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Malaisie : Islam et nationalisme

dimanche 30 octobre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/09/etat-et-religion-inquietante-derive-en_25.html

25 septembre 2016

Séculière l’Asie ? (III) : inquiétante dérive en Malaisie

Patchwork assez particulier, la Malaisie constitue à n’en pas douter un pays à suivre pour se faire une idée des relations inter-religieuses à l’échelle mondiale dans les années à venir. Composée à 60 % de musulmans, elle compte de fortes minorités indiennes, chinoises et indigènes, qui sont hindouistes, bouddhistes ou chrétiennes. D’ailleurs le gouvernement est sensé représenter chaque groupe ethnique et mène avec plus ou moins de succès une politique volontariste d’intégration.
Ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de tenter régulièrement d’instrumentaliser la question religieuse, de façon parfois maladroite comme en 2014 quand il a voulu interdire aux minorités d’utiliser le mot « dieu », désormais réservé aux seuls musulmans. De même, lors d’un autre épisode " cocasse " et plus récent, la police malaisienne a voulu faire appel à Interpol pour faire interpeller les collaborateurs d’un rappeur, Namewee, accusé d’avoir insulté la dignité de l’islam, pour un clip dans lequel il danse dans divers lieux religieux, dont une mosquée, ce sans aucune visée blasphématoire.
Ces épisodes sont des signes d’une dérive plus large. En effet depuis plusieurs mois le pouvoir et particulièrement le premier ministre, Najib Razak, sont impliqués dans un scandale faramineux et mondial de détournement de fonds d’une agence d’État chargée du développement. Pour tenter de détourner l’attention, le gouvernement a donc décidé de se transformer en défenseur et promoteur de l’islam, afin de s’assurer le soutien des populations campagnardes, plus traditionalistes. Cela passe notamment par le renforcement des autorités judiciaires islamistes. Ainsi un projet de loi prévoit d’étendre la gamme et la dureté des punitions islamiques faisant passer ainsi la punition de l’adultère de 6 coups de canne à 100 et la punition pour consommation d’alcool d’une amende à 80 coups de canne. De fait la bureaucratie islamique malaisienne s’est beaucoup développée ces dernières années et n’hésite pas à faire des descentes dans les bars et hôtels à la recherche de couples musulmans non mariés ou d’autres « déviants « (Le groupe Justice for sisters a indiqué que 63 femmes transgenres ont été arrêtées entre janvier et mai). De même, les chicanes contre les minorités qu’un vieux discours nationalo-islamiste accuse d’avoir pillé le pays, se multiplient, alors que la majorité musulmane plus défavorisée bénéficie déjà de plusieurs programmes de préférence ethnique. (Taking the rap, The Economist, 24/09)
Ici encore, c’est à l’intersection de flux mondiaux (qu’il s’agisse d’argent sale ou de wahhabisme) et d’entre-deux locaux, que l’instrumentalisation de la religion par l’État menace de déboucher sur des dérives fratricides.

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Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/09/paroles-dathees-7-malaisiens.html

26 Septembre 2016

Paroles d’athées (7) : contextes malaisiens

Nous traduisons ici de larges extraits du texte The good, meaningful life without God and religion : Malaysian atheists speak out tiré du blog de Christopher The. Les athées malaisiens ont par ailleurs une page facebook.

Être athée en Malaisie est difficile voire dangereux. Pour d’ex-musulmans se déclarer athée est l’option la moins sûre, car des discriminations et persécutions sévères les attendent. La Malaisie est l’un des pays les plus religieux du monde et le moins tolérant vis à vis des non croyants selon le rapport de l’IHEU de 2012. Même notre premier ministre a qualifié l’humanisme, le sécularisme et le libéralisme de « déviances » et de menaces pour « l’islam et l’État ».

