Lignes, 2014) y éclaire la réalité de la radicalisation grâce à la figure du « surmusulman » : un musulman imprégné par l’islamisme, hanté par la culpabilité de n’être « pas assez musulman » et par le sacrifice.

Entretien.

Comment est né ce concept de « surmusulman » ?

L’idée m’est venue peu à peu, en travaillant dans les services de protection de l’enfance en Seine-Saint-Denis, au cours des années 90. Pendant une quinzaine d’années, j’ai vu en consultation des musulmans et observé chez une partie d’entre eux la montée d’une culpabilité profonde par rapport à la religion, et du tourment de « n’être pas assez musulman ». A l’époque, on ne parlait pas de radicalisation mais d’intégrisme ou de fanatisme. Ces individus étaient non seulement confrontés à une sorte d’exigence intérieure mais également aux harcèlements des prédicateurs les accusant des pires crimes moraux, et les sommant de prouver qu’ils étaient de « bons » musulmans. D’où des processus d’affirmation identitaires par la religion : il s’agissait de dépasser leur sentiment de honte en s’identifiant au musulman exemplaire, le Prophète, et en devenant plus musulmans que ne l’étaient leurs parents, ou grands-parents. Pour eux, il n’était plus suffisant de vivre leur religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée d’humilité. Car l’une des significations du mot « musulman » est « l’humble », ce qui constitue le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire d’afficher l’orgueil de sa foi face aux autres. Il y a les démonstrations publiques – prières dans la rue, marquages corporels et vestimentaires… Certains expriment le « surmusulman » sous forme de tendance. D’autres se mettent à l’incarner, c’est-à-dire à exprimer une toute-puissance religieuse, de façon agressive, voire dangereuse dans certains cas.

Que peut apporter la psychanalyse dans la compréhension de ces comportements ?

Avec Le Surmusulman, je propose un diagnostic sur la vie psychique de musulmans imprégnés par l’islamisme, hantés par la culpabilité et le sacrifice. Mon but est d’apporter des éclaircissements, pas de tout expliquer. Aucune discipline ne peut fournir une explication globale. Qu’il s’agisse des approches en termes géopolitiques, en termes de civilisation (appréhendant l’islam comme une civilisation en crise), ou en termes sociologiques, aucune ne peut prétendre à rendre compte à elle seule du phénomène. L’approche psychanalytique, informée du terrain, en intersection avec d’autres savoirs, peut ouvrir une brèche ; c’est d’ailleurs le croisement du clinique et du social qui a permis la décantation de cette figure du surmusulman. Cette notion a pour but de permettre de penser ces comportements, par delà les différences qui peuvent exister entre salafistes ou takfiristes. Je ne les récuse pas mais je propose de penser l’excès en tant que tel, de façon plus générale.

Par ailleurs je m’adresse plus spécifiquement aux musulmans en leur disant : voilà, le danger est là, chez ce surmusulman. C’est ce qui menace votre culture, votre religion, votre civilisation. C’est un danger pour vos enfants, pour votre place dans le monde. Le surmusulman est un symptôme, qui correspond à un désespoir chez certains musulmans.

“Qu’est ce qu’un être humain sans croyance ? Cela n’existe pas ! Toute la société repose sur l’idée d’une confiance qui est la base de la croyance.”

Les « psy » sont arrivés tardivement sur le terrain de l’étude de la radicalisation. Pourquoi ?

Effectivement, la première rencontre en France à ce sujet, entre cliniciens, ne s’est tenue qu’en mars 2015. Les causes de ce décalage avec les sciences sociales sont multiples. Il faut d’abord rappeler que les phénomènes de croyance sont des phénomènes « normaux », et que la limite entre le normal et l’anormal est très difficile à évaluer. Et puis, pour la psychanalyse, le normal et le pathologique ne sont pas des qualités mais des quantités. Chacun de nous compte, en soi, de petites quantités d’aspects pathologiques. Chez certains individus, ces quantités sont plus importantes. De même une quantité trop grande de croyance peut-elle finir par devenir de la crédulité ou du fanatisme. Mais de façon générale, les psychiatres, psychanalystes et psychologues sont méfiants face à la « pathologisation » de ces phénomènes et ils ont raison. Car qu’est ce qu’un être humain sans croyance ? Cela n’existe pas ! Quand vous prenez un taxi, vous croyez que le conducteur est honnête et qu’il ne s’agit pas d’un fou. Toute la société repose sur l’idée d’une confiance qui est la base de la croyance. Les psy restent donc très prudents. Par ailleurs, ils travaillent au cas par cas, sur des situations individuelles, d’où leur difficulté à tirer des enseignements plus généraux. Quand vous recevez un homme ou une femme qui a manifestement des attitudes excessives par rapport à la religion, il faut d’abord établir une relation de confiance, écouter l’histoire de la personne, voir par où elle est passée. Ce cheminement est très lent.

