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Le ciel attendra

cinema

jeudi 13 octobre 2016, par siawi3

Source : http://www.telerama.fr/cinema/films/le-ciel-attendra,511634.php

Le ciel attendra

Réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar (2016)

Durée 100 mn

Nationalité : français

Avec Noémie Merlant (Sonia Bouzaria) , Naomi Amarger (Mélanie Thenot) , Sandrine Bonnaire (Catherine) ... Voir la distribution

Le Ciel attendra - Bande Annonce Officielle - UGC Distribution
Video ici

Synopsis

A 17 ans, Sonia a failli quitter les siens pour aller faire le djihad. Elle était convaincue que c’était le seul moyen pour elle et sa famille d’aller au paradis. Elle est finalement revenue à la raison. Contrairement à Mélanie, 16 ans. Elevée par sa mère, c’était une adolescente sans histoire, qui partageait sa vie entre l’école, ses amies et ses cours de violoncelle. Mais sur Internet, elle s’est mise à discuter avec un « prince » qui a réussi à lui laver le cerveau. Emplis de culpabilité de n’avoir rien vu, les parents assistent désemparés à la métamorphose de leur enfant...

Critique lors de la sortie en salle le 05/10/2016

Par Guillemette Odicino

Un jour, au petit matin, le Raid pénètre dans le pavillon de Catherine (Sandrine Bonnaire) et Samir (Zinedine Soualem) pour arrêter leur fille, Sonia, 17 ans. La jeune fille s’apprêtait à rejoindre le djihad en Syrie. Ailleurs, Mélanie rencontre un « prince » sur Facebook, pour lequel elle sera bientôt prête à tout, sans que sa mère ­(Clotilde Courau) se doute de rien... Après Les Héritiers, Marie-Castille Mention-Schaar revient sur le thème de l’adolescence avec un angle brûlant : le processus de radicalisation des jeunes filles françaises. La première qualité de ce film très docu­menté est de faire découvrir toutes les ficelles employées (surtout via Internet) pour enrôler les esprits en quête d’idéal — beaucoup de ces jeunes sont issus de la classe moyenne et ne con­naissent rien à l’islam. En témoigne cette séquence où Mélanie, « convertie », prétend être meilleure pratiquante que sa copine musulmane...

Quand les parents démunis se retrouvent dans le groupe de parole sur la déradicalisation animé par Dounia Bouzar, on peut rester dubi­tatif quant au choix de la réalisatrice de filmer, dans son propre rôle, la très médiatique et controversée créatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI)... Mais tout le reste est d’une grande justesse : le quotidien d’une adolescente entre lycée et vie familiale, la perte de repères, l’exaltation. Et ce montage parallèle qui montre en même temps l’embrigadement de Mélanie et la souffrance de sa mère, alors qu’il est déjà trop tard...

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Source : http://publikart.net/ciel-attendra-lembrigadement-filles-daesh/#K9IDwFUX51cRRBS5.99

Le ciel attendra, ou l’embrigadement des filles par Daesh

Par Bénédicte de Loriol -

Oct 10, 2016

Marie-Castille Mention-Schaar réalise un film qui pourrait être un documentaire, tellement il est proche d’une terrible réalité. Le ciel attendra est centré sur l’histoire de deux jeunes filles qui vont être embrigadées par Daesch.

Histoire terriblement vraie

Le film est un peu difficile à suivre au début, du fait de nombreux flash-back, mais c’est voulu. Le passé, le présent, l’avenir, Sonia, Mélanie, une maman, puis l’autre, tout s’entremêle à toute vitesse, sans en comprendre le mécanisme. On ne comprend pas tout, tout de suite. Puis peu à peu, le scénario se met en place, implacable.

Marie-Castille Mention-Schaar va s’intéresser à la vie de deux jeunes filles, en pleine adolescence. On voit Sonia, puis Mélanie au cœur de leur famille. Aucun lien entre elles, si ce n’est leur soudaine transformation.
Mélanie joue du violoncelle, tout va bien pour elle jusqu’au jour où elle perd sa grand-mère. Sur Internet, elle va faire une « mauvaise » rencontre qui va déterminer toute sa vie. Le film montre très bien l’évolution de la vie de ces adolescentes, en pleine crise d’identité. Sonia, quant à elle, est de plus en plus dure avec son entourage et rattrapée à temps avant son départ en Syrie. Ses parents décident de la garder chez elle, pour éviter le centre de détention. Et c’est l’enfer à la maison.

