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Le néo-voilement des born-again Muslims

mardi 27 septembre 2016, par siawi3

Source : siawi, 20 septembre 2016

20 septembre 2016

marieme helie lucas

Ce que portent aujourd’hui de jeunes femmes à Paris, Londres ou New York, ni leurs mères, ni leurs grand-mères, ni leurs arrière-grand mères ne l’ont porté avant elles. Ce n’est pas un retour aux sources, aux traditions. Bien au contraire, nos divers costumes nationaux sont éradiqués par les intégristes au profit du soit-disant ‘ costume islamique’ universel. Mais curieusement, personne, parmi les libéraux occidentaux, ne vole au secours de nos cultures et de nos traditions menacées…

Il faut absolument noter que la forme ‘born-again Muslim’ du voilement actuel n’est pas enraciné dans nos cultures mais qu’il a été inventé récemment par les intégristes musulmans pour en faire leur uniforme politique et leur drapeau. Quand de bienveillants européens s’imaginent montrer respect et tolérance envers des cultures ou une religion étrangères, ils ne font – en fait - que soutenir de modernes forces politiques d’extrême droite, avançant masquées sous couvert de religion, et qui manipulent l’islam à leur bénéfice politique.

Je suis particulièrement lasse de voir analyser un phénomène mondial (le neo-voilement des femmes) comme un problème franco-français. Depuis la révolution iranienne, diverses formes de voile, non-traditionnels et étrangers aux cultures locales, - se sont répandues à travers l’Asie du Sud, l’Afrique et maintenant les pays d’immigration – Europe, USA, Australie - . Quelque chose autrefois limité à l’Arabie Saoudite, c’est à dire le voile noir et la face cachée, s’est répandu en quelques décennies sur tous les continents – et donc entre autres en France : cela ne mérite-t-il pas mieux qu’une analyse nombriliste et européocentriste ? Ce qui se passe en France n’est qu’un cas particulier de ce qui se passe partout ailleurs.

Et ailleurs, il est plus qu’évident que les femmes se battent pour ne pas subir ce voilement, puisqu’il faut répression féroce, punitions extrêmes et lois iniques pour les y contraindre que ce soit en Iran, au Soudan, en Afghanistan, ou dans bien d’autres pays. Rappelons ici qu’en Algérie (pays proche de la France), dans les années 90 (ce qui ne remonte pas aux calendes grecques et qui n’a donc peut être pas été totalement oublié des français), les femmes et les jeunes filles algériennes risquaient quotidiennement leur vie en se rendant à l’école ou au travail tête nue. Nombreuses sont celles qui ont payé de leur vie le refus d’obtempérer aux diktats des FIS et GIA.

Les listes d’assassiné/es tenues par l’observatoire local pendant la décennie 90 font état d’une très forte majorité de femmes. Citons Katia Bengana, lycéenne de 17 ans lors de son assassinat, qui avait prévenu son père qu’elle acceptait d’avance toutes les conséquences de son acte. Il eut la force morale de la soutenir dans ses choix et en a témoigné publiquement à plusieurs reprises, en particulier lors de la remise du ‘Prix de la Résistance des Femmes à l’Intégrisme’, que les femmes osaient organiser les 8 mars à Alger, à grand risque et au prix de mille difficultés.
Nous pourrions citer aussi des noms d’iraniennes, de soudanaises, d’afghanes, de pakistanaises, de yéménites, etc… qui ont été tuées pour n’avoir pas été suffisamment bien ‘couvertes’.

En France même, il y eut des agressions et des assassinats - l’avons nous déjà oublié ? - pour cause de comportement-et-costume-insuffisamment-islamique que réprouvaient les jeunes hommes qui faisaient la loi dans les banlieues désertées par l’Etat. Citons pour mémoire : Sohane Benziane, Chahrazad, Samira Bellil, etc.…
Et voici ce que disaient en 2005 de jeunes femmes françaises, de familles immigrées, interviewées dans les magazines féminins, en soutien aux mesures légales de non voilement des petites filles à l’école primaire et des jeunes filles mineures à l’école secondaire :

“Le voile est supposé éviter de provoquer le désir des hommes. C’est une façon de les dédouaner de leur responsabilté et de nous faire porter la culpabilité – je ne peux pas accepter ça !” (Meryem, 23 ans, étudiante à Paris).

