Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > Québec : Procès de Djemila Benhabib

Québec : Procès de Djemila Benhabib

samedi 1er octobre 2016, par siawi3

Source : https://louisemailloux.wordpress.com/2016/09/27/proces-de-djemila-benhabib-jour-1/

Procès de Djemila Benhabib : Jour 1
Publié le 27 septembre 2016 par Louise Mailloux

Une première journée à l’avantage de la défenderesse.

Les Écoles musulmanes de Montréal poursuivent Mme Benhabib pour avoir émis des propos supposément diffamatoires et anti-islamiques et avoir critiqué des versets du Coran étalés sur le site web de la partie demanderesse. L’un de ces versets demande aux musulmans d’éliminer les mécréants en les ébouillantant alors que l’autre promet 72 vierges aux musulmans mâles une fois rendus au paradis. Mme Benhabib a estimé que ce dernier verset avait un contenu éminemment sexiste et qu’il était déplacé de l’enseigner à des enfants, tout comme pour la sourate précédente. Elle s’est déclarée en désaccord à l’époque également avec le voilement des fillettes.

Le procès a démarré en grande hier au Palais de Justice de Montréal avec un témoignage étoffé de l’animateur vedette du 98,5 FM, Benoît Dutrizac. M. Dutrisac a notamment affirmé que l’entrevue accordée à Mme Benhabib en février 2012 était parfaitement justifiée en raison du débat sur les accommodements raisonnables qui faisait rage à l’époque au Québec.

“On n’arrêtait pas d’en parler”, a lancé M. Dutrizac qui a ajouté qu’il avait invité Djemila Benhabib à son émission parce qu’il avait lu l’ensemble de ses livres et qu’il trouvait pertinente l’analyse faite par Mme Benhabib sur la vaste question de l’islam politique et des accommodements raisonnables.

Dutrizac estimait donc qu’il s’agissait d’une question d’intérêt public et que dans le contexte de la Commission Bouchard-Taylor la question du voilement des petites filles et des versets coraniques violents enseignés aux enfants étaient des questions sur lesquelles nous devions nous pencher en tant que société.

“J’ai mes convictions, a ajouté Benoît Dutrizac. J’ai mes principes. Et comme père de famille – j’ai quatre enfants – j’ai de la misère à accepter que l’on instruise des enfants de façon dirigée.” Pour l’animateur de radio, il s’agit là d’un “débat fondamental” dans notre société.

Dutrizac a ajouté qu’il avait reçu à l’époque une mise en demeure des Écoles musulmanes l’enjoignant de se rétracter faute de quoi il serait traîné en justice. Par la suite, les Écoles musulmanes de Montréal n’ont pas mis leur menace à exécution, préférant s’en prendre à Djemila Benhabib, pourvue de peu de moyens financiers pour se défendre. La tournure du procès hier a suggéré que le but de la poursuite était visiblement de faire taire la militante féministe et auteure du best-seller “Ma vie à contre-coran”.

Par ailleurs, le président des Écoles musulmanes de Montréal, M. Ahmed Khébir, a témoigné par la suite en affirmant que les déclarations de Mme Benhabib avaient eu des conséquences “catastrophiques” sur l’institution – financée à hauteur de 400 000$ par le gouvernement du Québec -, créant la panique dans l’école. Les enfants pleuraient, a affirmé M.Khébir, défendu par l’avocat Julius Grey, et les professeurs étaient en colère.

Il a tenté de démontrer, sans succès, que l’école avait perdu des élèves et qu’elle était menacée d’actes de violence, là encore sans pouvoir faire de liens directs entre l’intervention de février 2012 de l’écrivaine Djemila Benhabib et les affirmations avancées par le représentant des Écoles musulmanes de Montréal. M. Khébir a même dû admettre que le port du foulard islamique était obligatoire pour les élèves à partir de la 5e année et pour toutes les petites filles lorsqu’elles se rendaient à la mosquée adjacente à l’école.

Khébir a également été incapable d’expliquer pourquoi le reportage du journaliste Hugo Joncas du Journal de Montréal en février 2015 – qui faisait état de la présence de littérature djihadiste dans la mosquée de l’école – n’a pas fait, lui, l’objet de poursuites en diffamation de la part de son école.

Le procès se poursuit toute la semaine au Palais de Justice de Montréal avec le témoignage attendu de Mme Benhabib, jeudi. La salle d’audience était pleine à craquer hier en raison de nombreux partisans de Mme Benhabib. La cause est entendue par la juge Carole Hallée.

°°°

Source : https://louisemailloux.wordpress.com/2016/09/28/proces-de-djemila-benhabib-jour-2/

Procès de Djemila Benhabib : Jour 2
Publié le 28 septembre 2016 par Louise Mailloux

« Le GIA aurait dû te liquider avant que tu mettes les pieds ici, connasse ! »

Une polémique a éclaté hier au procès en diffamation intenté par les Écoles musulmanes de Montréal contre l’écrivaine Djemila Benhabib entre l’avocat de la partie demanderesse et les journalistes chargés de couvrir les audiences.