Embrigadement et « désembrigadement »

Si le film est poignant c’est parce qu’on voit évoluer ces jeunes filles, de façon irrémédiable, mais aussi on suit leurs parents et leurs cris de désespoir. Tout sonne tellement juste que c’en est effrayant. Y compris les vidéos de propagande qui circulent sur le Net ; les vraies vidéos.

Marie-Castille Mention-Schaar a choisi de filmer Dounia Bouzar, dans son vrai rôle. Celui de « désembrigadement ». Dounia Bouzar se laisse filmer au coeur de son travail, en pleine séance d’écoute des parents ou des jeunes filles. Elle explique aux parents le processus d’embrigadement de leurs enfants et avec les jeunes, elle travaille sur le « désembrigadement ». Un long travail d’écoute et de réflexion centré sur « Comment sortir de l’emprise djihadiste » qui est d’ailleurs le titre de son dernier livre (2015).

C’est en cela qu’on pourrait dire que le film de Marie-Castille Mention-Schaar, Le ciel attendra est un documentaire. Mais ce sont de vrais acteurs, dont Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau qui interprètent deux mamans complètement effondrées, qui jouent dans ce film avec beaucoup de justesse. Et bien sûr, les deux jeunes filles, Noémie Merlant et Naomie Amarger sont absolument époustouflantes et nous remuent en profondeur.

Le ciel attendra est un film à montrer à tous les jeunes, de tous milieux et de toutes religions. Publik’Art avait été très marqué par le film de Xavier Durringer, diffusé sur France 2 : Ne m’abandonne pas, qui avait été sélectionné au FIPA 2016 et qui racontait également la terrible histoire d’une jeune fille embrigadée.

Un film à voir en famille et surtout un film qui va permettre le dialogue avec les jeunes, une mise en garde indispensable. Un film à montrer dès le collège, le plus tôt possible !

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Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/10/05/31003-20161005ARTFIG00258--le-ciel-attendra-outil-pedagogique-contre-le-djihad-ou-instrument-de-diversion.php

Le ciel attendra : outil pédagogique contre le djihad ou instrument de diversion ?

Par Alexandre Devecchio

Mis à jour le 05/10/2016 à 20:01 Publié le 05/10/2016 à 17:47

Crédits Photo : capture d’écran du film « Le ciel attendra » de Marie-Castille Mention-Schaar.

FIGAROVOX/ANALYSE - « Le ciel attendra » de Marie-Castille Mention-Schaar écrit en collaboration avec Dounia Bouzar est présenté par Najat Vallaud-Belkacem comme un « film de salubrité publique ». Pour Alexandre Devecchio, il reflète au contraire un aveuglement idéologique.

Alexandre Devecchio est journaliste au Figaro, en charge du FigaroVox. Chaque semaine, il y observe le mouvement des idées. Passionné par le cinéma, la politique et les questions liées aux banlieues et à l’intégration, il a été chroniqueur au Bondy blog. Il est également co-fondateur du Comité Orwell. Retrouvez-le sur son compte twitter @AlexDevecchio. Il est l’auteur des Nouveaux enfants du siècle, enquête sur une génération fracturée à paraître le 29 octobre aux éditions du Cerf.

« Un film de salubrité publique », selon Najat Vallaud-Belkacem. La ministre de l’Éducation nationale voit dans Le Ciel attendra, qui sort en salle ce mercredi, un « outil pédagogique » face à l’enrôlement djihadiste. Elle a invité tous les professeurs à découvrir le long-métrage de Marie-Castille Mention-Schaar dans leurs académies respectives. Les critiques sont à l’unisson louant un drame réaliste et pédagogique. La réalisatrice évoque sa volonté de comprendre et de faire comprendre. Le ciel attendra retrace les destins de deux aspirantes djihadistes : Mélanie, 16 ans, et Sonia, 17 ans. La première finit par s’envoler pour le Califat tandis que la seconde, arrêtée par la police juste avant son départ, est sauvée par un programme de « déradicalisation ». Comme pour son précédent film, Les Héritiers, qui relatait l’histoire d’une classe de banlieue participant à un concours sur la Shoah, Marie-Castille Mention-Schaar s’inspire de faits réels. Loin de nous l’idée de nous prêter à une critique artistique mais puisque notre ministre nous propose ce film comme un outil pédagogique, étudions-le.