Justement, comment en êtes-vous venu à élargir votre analyse ?

Cela m’est apparu urgent, face à ces situations d’extrême violence, mon expérience clinique suffisamment longue me permettant d’avancer sur un plan un peu plus général. Par ailleurs, à la différence de beaucoup de mes collègues, je connais bien l’islam. D’une façon générale, le monde occidental ne sait plus ce qu’est la religion ; et en France ou en Europe de l’Ouest, le terme n’a pas exactement la même connotation que dans le monde musulman, le monde hindou, ou encore le monde orthodoxe. D’où notre difficulté à appréhender la ré-irruption en Occident de la religion, vue comme ayant la prétention de gérer l’ensemble de la société, ce qu’a longtemps été le christianisme.

Ce que nous appelons retour de la religion peut être appelé fondamentalisme : sous l’effet de la destruction de la tradition par la modernité, les croyants reviennent aux fondements ou prétendent y revenir, pour tenter de retrouver les repères de la tradition. Ce phénomène concerne toutes les religions, du mouvement évangéliste ou fondamentalisme hindou. La grande particularité du fondamentalisme musulman tient à ce qu’il a été armé, du fait des guerres qui ravagent le monde musulman depuis un siècle. Une partie des fondamentalistes ont été équipés par l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, les pays du Golfe pour des raisons géopolitiques, stratégiques, économiques… Si demain on arme les évangélistes, ils feront la même chose.

“L’islamisme a donc construit l’idée d’un homme totalement religieux, totalement musulman, ce qui ouvre la voie au surmusulman.”

Et le surmusulman, écrivez-vous, est issu du fondamentalisme…

Effectivement, cette figure est la production, consciente et inconsciente, de près d’un siècle d’islamisme. Il ne faut pas oublier l’état de belligérance civile permanente entre musulmans depuis le début du XXe siècle, autour de questions cruciales telles que : qu’est ce qu’être musulman ? Qu’est-ce que qu’être homme ou femme ? C’est dans ce terreau, où rien n’est plus évident, où les certitudes identitaires se sont effondrées, que l’islamisme a levé l’ennemi interne du musulman, dont la hantise pourvoit l’obsession du surmusulman.

Mais il y a eu une erreur d’appréciation au sujet de l’islamisme lorsqu’on a fait prévaloir qu’il s’agissait d’un “islam politique”. Je soutiens au contraire que l’islamisme est l’invention, par des musulmans, à partir de l’islam, d’une utopie anti-politique, faisant prévaloir la religion comme seule apte à gouverner les deux mondes. Dès le départ, sa visée fondamentale a consisté à s’opposer à la sécularisation des sociétés, et à subordonner le politique au religieux, au point d’aspirer à l’y faire disparaître. Les premiers à l’avoir fait sont les Frères musulmans, qui ont voulu imposer un programme proprement religieux et théologique, refusant que les êtres humains édictent eux-mêmes les principes du gouvernement de la cité. Idem avec la révolution islamique iranienne de 1979, fondée sur l’idée que les religieux doivent être au sommet du pouvoir. Le Guide spirituel au sommet de l’Etat est un ayatollah sélectionné par une assemblée d’experts religieux, gardien du droit théologique, chef des armées, auquel le président de la République est subordonné. Aujourd’hui, Daech poursuit le même objectif, en imposant la religion au dessus du politique. Et pour arriver à son but, l’islamisme a donc construit l’idée d’un homme totalement religieux, totalement musulman, ce qui ouvre la voie au surmusulman.

En France, parmi les radicalisés, 40% sont des convertis, souvent issus des classes moyennes (selon le rapport du député Sébastien Pietrasanta, juin 2015). Pourquoi cette figure du surmusulman peut-elle les séduire ?

Quand on regarde les chiffres donnés par le gouvernement, les deux tiers ont entre 15 et 25 ans. Ce qui signifie que la grande majorité est constituée soit d’adolescents, soit de jeunes adultes, qui se trouvent dans cette zone moratoire où la traversée de l’adolescence peut connaître une extension et un état de crise prolongé. Ils sont en panne d’idéaux, ceux de l’enfance ne tiennent plus la route. Certains sont en très grande difficulté, voire dans des états limites. Et la radicalisation va leur permettre d’estomper ces symptômes, en proposant un pansement à leurs douleurs. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait exactement l’islamisme, pourvu qu’il apporte « la solution ». J’ai rencontré ces jeunes dans mes consultations. Ils vont très mal puis en se radicalisant, ils deviennent tout puissants, héroïques, ils trouvent un idéal absolu, une cause englobante et c’est précisément cette offre très forte qui attire les jeunes convertis. Le fait que le nombre de jeunes issus des classes moyennes ou favorisées se soit accru montre d’ailleurs que le choix de la radicalisation correspond désormais davantage à des conditions en rapport avec la vie psychique.

