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Inde : Montée de l’intégrisme hindouiste et contrôle de la vie privée

mardi 1er novembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/08/bribes-encore-une-fois-sur-les-vaches.html

21 Août 2016

Où l’on entend toujours meugler les « vaches sacrées ». (mis à jour le 28/08)

Les milices de défense des vaches (« cow vigilantes ») qui prolifèrent depuis l’élection de Narendra Modi semblent bien être hors de contrôle. En plus du quasi-lynchage de jeunes dalits à Una dans le Gujarat à la mi-juillet, ces miliciens ont attaqués des dizaines de personnes cette année avec notamment plusieurs lynchages de musulmans accusés de vendre et/ou de manger de la viande de boeuf.

Tout récemment, c’est justement un cacique du BJP, le parti au pouvoir qui a été lui même victime des forces sectaires que son parti a déchainé. Transportant un boeuf dans son camion, il a été intercepté par un groupe d’extrémistes qui l’a battu à mort pensant qu’il amenait la bête à l’abattoir.

Tout cela a amené un Modi embarassé à officiellement désavouer ces milices, ce dont il s’était bien gardé par le passé, en déclarant début août que la plus grande partie de ces organisations n’étaient pas de légitimes “gau rakshaks”, (protecteurs de vaches) mais des « groupes antisociaux“ s’abritant derrière cette dénomination . Il a ajouté que plutôt d’attaquer de supposés infidèles, les « protecteurs » feraient mieux de s’assurer que les vaches cessent de se nourrir dans les poubelles et ingèrent du plastique, ce qui cause la mort prématurée d’un grand nombre d’entre elles.

Comme le rappelle The Economist (Cowboy and Indians, 20/08/2016), il y a une économie florissante « mêlant business, politique et religion » de la protection des vaches. Ainsi à Bombay on compterait pas moins de 4000 propriétaires de vaches qui sollicitent des dons des passants dans les rues. Les emplacements se transmettent de père en fils et peuvent générer de confortables bénéfices. Plus généralement, avec la multiplication des lois interdisant l’abattage des vaches, de nouvelles opportunités s’offrent aux « gau rakshaks ». Ainsi au Pendjab, les producteurs de lait ont été obligés de payer une taxe aux milices de protection des vaches pour être sûrs de ne pas subir d’attaques lors du transport de leurs bêtes.
A propos de lait, un des dirigeants du groupe de nervis nationalistes Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS)-qui fait notamment l’apologie des multiples vertus hygiéniques de la pisse et de la crotte de vaches sacrés- a indiqué que boire du lait de vaches non indiennes pouvait mener les enfants dans la voie du crime car le lait de vaches anglaises recèle des "particules empoisonnées et diaboliques.
Plus anecdotiquement, on assiste aussi à un boom des maisons de retraite pour vaches.

Rappelons que l’historien Dwijendra Narayan Jha avait, à son corps défendant, fait scandale ( et avait même été condamné à mort par certains) au début des années 2000 avec son livre Le mythe de la vache sacrée, dans lequel ll prouvait que l’interdiction de manger du boeuf était une invention récente et que le boeuf avait une place importante dans la cuisine de l’Inde ancienne.

Mise a jour le 28/08 :

La volte-face de Modi and co doit beaucoup au soulèvement des Dalits suite aux événements de Una. En plus de tentatives de suicide, pratique malheureusement courante dans les luttes indiennes, ils ont en effet inauguré une nouvelle tactique terriblement efficace : déposer des carcasses de vaches mortes devant les bureaux du gouvernement ou les logements des caciques du BJP. Comme l’a déclaré un protestataire : "les gau rakshaks nous battent car ils pensent que la vache est leur mère. Hé bien, ils devraient alors s’occuper d’elle et ramasser sa carcasse quand elle meure ! "

