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Iran : Hoodfar a été interrogée sur ses écrits féministes

samedi 1er octobre 2016, par siawi3

Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/480909/hoodfar-a-ete-interrogee-sur-ses-ecrits-feministes

La professeure est libérée par le régime iranien après plusieurs mois de captivité

27 septembre 2016

Marco Fortier

Photo : Oman News Agency / Associated Press Homa Hoodfar, que l’on voit ici en compagnie de sa nièce Amanda Ghahremani, est arrivée lundi au sultanat d’Oman.

La professeure Homa Hoodfar, libérée lundi après trois mois de détention en Iran, a été interrogée jusqu’à neuf heures par jour par les autorités iraniennes à cause de ses écrits sur la diversité sexuelle et le féminisme dans les pays musulmans.

L’anthropologue de 65 ans de l’Université Concordia se trouvait lundi en sécurité dans le sultanat d’Oman, dans la Péninsule arabique, après sa libération par le régime iranien. Des photos de Mme Hoodfar diffusées dans les réseaux sociaux montrent une femme amaigrie, aux traits tirés, capable de se tenir debout.

Avant d’être emprisonnée à la tristement célèbre prison d’Evin, Homa Hoodfar a été assignée à résidence durant trois mois, entre mars et juin. Même si elle n’était pas libre de ses mouvements, la professeure a pu échanger des courriels avec son collègue Marc Lafrance, qui se considère comme son fils spirituel.

Le gouvernement iranien n’a jamais dévoilé les faits reprochés à la professeure, qui a la double nationalité canadienne et iranienne. Homa Hoodfar a cependant écrit à Marc Lafrance qu’elle a été longuement interrogée, entre huit heures et neuf heures par jour, sur ses sujets de recherche.

« Elle m’a écrit que les Gardiens de la révolution islamique lui posaient des questions au sujet de ses recherches sur l’homosexualité, sur le féminisme et sur la diversité sexuelle dans les pays musulmans », a dit Marc Lafrance au Devoir.

La police des moeurs aurait interrogé la chercheuse sur l’essai Sexuality in Muslim Contexts, qu’elle a codirigé en 2012. Le livre aborde la diversité sexuelle et le féminisme en Iran, au Bangladesh et au Pakistan, notamment.

Lors d’un point de presse, M. Lafrance, professeur adjoint en sociologie et en anthropologie à l’Université Concordia, a expliqué que les enquêteurs iraniens ont demandé à Homa Hoodfar « d’écrire des essais sur sa pensée ». Une sorte de confession qui pourrait sans doute être utilisée contre elle, ou une façon d’intimider cette intellectuelle à la réputation sans tache.

Selon Marc Lafrance, Mme Hoodfar lui a écrit que les interrogatoires étaient menés de façon « respectueuse, dans les circonstances ». Elle n’aurait été ni frappée ni menacée physiquement, du moins lors des interrogatoires menés durant son assignation à résidence. Lundi, elle est néanmoins apparue fragile sur des photos diffusées par des réseaux sociaux après sa libération.

La professeure souffre de myasthénie, une maladie rare caractérisée par une faiblesse musculaire. Ses proches doutent qu’elle ait eu accès à ses médicaments durant ses trois mois et demi de détention.

« Enfin libérée »

Homa Hoodfar a été détenue à la prison d’Evin, où la photographe canadienne d’origine iranienne Zahra Kazemi avait été battue à mort, en 2003. C’est pourquoi les proches de Mme Hoodfar ont poussé un soupir de soulagement en apprenant sa libération, lundi matin.

« Enfin , elle est sortie de prison et de l’Iran ! », s’est exclamée Marguerite (Margie) Mendell, professeure à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia. Elle est une amie proche de Homa Hoodfar depuis l’arrivée de celle-ci à Montréal, au début des années 90.

La professeure Hoodfar est accompagnée à Oman par sa nièce, Amanda Ghahremani, qui a mené une campagne sans relâche pour faire libérer sa tante. Dennis Horak, ambassadeur du Canada en Arabie saoudite et dans les autres pays de la Péninsule, a accueilli Homa Hoodfar à l’aéroport d’Oman.

L’absence de relations diplomatiques entre le Canada et l’Iran a compliqué la tâche des responsables canadiens chargés de faire libérer Homa Hoodfar. Le gouvernement Harper avait fermé l’ambassade du Canada à Téhéran en 2012, entre autres pour les menaces proférées par l’Iran envers la sécurité d’Israël.

Les discussions en vue de faire libérer la professeure montréalaise ont pris place par le biais de diplomates d’Oman, de l’Italie et de la Suisse, a indiqué le premier ministre Justin Trudeau. Ces pays « ont joué un rôle déterminant menant à la libération de la professeure Hoodfar. J’aimerais exprimer ma plus profonde reconnaissance pour leur appui », a-t-il indiqué dans un communiqué.

« J’aimerais également souligner la coopération de représentants des autorités iraniennes qui ont facilité sa libération et son rapatriement. Ils comprennent que les cas comme celui-ci nuisent à l’établissement de relations plus productives », a ajouté Justin Trudeau.

Renouer le dialogue

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que Homa Hoodfar a été libérée « pour des raisons humanitaires, y compris une maladie ». Des sources iraniennes et canadiennes ont confirmé que des pourparlers ont eu lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, la semaine dernière à New York. Le ministre des Affaires mondiales, Stéphane Dion, a soulevé le cas Hoodfar lors d’une rencontre avec son homologue iranien. Les deux pays ont envoyé des signaux en faveur d’un rapprochement.

Les partis de l’opposition à Ottawa ont souligné l’aide de pays amis pour faire libérer l’intellectuelle canadienne. « Ça parle effectivement de l’importance d’un dialogue avec l’Iran. Ceci dit, avoir un dialogue est une chose, mais ça ne veut pas dire abandonner ses principes », a réagi Hélène Laverdière, du Nouveau Parti démocratique.

Cette ancienne diplomate rappelle qu’il arrive « régulièrement » que le Canada s’en remette à d’autres pays pour aider ses ressortissants. Le Canada n’a pas d’ambassade dans tous les pays du monde.

Le Bloc québécois s’est aussi réjoui de la libération de Mme Hoodfar, mais a rappelé que d’autres Canadiens croupissent en prison à l’étranger. « J’aimerais bien être en mesure de festoyer également pour la libération de Raïf Badawi. Ça semble être un peu plus compliqué. On persiste à vendre des armes à l’Arabie saoudite », a souligné Rhéal Fortin, chef intérimaire du Bloc.

Avec Hélène Buzzetti et Marie Vastel