L’avocat des Écoles musulmanes de Montréal, Me Julius Grey, a refusé que la presse ait accès à des documents, pourtant déposés en preuve – donc publics – qui faisaient état de commentaires, présumément rédigés par une ancienne élève de l’école, sur un site de soutien à Mme Benhabib. L’un des commentaires adressé à Djemila Benhabib affirmait : « Le GIA aurait dû te liquider avant que tu mettes les pieds ici, connasse ! »

Le Groupe islamique armé (GIA) était une organisation paramilitaire dont le but était de renverser le gouvernement algérien, lors de la décennie noire des années 90, pour faire de l’Algérie un pays islamique.

La présumée auteure de ces lignes, appelée à témoigner hier, a catégoriquement nié, malgré son nom au-dessus de la citation, qu’elle était l’auteur de ces lignes à caractère haineux. Elle a de plus, à plusieurs reprises, affirmé que les pages Facebook qui portaient son nom (et dont l’une avait pour entête le drapeau de l’État islamique) ainsi que sa photo, n’étaient pas d’elle. Elle a affirmé à la cour qu’elle avait été piratée à plusieurs reprises à cette époque et que l’on avait usurpé son identité. Elle n’a pu cependant expliquer à l’avocat de Mme Benhabib, Me Marc-André Nadon, pourquoi elle n’avait pas porté plainte pour ces piratages.

À la fin de ces audiences, Me Grey s’est opposé avec virulence à ce que ces éléments du procès soient rendus public, estimant au grand dam des journalistes, qu’ils n’étaient pas pertinents à la cause, puisque son témoin avait nié en être l’auteur.

Par ailleurs, l’avant-midi avait débuté avec la suite du témoignage de M. Ahmed Khébir, président du conseil d’administration des Écoles musulmanes de Montréal. Ensuite les témoins convoqués par l’institution privée d’enseignement ont défilé à la barre pour affirmer, à tour de rôle, l’excellence de l’école et pour exprimer leur désaccord avec les propos tenus par Djemila Benhabib, lors de son entrevue à l’émission de Benoît Dutrizac au 98,5 FM, en février 2012.

D’autre part, un témoin demandé à la dernière minute par l’avocat des Écoles musulmanes, Me Julius Grey, a fait l’objet d’une objection de Me Marc-André Nadon, l’avocat de Djemila Benhabib. La juge qui entend la cause, l’honorable Carole Hallée, a donné raison à Me Nadon en refusant que témoigne une sociologue, Stéphanie Tremblay, et que soit déposé en preuve un chapitre de son ouvrage consacré aux écoles musulmanes.

La juge Hallée a estimé que la partie demanderesse n’avait pas respecté la procédure et que le témoignage annoncé de Mme Tremblay n’était pas pertinent à la cause.

Le dernier témoin entendu, Kathy Malas, orthophoniste à l’Hôpital Sainte-Justine, vice-présidente du Forum musulman de Montréal et ancienne élève des Écoles musulmanes, connue pour sa défense du port du voile islamique et de la laïcité ouverte, a d’abord nié avoir qualifié Djemila Benhabib d’islamophobe mais elle a dû, par la suite, se rétracter lorsque Me Nadon lui a présenté un article de la revue Châtelaine dans lequel elle affirmait que Djemila Benhabib tenait des propos islamophobes.

Les audiences reprendront mercredi matin au Palais de Justice de Montréal avec le témoignage très attendu de la militante laïque et féministe Djemila Benhabib.

°°°

Source : https://louisemailloux.wordpress.com/2016/09/29/proces-de-djemila-benhabib-jour-3/

Procès de Djemila Benhabib : Jour 3

Publié le 29 septembre 2016
par Louise Mailloux

« Je ne cèderai jamais à l’intimidation »

L’écrivaine et militante laïque Djemila Benhabib a affirmé hier en Cour supérieure qu’elle referait exactement la même interview qu’elle a accordée en février 2012 à l’animateur du 98,5 FM, Benoît Dutrizac, une entrevue au cours de laquelle elle a dénoncé certaines pratiques religieuses des Écoles musulmanes de Montréal, notamment la récitation coranique de versets violents et sexistes imposée aux jeunes enfants et l’obligation du port du voile islamique pour toutes les petites filles de l’institution.

Les valeurs véhiculées par les Écoles musulmanes de Montréal sont contraires aux valeurs fondamentales du Québec, a estimé en gros hier le Prix international de la laïcité 2012 au cours de son percutant témoignage. Le modèle de société offert aux Écoles musulmanes n’est pas le modèle sociétal du Québec. « Le site internet de l’école était une vitrine de cette école », a-t-elle ajouté.