L’horreur est soigneusement tenue à distance pour mieux faire apparaître les jeunes filles entièrement comme des victimes.

La radicalisation est un phénomène complexe à déchiffrer. Ici, on évite les questions qui fâchent. Dans la très grande majorité des cas, les djihadistes sont de jeunes hommes. Surprise, Le Ciel attendra évoque le sujet uniquement sous l’angle féminin. Plus réducteur encore, toutes les jeunes filles embrigadées sans exception sont des converties. Les rares personnages de culture arabo-musulmane sont, eux, tous prémunis du fanatisme. Le père de Sonia, incarné par l’excellent Zinedine Soualem, est d’origine maghrébine, mais farouchement athée. La copine voilée de Mélanie est musulmane pratiquante mais prône un islam éclairé fondé sur la spiritualité et la tolérance. « Pour Allah, La manière dont tu fais la prière compte moins que ce que tu as dans ton cœur », tente-t-elle de persuader Mélanie. Cette dernière habite dans une cité de Créteil. Pourtant, le communautarisme et la violence inhérents aux territoires perdus de la République, qui fournissent les principaux bataillons du djihad français, ne sont jamais montrés. Mélanie ne rencontre pas de prédicateur, ne fréquente pas la mosquée. Son environnement immédiat ne joue aucun rôle. Elle est endoctrinée par un recruteur uniquement via le web. Outre le net, l’autre grand coupable n’est autre que la France, cette mère indigne qui ne s’occupe pas de sa progéniture. « Que fait l’Etat pour nos enfants ? » s’indigne le père de Mélanie devant un fonctionnaire indifférent dans une inévitable scène de repentance. La barbarie de Daech, elle, n’est jamais évoquée, même au détour d’une vidéo de propagande. Pas de corps décapité ou d’image macabre. L’horreur est soigneusement tenue à distance pour mieux faire apparaître les jeunes filles entièrement comme des victimes. Pourtant, les différents études et enquêtes menées sur les femmes et le djihad, montrent, contrairement à une idée reçue, que les « califettes » ne sont pas manipulées et ont un profil assez proche de celui des hommes. On se souvient de la photo en mode Burka Avenger d’Hayat Boumeddiene, l’épouse d’Amedy Coulibaly, s’entraînant au tir à l’arbalète.

La réalisatrice épouse sans recul la vision bisounours de l’islam véhiculée par Dounia Bouzar.

La réalisatrice épouse sans recul la vision bisounours de l’islam véhiculée par Dounia Bouzar. Ce visage médiatique qui a dirigé le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CDSPI), est effet le pivot de ce film. Elle a collaboré à l’écriture du scénario et interprète son propre rôle. Devant la caméra, mi-assistante sociale, mi-gourou, elle sauve Sonia à coup de calinothérapie, de psychologie de bazar et de grandes tirades sur « le vrai islam, religion de paix et d’amour ». Il faut se souvenir que Bouzar, omniprésente à la télévision et à la radio et maintentant actrice de cinéma, résume le djihadisme à un phénomène sectaire ordinaire dont l’islam ne serait qu’un prétexte. Elle nie tout lien entre salafisme et djihadisme évacuant ainsi toute la dimension culturelle de l’islamisme. L’« experte » va jusqu’à avancer des chiffres farfelus se basant sur la poignée de personnes qu’elle aurait « déradicalisées ». Selon elle, 99% des jeunes tentés par le djihad se sont radicalisés sur Internet et 80% des « jeunes radicalisés » sont des convertis. Peu importe si les auteurs des attentats, qui ont ensanglanté la France ces deux dernières années, étaient dans leur très grande majorité issus de l’immigration. Le diagnostic et la méthode de celle qui militait contre l’interdiction du voile et pour l’enseignement de l’arabe à l’école et enfin prônait la création d’un jour férié musulman au nom de la laïcité, sont cependant contestés. Il y a quelques mois Bouzar a annoncé qu’elle renonçait à poursuivre sa mission de directrice de directrice du CDSPI. Officiellement, la « spécialiste du fait religieux » souhaitait « protester contre la déchéance de nationalité ». Certains observateurs pointent sa gestion opaque et son absence de résultat. « Il n’y a rien, pas de chiffres, pas de noms. Quand Mme Bouzar annonce qu’elle a permis d’éviter 400 départs, quels moyens a-t-on de vérifier ce qu’elle avance ? Avec les 600 00 euros de budget alloués à sa structure, il serait logique que l’on puisse le faire », s’interroge Nathalie Goulet, la sénatrice centriste et présidente de la commission d’enquête sur les réseaux djihadistes dans Marianne.

