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Sri Lanka : La droite hindouiste et la droite bouddhiste

samedi 29 octobre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/10/seculiere-lasie-vii-extremismes.html

27 Octobre 2016

Séculière l’Asie ? (VII) : extrémismes religieux au Sri-Lanka

Le 13 octobre dernier, des hindous du Sri-Lanka ont annoncé la création d’un groupe nommé « Siva Senai », nom inspiré de la Shiv Sena, le parti extrémiste hindou indien dont les fondateurs du groupe sri-lankais se réclament. Son premier objectif serait de « protéger les hindous face aux menaces que représentent les autres groupes religieux » L’une des principales menaces proviendrait, selon eux, de la « colonisation bouddhiste » organisée par le pouvoir et la majorité ethnique cingalaise ( 74% de la population). Pour ce faire, le groupe annonce qu’il va faire campagne pour l’adoption d’une loi anti-conversion au Sri-Lanka. Cette obsession de la lutte contre les « conversions » (d’une religion à une autre) est courante en Asie du Sud, et notamment au Sri-Lanka.
Ainsi en 2003/04, ce sont 165 églises chrétiennes qui avaient été attaquées et parfois entièrement détruites par des émeutiers bouddhistes. On accusait les chrétiens, dont la minorité sri-lankaise est la plus importante de la région, d’être des sympathisants des Tigres Tamouls, une grande partie d’entre-eux étant en l’occurrence tamouls. Mais, l’autre motif était le succès du prosélytisme des missionnaires protestants des années précédentes, accusés par certains d’avoir fait passer le nombre de pentecôtistes et d’évangélistes dans l’île de 50 000 en 1980 à 240 000 au tournant du siècle.
Si le Sri-Lanka est officiellement un État séculier sa constitution reconnaît le bouddhisme comme religion majoritaire et comme le soulignent les partisans sri-lankais de la laïcité, les moines bouddhistes bénéficient d’un régime de « laissez-faire » assez singulier. Ils peuvent ainsi disposer des hauts-parleurs ou des statues géantes à tous les coins de rue qui leur conviennent, sans que les autorités interviennent.
Au-delà du folklore musical ou statuaire, l’extrémisme bouddhiste a lui aussi pignon sur rue. Ainsi le BBS ( Bodu Bala Sena, Force du pouvoir bouddhiste), une organisation extrémiste et nationaliste active depuis 2012, a été l’origine de plusieurs séries d’émeutes anti-musulmanes, comme en juin 2015 où elles ont fait, comme toujours de nombreux morts, blessés et déplacés. Ici comme ailleurs, le terme de religion recouvre en fait un champ d’interaction particulier, le bouddhisme au Sri-Lanka étant resté indissociable du nationalisme (i-compris dans sa mouture anti-coloniale) . Comme l’écrit Éric Meyer dans une recension de 2009 du livre Buddhist fondamentalism and minority identities in Sri Lanka : « Plus que de fondamentalisme, il faut parler de communalisme ou de sub-nationalisme amalgamant religion, langue et territoire, dans un discours identitaire qui dénie aux minorités non bouddhistes cinghalaises un statut égal. La langue et le passé commun, ingrédients classiques du nationalisme, ont autant de place que la religion dans cette construction. »
On voit que, dans un tel contexte, l’apparition d’une « Shiv Sena » sri-lankaise est pour le moins le signe d’un renouveau de cette dynamique éthno-sectaire qu’on aurait pu espérer relativement mise en sourdine après la fin de la guerre civile...