“Quand j’entends une fille dire : Le voile me protège, je lui réponds : non c’est la république qui te protège” (Meriem, 25 ans, avocate)

“La femme musulmane n’est pas une femme voilée. Sous la pression, certaines femmes pensent qu’elles ne sont pas de bonnes musulmanes si elle ne portent pas le voile. Mais partout dans le monde , des femmes luttent pour leur émanciation, comme nos mères l’ont fait avant nous.” (Safia, 29 ans, NPNS, Clermont Ferrand)

“Je n’ai aucun problème avec mon identité. Je suis une citoyenne française, de culture algérienne, ma religion est l’islam. Je connais l’histoire de ma famille et j’allais régulièrement en vacances en Algérie. Cela m’a empêché de fantasmer à propos de mon pays d’origine ou d’avoir une image déformée de ma culture.” (Warda, 23 ans, manager, Neuilly)

“Aujourd’hui ce sont les petits frères qui disent à leur mère : ta fille doit se voiler. C’est la culture des banlieues. Ce qui me dérange ? Que les extrémistes monopolisent l’attention de l’état et des media. Personne n’écoute les musulma qui ne créent pas de problèmes , qui practique leur religion dans la sphere privée.” (Aicha, 34, travailleuse sociale, Fontenay Sous Bois)

“Je suis née en Algérie. J’ai vu la montée de l’intégrisme. Des garçons sans travail qui vous forcent à mettre un foulard, les mosquées qui poussent comme des champignons, le discours social, les extrémistes qui se posent en victimes, etc… Ils font la même chose en France…” (Asma, 28, psychologue, Saint Ouen)

“ Je suis pour tous les espaces mixtes : à l’école, à la piscine, dans le marriage, dans les banlieues… sinon, on passe d’un ghetto géographique à un ghetto mental et au communautarisme.” (Farida, 27, travailleuse sociale, Narbonne) *

Devant ces témoignages perpétuellement ignorés des grands media, la seule question qui vaut d’être posée est celle ci : pourquoi les femmes qui expriment de telles opinions ne font–elles pas régulièrement la une des journaux, pourquoi les unes sont—elles consacrées aux “exotiques différentes” qui promeuvent leur insurpassable altérité ?. Et quelle responsabilité la presse assume-t-elle donc dans la propagation du phénomène ?

Il y a plusieurs façons de contraindre les femmes : ce peut être par la force brute et la loi – ce dont nous avons nombre d’exemples dans le monde -, mais aussi par ce phénomène bien décrit qu’est l’aliénation, où la victime internalise le point de vue de l’oppresseur et entre en servitude volontaire. On l’a bien vu en Iran à la chute du Shah, lorsqu’une jeunesse révoltée a ‘avalé’ sans s’en apperçevoir le voile obligatoire amené par Khomeini comme s’il était le symbole de la révolution anti-capitaliste. Quand elles ont ouvert les yeux, il était trop tard, les femmes étaient ficelées-serré dans ce carcan imposé par la loi, sous peine de mort. Que de jeunes femmes qui jouissent des libertés individuelles habituelles en occident ne voient pas le piège, qu’elles renient les luttes de leurs mères et de leurs grand-mères dans leurs pays d’origine – le tout au nom de l’anti-racisme et de l’anti-impérialisme, c’est bien inquiétant pour la suite…

*Citées dans : Marieme Hélie-Lucas (2005), ‘French Women of Migrant Descent : Between the religious extreme Right and a coward Left’, Gender, Governance and Democracy, Isis International – Manila, Monograph 1(2).