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Thailande : Où en est la laïcité ?

dimanche 30 octobre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/09/note-sur-la-thailande-le-bouddhisme-ne.html

15 Septembre 2016

Séculière l’Asie ? (I) : Thaïlande, le bouddhisme ne sera pas religion d’Etat

Cette note sur les événements de début d’année en Thaïlande, où le bouddhisme n’a pas été déclaré religion d’État, pour rappeler la dialectique entre modernisation et résurgence de la religion, en se gardant de tout " optimisme sécularisateur " dans ce cas précis, tant la junte au pouvoir à Bangkok et ses affidés élaborent actuellement une Constitution autoritaire, liberticide et rétrograde.

Source https://asialyst.com/fr/2016/01/11/bourse-chinoise-toujours-en-baisse-pas-de-religion-etat-pour-la-thailande-et-rechauffement-indo-pakistanais/

Prachatai English – « Un danger potentiel pour le futur ». Les constituants thaïlandais ont tranché ce lundi sur la question épineuse de la déclaration du bouddhisme comme religion d’État. Le Comité de rédaction de la Constitution, qui doit être promulguée courant août prochain, a préféré inclure des mesures de protection de cette religion à laquelle 90 % des Thaïlandais s’identifient. La décision évitera d’attiser un sentiment anti-musulman alors que des groupes rattachés à l’islam s’insurgent à la frontière sud du pays. Selon un éditorialiste du quotidien thaïlandais Matichon cité par le site Prachatai, « l’Etat n’a pas besoin de définir la religion car elle peut être utilisée comme un outil pour diriger la politique ». Le bouddhisme comme religion officielle, avertit l’éditorialiste, pourrait mener à des dérives d’interprétation entraînant à leur tour la répression d’opposants, sous prétexte qu’ils « insulteraient le bouddhisme ».
Bangkok Post – Le système politique que la junte thaïlandaise souhaite mettre en place grâce au nouveau projet de constitution ramène le pays 40 ans en arrière, estime dans le Bangkok Post le politologue Thitinan Pongsudhirak. Mais même à l’époque des dictatures des années 1960 et 1970, les chefs militaires déléguaient la gestion de l’économie à des technocrates, conscients des capacités limitées de l’armée dans ce domaine. La junte actuelle semble installée au pouvoir « pour une période indéfinie », s’inquiète le chroniqueur, à moins que la population ne réagisse, comme elle l’a fait à plusieurs reprises dans le passé.

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Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/10/seculiere-lasie-v-bref-apercu-de-la.html

9 Octobre 2016

Séculière l’Asie ? (V) : bref aperçu de la situation en Thaïlande

Un déclin relatif..
Si la population est bouddhiste de manière écrasante ( 95%), il semblerait qu’elle soit de moins en moins pratiquante . Ainsi le nombre de moines et de novices rapporté à la population aurait chuté de plus de moitié en 30 ans. Il y a plusieurs raisons à cette crise de vocation. La principale est qu’auparavant aller au temple était le meilleur moyen d’avoir une éducation, alors que maintenant l’Etat thai offre 12 ans d’éducation nationaliste mais laïque. De même, beaucoup de jeunes hommes préfèrent migrer vers Bangkok ce qui entraine une désertification dans certains temples de province. Autre facteur, les scandales à répétition, dévoilés par les réseaux sociaux, avec notamment des photos de moines festoyant avec des femmes, buvant de l’alcool, regardant des pornos, roulant dans des voitures de luxe ou voyageant dans des jets privés.
« Le consumérisme est la nouvelle religion thai » se plaint un des moines les plus respectés du pays Phra Paisan Visalo au New york Times Ce qui amène, dans le même article, Phra Anil Sakya le secrétaire assistant du patriarche suprême de Thaïlande, l’autorité nationale du bouddhisme, à proposer de changer de packaging : « Aujourd’hui les gens aiment les choses ultra-rapides. Nous n’avions pas de nouilles instantanées dans le passé, mais maintenant les gens les adorent. Nous devons changer la façon dont nous enseignons le bouddhisme et la rendre aussi facile et digeste que les nouilles instantanées. »

