Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : L’enseignement privé musulman sous contrat : qu’y enseigne-t-on (...)

France : L’enseignement privé musulman sous contrat : qu’y enseigne-t-on exactement ?

jeudi 13 octobre 2016, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/france/2016/05/26/lycee-averroes-la-condamnation-de-zitouni-confirmee-en-appel_1455353

Lycée Averroès : la condamnation de Zitouni confirmée en appel

Par Stéphanie Maurice, LILLE, de notre correspondante

26 mai 2016 à 17:38

Photo : Le lycée privé musulman Averroès, à Lille, en février 2015. Photo Aimée Thirion pour « Libération »

L’ancien professeur de philosophie du lycée privé musulman de Lille avait dénoncé la dérive islamiste de l’établissement, le comparant à un « nid de vipères ».

« La communauté éducative du lycée Averroès est enfin rétablie dans son honneur », se félicitait jeudi dans un communiqué le lycée privé musulman de Lille, le premier à avoir ouvert en France. En effet, la cour d’appel de Douai a confirmé la condamnation pour diffamation non publique de Soufiane Zitouni, l’ancien professeur de philosophie du lycée, qui y dénonçait une dérive islamiste. Dans des échanges de mail privés, il comparait l’établissement à « un nid de vipères ». Une accusation infondée, a estimé la cour. Soufiane Zitouni avait également fait état de cette opinion dans une tribune publiée par Libération en février 2015, évoquant entre autres l’antisémitisme supposé des élèves. « Cet arrêt est une satisfaction pour les professeurs et les élèves qui se sont sentis calomniés », souligne Hakim Chergui, l’avocat du lycée. « C’est vrai, il y a malheureusement des attitudes antisémites à Averroès, mais comme dans tous les lycées de France et ils donnent lieu à un recadrage. M. Zitouni a été trop loin sur la généralisation de ces propos », explique-t-il.

La défense du professeur de philosophie mettait en avant la confidentialité de ces mails personnels. Ce que n’a pas retenu la cour. Selon Me Chergui, le secret de la correspondance a été mis à mal car les courriels ont été retransmis et leur substance, publiée dans les journaux. Une interprétation qui surprend Sophie Obadia, l’avocate du professeur. « Si on ne peut plus écrire un mail personnel et qu’il peut être ainsi déconfidentialisé, cela va mettre à mal les relations sociales », note-t-elle. La condamnation est de principe, car les peines sont faibles : une amende de 10 euros, un euro de dommages et intérêts et 500 euros au titre du remboursement des frais de justice de la partie adverse. Me Obadia prévoit de se pourvoir en cassation.

Inspection diligentée

L’affaire commence juste après les attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, en janvier 2015. Soufiane Zitouni, proche de Philipe Lançon, journaliste de Libération blessé dans l’attaque de Charlie, publie une première tribune dans le journal, intitulée « Aujourd’hui, le Prophète s’appelle aussi "Charlie" ». Celle-ci soulève au sein du lycée des réactions contrastées, dont s’offusque le professeur de philosophie.

La querelle tourne à l’affrontement entre deux egos, selon la version de la direction du lycée. Car le professeur d’éthique musulmane, Sofiane Meziani, lui répond, par presse interposée, via une critique publiée dans l’Obs. L’homme se situe dans le courant des Frères musulmans : il donne des cours à la mosquée de Lille-Sud, dont le recteur est Amar Lasfar, également président de l’Union des organisations islamistes de France(UOIF), et fondateur du lycée. Les fréristes revendiquent un islam politique, à contre-pied de la laïcité à la française. Dans le climat post-attentats, une inspection de l’Education nationale est diligentée, en février 2015, pour vérifier si des germes de fondamentalisme existent à Averroès : elle estime que l’établissement « respecte globalement » le contrat d’association avec l’Etat, mais préconise de « clarifier le statut et la place du religieux dans l’établissement ».

°°°

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/09/04/l-enseignant-qui-denoncait-les-derives-du-lycee-musulman-averroes-condamne_4745943_3224.html#bKj6UuXXOM8muwpl.99

L’enseignant qui dénonçait les dérives du lycée musulman Averroès condamné

Le Monde.fr | 04.09.2015 à 12h13 • Mis à jour le 04.09.2015 à 13h45

Par Laurie Moniez (Lille, correspondance)

Photo : Des élèves du lycée privé musulman Averroes de Lille, en septembre 2004.
Le professeur de philosophie Soufiane Zitouni, qui avait vivement critiqué le lycée musulman Averroès de Lille dans Libération, a été condamné vendredi 4 septembre par le tribunal de police pour diffamation non publique et injure non publique. Il a annoncé vouloir faire appel.