On ne peut parler de pathologie pour tous. Certains sont dans la délinquance. D’autres vivent des tourments secrets ou dissimulés, avec des défaillances dans leur environnement familial ou social, et font la mauvaise rencontre. D’où l’importance d’apporter toutes ces nuances car nous ne sommes pas face à un profil d’un seul tenant.

Ensuite, c’est souvent l’insertion dans un groupe qui conduit au vrai basculement. On insiste souvent sur le pouvoir d’internet et effectivement, internet rapproche l’offre de celui qui est dans une situation de malaise. Mais la rencontre avec le groupe est déterminante, c’est ce qui va finalement donner consistance à toutes les idées glanées sur le réseau. J’ai récemment vu une femme en consultation qui m’a dit : “mais mon fils (17 ans), il n’avait pas de fréquentations, il était tout le temps dans sa chambre, devant son ordinateur, il ne sortait pas !” C’est précisément le problème, ce garçon n’a pas de relations sociales et son basculement se fait en rencontrant le groupe qui va l’adopter, et confirmer, petit à petit, ce qu’il a capté jusque-là. Ce qui peut le conduire à aller plus loin.

Pourquoi les ados sont-ils plus touchés en France aujourd’hui ?

Trois éléments conjugués ont contribué à la situation actuelle. Il y a d’abord le travail au long cours fait par des prédicateurs, dans les banlieues (puisque c’est de là que c’est parti). Il y a aussi un changement de stratégie des terroristes au sujet du djihad. Pour reprendre Gilles Kepel, on est passé d’organisations hiérarchiques régionales à des réseaux plus décentralisés, et surtout focalisés sur le terrorisme individuel, en se concentrant particulièrement sur l’Europe, considérée comme le maillon faible occidental, pour essayer de créer une fracture entre les musulmans et leurs pays d’adoption. Par ailleurs, et j’y vois l’élément majeur, avec sa diffusion sur internet, la radicalisation islamiste est devenue un produit de masse. Internet rapproche l’offre de jeunes gens en situation de malaise, crée et configure la demande. C’est aussi une question de marché. Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché, le plus excitant, le plus intégral.

Parmi les « radicalisés », vous insistez sur le nombre croissant de femmes - 35%…

Ce sont les femmes qui conduisent le changement dans le monde musulman, ce sont donc elles qui apparaissent comme les plus menaçantes pour l’ordre fondamentaliste, qui les pensent d’abord et avant tout comme un objet sexuel total. Les femmes sont donc souvent accusées, directement ou pas, d’introduire la dislocation de la communauté musulmane, d’où la culpabilité particulière qu’on leur fait porter. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines peuvent être preneuses de la proposition du voile et être tentées de se tourner vers un modèle de féminité ultra-traditionnel, vu comme plus « rassurant », et allant souvent à l’encontre du modèle féminin de leur propre mère. J’en ai souvent vu en consultation, qui expriment le désarroi suscité par l’émancipation, et la difficulté à remplir tous les rôles (mère, amante, travailleuse…) que propose la modernité. Ces tourments ne sont pas propres aux jeunes musulmanes, c’est l’une des raisons pour lesquelles l’islamisme radical peut aussi toucher des femmes occidentales qui se convertissent, en leur offrant une réponse à une liberté difficile à porter.

Concernant les femmes, il y a d’ailleurs un autre aspect largement sous-estimé, c’est le rôle qu’elles jouent dans cette guerre. Je suis convaincu qu’il est loin d’être passif, ou secondaire. Dans le cas de Mohammed Merah, il semble que sa compagne n’était pas très loin de lui au moment où il opérait. Je pense aussi à Hayat Boumedienne, la compagne d’Amedy Coulibaly, ou à la cousine d’Abaaoud.

“Les jeunes se radicalisaient car ils étaient à la recherche d’enracinement, dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre.”

A propos de prévention, vous vous opposez au terme de « déradicalisation », pourquoi ?

