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France : Réponse de Caroline Fourest à ceux qui minimisent le danger du radicalisme religieux tout en parlant de danger « laïciste » et d’ »intégrisme républicain ».

jeudi 27 octobre 2016, par siawi3

Source : https://carolinefourest.wordpress.com/2016/10/25/mon-vrai-desaccord-avec-jean-bauberot/

25/10/2016

Mon vrai désaccord avec Jean Baubérot

Jean Baubérot se défend de prôner une « laïcité ouverte ». Formidable, mais ce n’est pas mon propos… Je précise dans mon livre qu’il n’utilise plus cette expression depuis qu’elle est fortement critiquée.

Mon reproche est ailleurs. Il concerne sa vision relativiste de l’histoire de la laïcité (où toutes les interprétations de 1905 se valent), sa volonté de renégocier la Séparation, son militantisme obstiné pour importer les accommodements religieux » et le modèle canadien, son soutien aux sectes, son vocabulaire caricatural et inversé minimisant le danger du radicalisme religieux tout en parlant de danger « laïciste » et d’ »intégrisme républicain ».

Une conception désarmante de la laïcité qui va jusqu’à la complaisance affichée envers les mouvements religieux radicaux, sexistes et homophobes, comme l’UOIF, qui l’invite presque chaque année à son Congrès.

Jean Baubérot se défend de placer la liberté religieuse avant l’égalité, mais tous ses travaux et ses prises de positions militent dans ce sens…

Un exemple parmi d’autres racontés dans mon livre, il se moque des femmes canadiennes alarmées à l’idée qu’un Centre YMCA de Montréal ait accepté de givrer ses vitres. Des ultra-orthodoxes ne supportaient pas de voir des femmes faire du sport en tenue moulante… Jean Baubérot ne voit pas le problème de cacher le corps des femmes pour leur faire plaisir. Il soutient ce type d’accommodements et fait donc passer le respect de la radicalité religieuse avant celui de l’égalité.

C’est le genre d’exemples qu’on peut rappeler en débat lorsqu’un interlocuteur n’assume pas où mènent ses positions. Après avoir dit « oui’ », Jean Baubérot a finalement refusé de débattre avec moi, même par email, pour des raisons personnelles… Qui ne l’ont pas empêché de répondre séparément aux questions de la journaliste de L’Obs. Il est visiblement plus commode de contrer mes arguments sans que je puisse veiller à ce qu’ils ne soient pas déformés.

Dans cet entretien, Jean Baubérot me qualifie de « Trump de gauche ». Est-ce bien sérieux ? Je finis par me demander si certains universitaires n’ont tout simplement pas perdu le sens des mots. Leur désorientation sémantique s’accompagne d’oukases visant à intimider et à traiter d’ »islamophobe » tous ceux qui défendent l’égalité ou alertent sur le danger intégriste.

Il y a dix ans, un collectif d’universitaires autour de Jean Baubérot publiait une tribune dans Le Monde pour hurler contre le fait qu’on me décerne le prix du livre politique. Je venais de faire paraître La Tentation obscurantiste, un livre qu’ils qualifiaient de « bréviaire de la haine », alors qu’il se contentait d’alerter contre l’aveuglement d’une certaine gauche envers l’islamisme…

Nous sommes nombreux à avoir subi ces procès d’intention. A force, les gens s’y perdent. D’où la nécessité de retracer précisément les enjeux révélés par ces « lignes de fracture » dans Génie de la laïcité.

Contrairement à ceux qui caricaturent mes propos au lieu d’y répondre, sans jamais pouvoir produire la moindre phrase accréditant leurs amalgames, je ne fais que citer (note de bas de page à la clef) les écrits de mes contradicteurs. Il est vrai qu’ils apparaissent, avec le recul, comme un cruel désaveu de réalité.

Caroline Fourest

Ps : Je suis également tout à fait disposée à débattre avec Jean-Louis Bianco de nos désaccords, mais celui-ci, bien qu’il occupe une fonction officielle, a déjà décliné cinq propositions venant de médias écrits, radios et télévisés.