L’enseignant de 48 ans avait publié le 6 février une tribune dans le journal Libération, intitulée « Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès ». Il y accusait les responsables de l’établissement scolaire lillois de jouer un « double jeu », de diffuser « de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme ». Ses propos ont créé un choc : le lycée Averroès, premier établissement privé musulman sous contrat avec l’Etat, créé en 2003, est souvent présenté comme un lycée modèle pour ses résultats au baccalauréat.

Une précédente tribune de M. Zitouni, intitulée « Aujourd’hui, le prophète est aussi Charlie », publiée le 15 janvier, avait suscité de vives réactions au sein de l’établissement. Soufiane Zitouni y dénonçait un climat peu démocratique au lycée musulman, des tensions en salle des professeurs et dans les classes, des thèmes tabous, des prières à la machine à café.

En s’appuyant sur des échanges de mails avec des collègues dans lesquels l’enseignant reprenait ces accusations, l’avocat du lycée Averroès, Hakim Chergui, avait contre-attaqué en saisissant le tribunal de police plutôt qu’une juridiction correctionnelle, où une action en diffamation publique aurait pu prendre des années.

« Il y aura un vrai procès »

A l’audience du 29 mai, le professeur avait dénoncé notamment les « réactions épidermiques » des élèves à la théorie de l’évolution de Darwin, les positions pro-Hamas de certains professeurs ou encore la prescription du port du voile comme « obligation religieuse » par un imam lors du prêche du vendredi.

Le tribunal a déclaré coupable Soufiane Zitouni, « car il n’y avait pas d’éléments de preuve, de documents de nature à justifier » ses propos. Condamné à une peine d’amende de 10 euros pour les faits de diffamation, de 10 euros pour injures, et à 1 euro pour les dommages et intérêts, il doit également rembourser à la partie civile les frais de procédure judiciaire. Le professeur avait choisi de se défendre seul, sans avocat, car, dit-il, « je pensais qu’on pouvait rester au stade verbal, dans le débat d’idées, mais quand on a affaire à l’administration, c’est très technique. La justice française est kafkaïenne ».

A la sortie du tribunal, Soufiane Zitouni a annoncé qu’il ferait appel : « Je vais prendre un avocat. Il y aura un vrai procès avec des preuves tangibles et des témoignages. Je suis serein. Ça ne me déstabilise pas, car je n’en fais pas une affaire personnelle mais collective. » Inquiet de voir « un islam particulier s’imposer de plus en plus en France, un islam qui confond politique et spiritualité, celui des femmes voilés, celui qui manque d’humour », Soufiane Zitouni prévient que le procès du lycée Averroès va devenir celui de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

« Ce lycée n’est que l’arbre qui cache la forêt : derrière, il y a les Frères musulmans. Le but de l’UOIF est d’avoir le leadership de l’enseignement musulman en France », accuse-t-il. A ses côtés, l’ingénieur Mohamed Louizi assure avoir de nombreux documents embarrassants qui concernent des membres de l’UOIF. « On va tout mettre sur la table : les déclarations concernant les juifs, le financement du lycée, l’idéologie des Frères musulmans qui doit être mise dans la tête des enfants dès 5 ans, annonce Mohamed Louizi. Je vais tout mettre entre les mains de la justice. »

Demandes de mutation

De son côté, Rachid Hamoudi, directeur de la mosquée de Lille-Sud, seul représentant du lycée présent ce vendredi au tribunal, explique : « Nous avons été insultés et injuriés. Les parents, les familles, les élèves ont été insultés par un professeur. La justice est rendue. Le lycée continue d’instruire les citoyens de demain. » Il assure que cette affaire n’a pas déstabilisé le lycée Averroès. « On [en] a tiré des enseignements, on a réfléchi à comment mieux gérer les choses, mais ça n’a pas laissé de traces, d’autant que les résultats du bac ont été excellents. Et aujourd’hui, le lycée Averroès, c’est sept cent cinquante élèves. »

A la suite de l’affaire, le rectorat avait rédigé en février un rapport d’inspection, dans lequel il estimait que le lycée respectait « globalement » les termes de son contrat avec l’Etat. Il y notait toutefois une confusion entre l’enseignement d’éthique musulmane et la philosophie.

Le professeur de philosophie avait affirmé jeudi 27 août avoir retrouvé un poste « grâce à Najat Vallaud-Belkacem », la ministre de l’éducation nationale. « Les chefs d’établissements cathos ne voulaient pas de moi, ils ont tous émis des avis défavorables à mes demandes de mutation », a expliqué Soufiane Zitouni, qui a travaillé dans l’enseignement catholique sous contrat avec l’Etat de 2003 à 2014. « Si Najat Vallaud-Belkacem n’était pas intervenue en personne auprès du rectorat de Lille, j’aurais dû retourner au lycée Averroès », a-t-il déclaré à l’AFP, précisant qu’il avait retrouvé un poste à la rentrée dans un lycée catholique sous contrat avec l’Etat à Valenciennes (Nord).