Les Écoles musulmanes de Montréal, subventionnées à hauteur de 400 000 $ par année par le gouvernement du Québec, n’ont pas apprécié d’être ainsi prises à partie par Mme Benhabib. Elles poursuivent donc l’ancienne candidate du Parti québécois pour des propos soi-disant anti-coraniques et pour avoir comparé les pratiques religieuses de l’école à de l’endoctrinement digne de camps militaires en Afghanistan et au Pakistan. Le montant de la poursuite, qui a des allures de poursuite bâillon, s’élève à 95 000 $.

Lentement, calmement et fermement, Djemila Benhabib a réfuté une à une, devant la juge Carole Hallée, les prétentions de ses accusateurs. Elle a d’abord raconté son cheminement personnel, ayant été élevée par un couple mixte (un père algérien et une mère chypriote grecque), laïque, progressiste et fortement engagé dans les luttes sociales et politiques. Ce milieu familial fut à l’origine, a-t-elle expliqué, de ses convictions républicaines, laïques et jacobines. Elle a raconté avoir reçu, à l’école publique, des cours d’enseignement religieux où elle a été assujettie à la mémorisation coranique et avoir grandi dans une société musulmane où la présence des femmes n’était pas acquise.

Toute sa vie, et en particulier à partir des années noires de l’Algérie de la décennie 1990, la question de l’islam est demeurée pour elle une question centrale et névralgique. Elle a raconté comment le Front islamique du salut (FIS) qui voulait faire de l’Algérie un État théocratique, a donné la directive de voiler les femmes, assassinant celles qui refusaient de le porter.

Menacées de mort par les islamistes, elle et sa famille ont été contraintes à l’exil en France en 1994. Mme Benhabib a été reçue au Québec comme réfugiée politique en 1997. Après avoir reçu sa maîtrise en sciences physiques, l’auteure de ‘’ Ma vie à contre-Coran” a fait des études en sciences politiques et en droit, obtenant ainsi une seconde maîtrise. Mme Benhabib a raconté hier avec émotion que son face-à-face avec l’hydre islamiste l’a poussée à intellectualiser ses constats et à leur donner une dimension autre qu’affective. « Je suis allée chercher des moyens intellectuels pour mettre des mots sur ce que j’avais vécu ».

Abordant la question de l’entrevue litigieuse, elle a affirmé qu’il était inacceptable d’enseigner aux enfants des versets violents parlant d’ébouillantés ceux qui ne suivent pas le chemin d’Allah et de parler de « houris », des vierges promises en récompense au paradis pour les hommes. « On n’a pas à distinguer si une femme est vierge ou pas » a-t-elle dit, « c’est une atteinte à la dignité des fillettes ».

Elle a affirmé que si elle a parlé d’endoctrinement digne de camps militaires en Afghanistan et au Pakistan, c’est pour souligner la rigidité de cet enseignement religieux et l’obéissance au dogme. Elle a ajouté que de telles écoles n’existent pas au Maghreb et que le seul endroit où l’on a des écoles semblables, c’est en Afghanistan et au Pakistan.

C’est grave d’enseigner à des petites filles que le rôle sexuel des femmes, c’est de servir de récompense aux hommes, ajoutant que ce type d’enseignement qui se fait dans cette école musulmane est en contradiction avec nos valeurs. « L’égalité est un levier important dans une démocratie et ne pas s’en soucier, c’est ne pas tenir compte de l’évolution historique du Québec. Je voulais que les gens comprennent le sérieux de tout cela, a-t-elle dit, j’étais en mode lanceur d’alerte ».

Mme Benhabib a reconnu que ses critiques adressées aux Écoles musulmanes étaient « sévères mais ce que j’ai lu était grave », a-telle précisé.

L’écrivaine a également rappelé la virulence de la campagne d’intimidation dont elle a été la cible après sa fameuse entrevue de février 2012 (courriels haineux et menaces diverses). Les centaines de courriels reçus et leur caractère répétitif démontraient qu’il s’agissait d’un mouvement organisé qui touchait également l’animateur du 98,5 FM, Benoît Dutrizac.

C’est pour cette raison, a-t-elle témoigné, qu’elle a accepté une entrevue de suivi le 22 février 2012 à la même station de radio. « Je ne cèderai jamais à l’intimidation », a lancé la militante laïque qui voulait également marquer, à ce moment-là, à quelle famille de pensée musulmane elle appartenait, celle d’un grand mouvement réformiste qui a pris naissance dans les années 50 en Égypte et qui remettait en question le dogme. « Je m’inscris dans ce courant réformiste », a-t-elle expliqué à la juge Carole Hallée. « Ma culture n’est pas une aliénation, elle est une libération », a-t-elle lancé.

Djemila Benhabib a de plus fait état hier de son opposition au financement par l’État des écoles religieuses. « Les religions sont des particularismes », a-t-elle dit. « Et l’État n’a pas à financer des particularismes », a-t-elle insisté tout en soulignant son opposition à une société érigée sur les bases du multiculturalisme.

Le procès se termine aujourd’hui, jeudi, avec les plaidoiries des avocats des deux parties, Me Julius Grey pour les Écoles musulmanes et Me Marc-André Nadon pour Djemila Benhabib.