..mais l’État veille..
Si comme nous l’avons signalé dans un précédent post, le bouddhisme n’est pas devenu religion d’État et ce, malgré une pression constante du clergé bouddhiste ( Monks on the march The Economist 03/05/07), l’État n’est certes pas neutre non plus. Tossapon Liptapanlop dans son article There is Freedom of Religion in Thailand, but what about Freedom of Having No Religion ? appelle qu’il est mentionné dans la constitution que l’État doit « patronner et protéger le bouddhisme « et que le roi se doit d’être bouddhiste. Plus généralement, il considère qu’il n’y a pas de vraie séparation de l’église et de l’État en Thaïlande. L’État utilise la calendrier religieux, cherche à bannir l’alcool lors de certains jours de fêtes sacrées, les moines bénéficient de nombreux avantages, et les collusions entre autorités ecclésiastiques et politiques sont nombreuses. De fait, les différents gouvernements n’ont pas hésité à attribuer au manque de pratique religieuse les problèmes de la société. Surtout, un projet de loi sur le patronage et la protection du bouddhisme devenu un serpent de mer législatif, prévoyait d’ajuster la punition du blasphème contre la religion à celle prévue pour insulte au roi c’est-à-dire 10 à 15 ans de prison. Ce qui aurait pour effet d’empêcher toute activité publique des athées thaïlandais.
A leur sujet Liptapanlop précise : « Le nombre de gens qui s’identifient ouvertement et explicitement comme n’ayant pas de religion ou étant athées n’a jamais été recensé en Thaïlande. Il n’y a pas d’organisations athées actuellement en Thaïlande. Il y a toutefois des groupes Facebook et des pages pour athées ou non-religieux thais. Le plus important est une page Facebook intitulé“Thai Atheist เพจคนไทยไมเชื่อพระเจา” (Thais who do not believe in God). (…) » Il conclut enfin : « Le membre d’un groupe athée sur Facebook a remarqué que le bouddhisme à la manière Thai, avec ses scandales et sa radicalisation, va probablement amener toujours plus de Thais vers l’athéisme. A ce moment-là, les proclamations de l’État sur la liberté de toutes les religions seront testées. Si il y a effectivement liberté pour la religion et la non-religion en Thaïlande, les athées seront donc autorisés à se développer et à diffuser leur message sans craindre de persécutions. »
Il est à craindre que la junte militaire ne soit certes pas si conciliante, comme nous le rappelle d’ailleurs les commémorations du massacre de l’Université Thammasat le 6 octobre 1976 qui sont interdites, interdictions que certains activistes ont tenté de braver ( Student activists defy Thai autocrats FT 05/10/16).

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Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/10/seculiere-lasie-v-bis-sud-de-la.html

9 Octobre 2016

Séculière l’Asie ? (V bis) : Sud de la Thaïlande, une guerre entre l’islam et le bouddhisme ?

Les attentats de Bangkok d’août dernier sont venus rappeler, malgré les dénégations de l’armée, que l’insurrection indépendantiste islamiste du sud du pays n’est pas éteinte. Localisés dans les quatre districts limitrophes de la Malaisie - Pattani, Narathiwat, Yala et Satun- où vit en grande majorité ( ils y composent 80% de la population) la minorité des musulmans dits « malais », ces mouvements armés hybrides et aux activités irrégulières sont les héritiers des nombreuses insurrections contre la colonisation ou la « siamisation » forcée qui ont eu lieu durant tout le XXème siècle. La phase actuelle a commencé en 2001 et surtout en 2004 du fait de la politique militariste menée par le premier ministre, aujourd’hui déchu Taksin Shinawatra. Alors que la polarisation s’accentue, certains craignent le développement d’une forme de guerre de religion entre le bouddhisme et l’islam.( Fears of a new religious strife The economist Juillet 2013)
Les choses sont toutefois un peu plus compliquées, comme le note Michael Jerryson (Un spécialiste des mouvements bouddhistes violents dont nous reparlerons dans un prochain post) dans son article basé sur plusieurs séjours sur le terrain, Appropriating a space for violence : State Buddhism in southern Thailand. En effet, en déclarant la loi martiale en 2004, le pouvoir a ouvert la voie à une militarisation des temples bouddhistes, parfois attaqués par les groupes terroristes indépendantistes ; de même, l’intronisation de moines-soldats ou l’appel à des milices de volontaires ( plus de 70 000 selon les estimations) accentuent en fait la confessionalisation du conflit. Jerryson écrit ainsi : « Quand les espaces bouddhistes et les moines se retrouvent associés à l’armée thai, cela accroit le fossé religieux entre musulmans et bouddhistes. Et à la fin, on s’aperçoit que les actions de l’Etat contribuent à transformer le conflit du sud en un conflit religieux : la transformation d’une guerre civile entre des militants luttant pour l’indépendance de leur région et le gouvernement central en une insurrection islamiste contre l’État bouddhiste. »
Précisons toutefois que ce qu’on a appelé la Dakwa ( version malaysienne de la da’wa arabe qui signifie la propagation de la foi et le prosélytisme) malaisienne a jouée un rôle dans le renouveau indépendantiste du sud de la Thaïlande. Ce revival du prosélytisme islamique, avec une attention toute particulière portée sur l’éducation et la vie quotidienne, est un bon symbole de la résurgence religieuse de la fin des années 70, puisqu’au moment où le pouvoir malaisien tentait lui-même de théoriser son activité sous la forme assez croquignolesque mais séculière de la Revolusi Mental ( révolution mentale, voir la page 14 de l’article mis en lien sur le mot Dakwa ) et que les mouvements socialistes et communistes commençaient leur irrémédiable déclin, une partie de la jeune élite intellectuelle redécouvrait l’islam, non pas pour revenir à un passé fantasmé mais bien plutôt pour critiquer et s’adapter à la modernité capitaliste.
Toutefois Nidhi Aeusrivongse dans son article Understanding the Situation in the South as a “Millenarian Revolt”, souligne aussi que l’islam politique classique n’explique pas tout au sud de la Thaïlande. Il constate que, dans les mouvements populaires de janvier 2004, ce sont surtout les petits paysans qui ont été actifs, les élites traditionnelles restant à l’écart de même que les leaders religieux et les militants indépendantistes. Pour lui cette révolte s’inscrit dans la tradition des révoltes paysannes millénaristes de Thaïlande et d’ailleurs, révolte selon lui dirigée contre la pénétration capitaliste accélérée dans le sud du pays, avec son cortège d’exploitation, d’expropriations et de pollutions…
Donc entre manoeuvres étatiques et luttes populaires, on s’éloigne grandement du choc des civilisations !!