La faiblesse de notre approche est d’avoir assimilé la dérive djihadiste à un phénomène sectaire.

Une jeune fille, qui aurait pu inspirer le personnage de Sonia, a notamment été arrêtée juste avant de partir en Syrie alors qu’elle suivait un programme de déradicalisation après une première tentative d’attentat contre une synagogue. Pour David Thompson, auteur d’un livre remarquable recueillant le témoignage de djihadistes français, ce cas est « symptomatique » de l’échec de Dounia Bouzar. « Je connais personnellement plusieurs autres exemples similaires de personnes revenues de Syrie sur lesquelles ce programme n’a eu aucune prise non plus. En revanche, je ne connais aucun cas sur lequel cela aurait fonctionné. Il est éventuellement possible que ce programme ait eu un impact sur de jeunes filles sur le point de partir, qui n’étaient pas encore complètement plongées dans cette idéologie, des jeunes filles qui avaient pu tomber amoureuses de combattants sur Internet sans convictions religieuses très ancrées. En revanche, sur les individus très idéologisés, ces programmes n’ont pas de prise », explique-t-il. Et de poursuivre en décrivant un processus de radicalisation tout autre que celui qui nous est présenté dans le film. À lire Thomson, la faiblesse de notre approche est d’avoir assimilé cette dérive à un phénomène sectaire. « Or, le djihadisme, poursuit-il, n’est pas une maladie. Voir ce phénomène uniquement sous l’angle de la pathologie mentale revient à nier totalement l’engagement politique, religieux et individualiste de ces jeunes qui partent (…) Les gens ne comprennent pas que le combat des djihadistes est un combat contre le modèle de société français et contre la démocratie. Pour eux, la démocratie est par nature à combattre, puisqu’elle est source d’idolâtrie car elle dicte une autre loi que celle de Dieu. Toujours selon eux, la souveraineté populaire est contre la religion. La force de tout groupe djihadiste, et en particulier l’État Islamique, est d’aller justifier chacun de ses actes avec des textes et des références de tradition musulmane. Ces textes existent, et pour un jeune rien ne sera jamais plus fort qu’une référence religieuse. Vous pouvez avoir tous les discours de déradicalisation que vous voulez, vous n’aurez jamais de prise sur un jeune qui considère ce texte comme LA vérité absolue. Pour schématiser, l’approche de Dounia Bouzar consiste à traiter ces gens comme des alcooliques anonymes. Mais ils ne sont pas dans une pathologie, ce sont juste des gens qui ont des convictions ».

Le visage du jeune djihadiste est plus souvent celui d’une « racaille » déraciné, déculturé, désintégré à qui l’on propose le djihad comme moyen spectaculaire de rédemption.

Derrière le phénomène djihadiste, il y a une réalité dérangeante que Le Ciel attendra n’explore pas : celle de la désaffiliation et de la désintégration culturelle d’une partie de la jeunesse des banlieues. Georges Bensoussan, qui a dirigé l’ouvrage Les Territoire perdu de la République en 2002, est l’un des intellectuels qui décrit avec le plus de courage et de lucidité ce malaise. « Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant : « Mon pays c’est l’Algérie… » (ou la Tunisie, etc.…). Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3ième génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation, explique ce spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIX et XX siècles. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. » Si les jeunes convertis idéalistes partis en Syrie pour défendre une noble cause existent, ils sont loin d’être majoritaires. Le visage du jeune djihadiste est plus souvent celui d’une « racaille » déraciné, déculturé, désintégré à qui l’on propose le djihad comme moyen spectaculaire de rédemption. Élevé dans la culture du ressentiment, nourri au lait de l’antiracisme et de la victimisation, ce dernier règle ses comptes avec une France qu’il déteste. La guerre sainte est le nom de sa sécession. La Oumma, une patrie fantasmée. L’illusion d’une communion. En devenant un « soldat » de l’islam radical, il trouve enfin sa cohérence. Refuser de faire ce diagnostic, c’est s’interdire de régler en profondeur le phénomène djihadiste et mentir aux Français sur la réalité des fractures du pays. Dès lors on peut se demander si « cet outil pédagogique » promu par Najat Vallaud- Belkacem n’est pas en réalité un nouvel instrument de diversion.