Plusieurs observateurs s’accordent sur le fait que ces événements vont contribuer à éloigner les dalits, un des groupes les plus stigmatisés de la population indienne, des formations se réclamant de l’Hindutva, l’idéologie proto-fasciste de "l’hindouité". Comme le rappelle le texte Dalit uprising and after "Le tournant inattendu d’une partie des masses dalits -pour des raisons diverses- vers le BJP a été un facteur majeur de son ascension au pouvoir. "

La situation au Gujarat (et ailleurs) n’a pourtant fait qu’empirer ces dernières années, l’activiste Dalit Jignesh Mevani très impliqué dans les protestations d’Una indique ainsi " Les atrocités se sont multipliées. Durant les mandats de Modi à la tête de la région de 2003 à 2014, 14 500 cas de violence graves ont été recensés, et entre 2005 et 2015, les dalits ont été expulsés violemment de 55 villages." Comme il le résume : " D’un côté il y a l’exploitation économique extrême et de l’autre l’oppression du système de caste dans chaque aspect de la vie."

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Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/10/inde-les-extremistes-hindous-mettent.html

23 octobre 2016

Inde : les extrémistes hindous mettent leur nez partout

Et maintenant le biryani !
Dans la lignée de la campagne de « protection des vaches » ( évoquée sur ce blog), les extrémistes hindous ont désormais dans le viseur le plat national indien, le Biryani (pour ceux qui ne connaitraient pas ( !), il s’agit de riz cuit avec de l’oeuf, des légumes et parfois de la viande). Suite à un certain nombre de rumeurs répandues par leur soin, la police de l’État de Haryana a organisé des raids dans des foyers et des commerces musulmans pour s’assurer que le biryani qu’on y mangeait ne contenait pas de boeuf. Dans cet état, comme dans 20 autres à travers le pays, l’abattage des bovins est illégal et peut entrainer des peines allant jusqu’à 10 ans de prison.
Les extrémistes hindous ne visent pas le biryani par hasard. Comme le dit le professeur en science sociale Shiv Viswanathan « La bataille autour de la nourriture ne porte pas seulement sur le fait de manger.La nourriture est essentiellement la grammaire de la société. On montre son hospitalité à travers la nourriture. On peut aussi insulter quelqu’un via la nourriture. » Or le biryani a des origines musulmanes. On considère que ce plat tout en un est arrivé dans le sous-continent via les Mogols qui ont donné à l’Inde le Taj Mahal. Raison de plus visiblement pour que les fanatiques décident de considérer tous les consommateurs de biryani comme des suspects.

La chasse aux athées : Le 14 octobre dernier, Swami Balendu un gourou devenu athée a souhaité organiser une conférence athée dans l’ashram qu’il dirige. Quoique l’événement fut privé, Balendu a prévenu la presse. Mal lui en a pris, puisque la reproduction de ses propos, qui n’avaient pourtant rien de provocants ( la religion est une fiction inventée par les hommes), a déclenché la mobilisation des milices safrans de la région qui sont venus avec des armes pour empêcher la réunion, qui répétons-le n’était pas public. Ces nervis ont reçu l’appui de la police qui a tout bonnement interdit la conférence sous prétexte qu’elle troublerait l’ordre public. Comme l’écrit un chroniqueur du journal The wire : « Nous pourrions citer Charvaka, et même Bouddha pour tenter d’éclairer les assaillants et la police sur le fait que l’athéisme fait parti de la tradition indienne. Nous pourrions aussi citer le texte de Bhagat Singh Pourquoi je suis athée. Mais là n’est pas l’enjeu. Cette violence n’est pas le résultat d’une réaction d’outrage due à l’ignorance. Ce besoin d’interdire de telles réunions est le signe d’une volonté de domination de tous les espaces -politiques, sociaux, culturels. Publiques et privés. Selon eux, rien n’est plus privé, ils peuvent faire irruption dans votre salle de classe, vos galeries, vos conférences. Ils n’aiment pas l’existence de voix dissidentes. »