Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Carnage au Pakistan, la revendication de l’Etat islamique est-elle crédible (...)

Carnage au Pakistan, la revendication de l’Etat islamique est-elle crédible ?

mercredi 26 octobre 2016, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/planete/2016/10/25/carnage-au-pakistan-la-revendication-de-l-etat-islamique-est-elle-credible_1524216

Par Laurence Defranoux

25 octobre 2016 à 16:38

L’attaque contre l’école de police de Quetta, revendiquée notamment par l’Etat islamique, a fait au moins 61 morts. Photo Banaras Khan. AFP
L’attaque contre une école de police a fait plus de 60 morts mardi. Les autorités attribuent plutôt l’attaque à un groupe extrémiste sunnite local, Lashkar-e-Jhangvi.

Carnage au Pakistan, la revendication de l’Etat islamique est-elle crédible ?

Dans la nuit de lundi à mardi, un commando a semé la terreur durant cinq heures dans le dortoir de l’école de police de Quetta, dans l’est du Pakistan, faisant au moins 61 morts et 165 blessés parmi les étudiants. Selon les témoins, les trois assaillants masqués, après avoir tué le garde, se sont dirigés directement vers le bâtiment où se trouvaient environ 200 étudiants, tirant méthodiquement dans les chambres et prenant des otages. Lors de l’assaut des forces de l’ordre, deux kamikazes se sont fait exploser et le troisième a été abattu par la police. L’académie de police se trouve à 17 km de Quetta, et à une soixantaine de kilomètres de la frontière afghane, dans la province du Balouchistan, une des régions les plus instables du pays et fief taliban.

Qui est derrière l’attaque ?

La plus grande confusion règne. Un général de l’armée a attribué l’attaque à un groupe extrémiste islamiste, Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), sur la base d’écoutes « prouvant que les trois assaillants recevaient leurs ordres d’Afghanistan ». Ce qui, selon le ministre de l’Intérieur, prouverait que le groupe n’a plus les moyens d’opérer depuis le territoire pakistanais. Le LeJ, groupe terroriste sunnite originaire de la province du Punjab, n’en est pas à sa première attaque dans le Balouchistan, notamment contre des minorités chiites. Le gouverneur de la province affirme que la ville de Quetta était, en vain, sous alerte depuis quelques jours grâce à ces écoutes. L’attaque a été revendiquée ensuite par une faction locale du mouvement des talibans pakistanais (TTP), et juste après, par l’Etat islamique.

Est-ce la première attaque revendiquée par l’Etat islamique au Pakistan ?

Ce n’est pas la première fois qu’un attentat est revendiqué par différentes formations, mais l’armée a toujours taxé les revendications de Daech de propagande, assurant que l’organisation n’avait toujours pas pris pied dans le pays, où elle peinerait à fédérer ses sympathisants. Le 8 août, 73 personnes étaient déjà mortes à Quetta lors de l’attentat à la bombe contre un hôpital où se tenait une cérémonie en l’hommage d’un avocat assassiné. Le carnage avait déjà été revendiqué à la fois par une faction talibane, Jammat-ul-Ahrar (JuA), reponsable du carnage antichrétien de Lahore à Pâques, et par l’Etat islamique. Il est très difficile de démêler l’écheveau des groupes terroristes actifs au Pakistan. Le TTP, décapité par les frappes de drones américains, est miné par les scissions politiques et les guerres de chefs, parfois proches du groupe jihadiste : le JuA avait fait plus ou moins allégeance à Daech, et le chef du LeJ, tué en 2015, était soupçonné d’avoir été désigné comme représentant de l’organisation au Pakistan.

Que penser de la revendication de ce mardi ?

Elle est arrivée beaucoup plus rapidement que d’habitude et est très peu détaillée. Elle pourrait être une sorte de « parrainage » opportuniste, alors que l’Etat islamique fait face aux assauts de la coalition internationale à Mossoul. Bien que prudente, la presse pakistanaise intègre plutôt cette attaque dans la longue liste des actions des talibans qui ensanglantent le pays depuis des années, comme celles contre l’académie de police à Manawan, en 2009. L’école de police de Quetta elle-même avait déjà été visée en 2006 et en 2008. Le mode opératoire rappelle également le carnage contre une école gérée par l’armée à Peshawar, qui a coûté la vie à plus de 130 enfants et adolescents en décembre 2014.