Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Myanmar : le Bouddhisme et la violence, au-delà des clichés...

Myanmar : le Bouddhisme et la violence, au-delà des clichés...

samedi 29 octobre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/10/seculiere-lasie-vi-le-bouddhisme-et-la.html

16 octobre 2016

Séculière l’Asie ? ( VI) : le Bouddhisme et la violence, au-delà des clichés...

Le 9 octobre dernier, 9 policiers birmans ont été tués dans une série d’attaques coordonnées contre des postes de gardes-frontières à l’ouest du pays. Il semblerait que ces actions menées avec de faibles moyens aient été l’oeuvre de militants de la minorité musulmane Rohingya, oppressée depuis longtemps par la majorité bouddhiste de la région. Ces attaques réveillent les craintes d’une série d’affrontements communautaires comme ceux de 2012 qui avaient fait des dizaines de morts et des milliers de déplacés. Si le sort de cette minorité Rohingya est souvent évoqué pour dissiper un peu l’aura de sagesse pacifique qu’on prête généralement au Bouddhisme ( voir le post « Bienvenue en Birmanie » sur ce blog), il n’y a pas non plus d’exclusivité birmane dans la violence, les discriminations et l’extrémisme.
Comme le rappelle l’introduction du livre Buddhism and violence coordonné par Vladimir Tikhonov et Torkel Brekke : « En Occident, il est généralement admis que le Bouddhisme est une religion pacifique. Le public occidental tend à considérer que le rejet doctrinal de la violence dans le Bouddhisme fait des bouddhistes des pacifistes, et on attend d’eux qu’ils se conforment aux standards de comportement pacifique qui ont cours à l’ouest. Ce stéréotype – qu’on pourrait bien qualifier d’ « Orientalisme positif » puisqu’il est basé sur le principe que la religion bouddhiste serait plus fidèle à ses enseignements non-violents que la chrétienté- a été en fait périodiquement mis à mal par l’approbation enthousiaste donnée par le clergé bouddhiste aux pires formes de violence guerrière. » Les auteurs appellent d’ailleurs à rejeter tout autant le raccourci Bouddhisme/pacifisme que d’autres « essentialisations » concernant d’autres religions, tel le fameux islam/violence.
Si effectivement le bouddhisme compte prés de 350 millions d’adeptes (voire 1,3 milliards si on inclut la Chine) et offre de nombreuses variantes selon les 135 pays où il est implanté, plusieurs chercheurs ont souligné que les textes les plus anciens de ce culte ne sont pas sans ambiguïtés au sujet de la violence ( les amateurs de subtilités théologiques peuvent se reporter à l’article de John Thompson Ahimsa and its ambiguities et à celui de Michael Jerryson Buddhist traditions and violence). Dans ce dernier texte, Jerryson souligne que si la doctrine de Theravada, qui est prédominante dans les traditions sri-lankaises, Thaïs, Birmanes, Cambodgiennes et Laotiennes, condamne sans détours la violence, elle établit aussi une distinction entre bouddhistes et non-Bouddhistes qui permet « in fine » de considérer ces derniers comme des animaux. C’est ce genre de « flous » qui ont été utilisé par certains extrémistes tel le moine bouddhiste Kittiwuthho qui a théorisé la campagne anti-communiste menée dans les années 70 en Thaïlande, en expliquant que les communistes étaient des êtres bestiaux dont la mise à mort servait la gloire de la doctrine Bouddhiste. De même, Charles F. Keyes observait dans son article Political crisis and militant buddhism in Thailand le même phénomène de « politique d’exclusion à la sauce bouddhiste » au Sri Lanka où des mythes issus de la doctrine de Theravada ont servi de ferment idéologique à la formation d’un nationalisme extrémiste cinghalais violemment anti-tamoul , qui a vu dans les années 70 et 80 des moines participer à des insurrections, menées par le JVP ( Janatha Vimukthi Peramuna...un parti « communiste »), qui firent des milliers de morts.
En Asie comme ailleurs, c’est surtout le cocktail toxique nationalisme/religion et son instrumentalisation par l’État qui est dangereux. Comme l’écrit Jerryson dans Buddhist traditions and violence : « A l’ère des États-nations, des peuples comme les Tibétains, les Birmans, les Thaïs ou les Cambodgiens considèrent que leur nationalité est intimement connectée au Bouddhisme. Du fait de cette collusion d’identités, une attaque contre la nation devient une attaque contre le Bouddhisme ( et vice versa). ». Et Torkel Brekke souligne lui aussi que « l’appropriation par les leaders étatiques du discours Bouddhiste légitiment la guerre et la violence (…) et la manipulation de récits et de figures bouddhistes visent à étendre le spectre du conflit à une dimension cosmologique » bien évidemment propice aux pires excès. La figure du moine-soldat thaïlandais décrit par Jerryson dans son livre Buddhist Fury qui chante, prie, prodigue ses conseils spirituels tout en portant les armes et menant la contre-insurrection dans le sud du pays sur les plans à la fois militaires et idéologiques en est une des incarnations les plus actuelles et les plus sinistres...