Revenons d’abord sur son inverse, la « radicalisation », qui me semble en revanche présenter un grand intérêt. Il est particulièrement efficace quand on l’entend au sens d’« extrémiste » mais on oublie souvent un autre sens, le fait que « radical » signifie « la racine ». Et c’est ce que j’ai constaté sur le terrain, en Seine-Saint-Denis : les jeunes se radicalisaient car ils étaient à la recherche d’enracinement, dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre. Car tout, autour d’eux, témoignait du déracinement, leur histoire familiale, l’environnement urbain de la cité, leur avenir sans horizon… On peut évidemment trouver que ces racines ne sont pas les bonnes mais ce sont celles qu’ils se sont choisies. Venir dire à quelqu’un qui pense avoir trouvé des racines, qu’on va lui proposer un déracinement, ça ne peut pas marcher ! Notre travail ne consiste pas à « déradicaliser » quelqu’un mais à lui permettre de retrouver la singularité qu’il a perdue dans l’automatisme fanatique, à l’amener à redevenir sujet de son histoire. Heureusement, les autorités renoncent peu à peu à ce terme de « déradicalisation », et les centres qui devraient bientôt voir le jour pour accueillir les jeunes radicalisés ont d’ailleurs été nommés « centres d’insertion et de citoyenneté ».

Vous êtes l’un des rares à porter un regard positif sur les révolutions arabes, et notamment celle qui a eu lieu en Tunisie. Vous y voyez même une proposition de dépassement du surmuslman. Pourquoi ?

Je rappelle un fait très simple : tous les soulèvements se sont faits sans slogan religieux, alors même que ces sociétés apparaissent comme dominées par le religieux. Les femmes et les hommes, souvent jeunes, qui sont descendus dans la rue, n’ont pas scandé le nom de Dieu, ils n’ont pas prié ni psalmodié, ils ont parlé de droits politiques, civiques, d’égalité… Les islamistes, eux, étaient absents, ils sont arrivés après, parce qu’ils étaient plus organisés.

Mais tous ces jeunes gens n’ont pas disparu. Ils n’ont pas oublié. De bout en bout des révolutions, de Tunisie en Egypte, les gens ont repris ces vers d’un poète tunisien des années 30, Abbou El Kacem Chebbi : “Quand le peuple veut vivre, le destin doit plier”. Ce vers a été condamné par tous les religieux jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que le mot « destin » désigne en arabe la puissance de Dieu, puisque c’est Dieu qui destine d’avance chaque être vivant, et que ce vers est blasphématoire puisque s’y exprime la volonté humaine, et non divine. Mais les populations du monde arabe ont scandé ce vers à bon escient, car elles savent très bien combien le mot est connoté religieusement. Comme si elles disaient : quand le peuple veut vivre, on se passe d’un Dieu déterministe ; nous ne voulons plus de ce Dieu de la théologie, qui décide d’avance de tous les destins humains, nous voulons vivre selon notre volonté. Je suis convaincu que rien de cela n’est oublié.

Vous êtes très optimiste !

Nous adoptons trop facilement le point de vue de ceux qui ont détruit les tentatives des révolutionnaires. Un nombre croissant de musulmans sont exaspérés par le fanatisme et les violences, certains sortent d’ores et déjà de la religion. J’en rencontre beaucoup lors de mes consultations : dès que les gens peuvent avoir un lieu pour réfléchir, parler, ils avancent et remettent les choses à leur place. Le problème, c’est qu’ils n’existent pas publiquement ; on ne voit, et on n’entend que ceux qui se radicalisent. Mais les gens en ont assez des excès imposés par les “religionnaires”. J’ai trouvé ce terme ancien chez des auteurs français du début du XVIIIe siècle. La situation du monde européen de l’époque, avec cette crise énorme de la conscience européenne et cette grande bascule vers les Lumières, ressemble à certains égards à ce que vit le monde musulman aujourd’hui : on quitte le XVIIe, monde d’une grande stabilité, et la bataille fait rage entre ceux qui veulent conserver l’ordre ancien et ceux qui le combattent.

Aujourd’hui, le monde musulman doit opérer sa bascule vers le XXIe siècle. Cela prendra du temps, sans doute une bonne partie du XXIe siècle, ce sera violent, mais je suis convaincu qu’au bout du compte, les radicalisations religieuses ne l’emporteront pas. Regardez la proportion des radicalisés en France. La population française compte 4 millions de musulmans. 25% vont à la mosquée, mais parmi ceux-ci, tous ne sont pas des radicaux. Selon le premier ministre, il y aurait 20 000 salafistes. Que représentent-ils face aux 4 millions de musulmans ? 0,2%.

Evidemment, certains sont dangereux, ou peuvent le devenir. Mais la grande masse de nos concitoyens musulmans ne s’y retrouve pas et finira par l’emporter. D’autant plus que les organisations religieuses en France n’ont plus le choix, elles sont obligées d’adopter plus de rigueur, et beaucoup sont déjà en train d’évoluer. Ce qui change une religion, c’est la société. L’Eglise catholique a été obligée d’évoluer sous la pression d’une société qui a évolué, jusqu’à aujourd’hui. Et il en ira de même pour le monde musulman. Le changement de l’islam sera social.