Amir (le prénom a été changé), qui a 24 ans et vient d’être diplômé de l’université, est à la fois malais et athée. Ayant étudié dans de nombreux pays (islamiques ou laïques), Amir a été exposé à une bien plus grande variété de cultures et de point de vues que la plupart des malaisiens. Amir m’a décrit ses premiers doutes : « Imagine, tu es dans une école internationale et tu es le seul musulman de la classe. Tu regardes les autres et tu penses qu’ils pourraient tous aller en enfer parce qu’ils ne croient pas les mêmes choses que j’aurais pu croire. Ils vont tous aller en enfer mais si ce sont des gens biens…Ça a été la première fois que j’ai commencé à réfléchir à l’athéisme. Quand on réalise qu’il y a beaucoup de façon différente de vivre, on découvre que celle qu’on nous a enseigné n’est pas forcément la bonne. « 

Le point de vue d’Amir est simplement trop différent pour d’autres malaisiens, et il n’est pas surprenant d’apprendre qu’il n’a aucun ami malaisien. Même les quelques uns qu’il avait dans le passé on préféré prendre leurs distances avec lui.

« Quand je leur ait dit que j’étais athée - ça a tout foutu en l’air. C’est comme si quelque chose ne tournait pas rond avec moi. Des barrières invisibles se dressent soudainement. Je trouve que, selon mon expérience, même les religieux modérés dans ce pays, sont très religieux. »
Chaque athée a une histoire différente à raconter. Toutes ne sont pas comme celle d’Amir, qui a du garder son athéisme secret face à ses parents religieux et à la société. A part Amir, aucun des autres athées que j’ai rencontré n’a subi de préjudice ou de discrimination pour son athéisme.

Parmi les autres athées que j’ai rencontré il y a Willie, 34 ans et assistant chercheur à l’université locale, et Kok Sen Wai, 29 ans, secrétaire médical. Les deux assument ouvertement leur athéisme. Willie en particulier a souvent fait des conférences dans et en dehors du pays sur l’humanisme et la pensée rationaliste.
Willie et Sen Wai ont un passé similaire. Tous deux ont été pieux à un moment : Willie comme chrétien et Sen Wai comme bouddhiste et tous deux ont évolué vers l’athéisme en se posant trop de questions : d’abord sur leur propre religion puis sur les autres.
« J’ai commencé par comparer les différentes sectes de la chrétienté : Anglicane, catholique, méthodiste, etc » se rappelle Willlie « Après les avoir toutes passées en revue, j’ai réalisé qu’ils y avaient beaucoup d’interprétations différentes des textes sacrés. J’ai ensuite commencé à étudier les autres religions aussi. J’ai lu une traduction du Coran, puis je me suis renseigné sur le Bouddhisme et l’Hindouisme. Et au bout d’un temps, je me suis aperçu qu’il ne semble pas y avoir de méthode correcte, parfaite, pour les interpréter toutes.
Il n’y a pas de preuves. Quand on vous demande si quelque chose existe ou pas, vous allez demander une preuve avant de croire. Au début je me considérais comme un agnostique..mais j’ai réalisé que j’étais tout simplement athée.
"

L’histoire de Sen Wai est similaire « Je suppose qu’il y a eu un moment dans ma vie ou (après avoir examiné les différentes religions) j’ai réalisé qu’engranger plus de connaissances était inutile si j’étais incapable de dire si ce que j’avais appris était vrai ou faux. Quoi que je l’ignorais à l’époque, j’étais devenu un sceptique. Plus vous connaissez les religions, plus vous voyez qu’elles se ressemblent toutes. Elles demandent toutes une foi qui excède la raison. Certaines enseignent même des leçons qui offensent ma conscience…J’ai cessé de chercher. j’en suis venu à accepter que le puits de la religion est à sec. Je suis devenu sans-dieu.  »

Si les questions religieuses préoccupent Willie et Sen Wai, Joey qui a 21 ans et étudie à l’université locale est plutôt indifférent. Il n’a jamais été religieux donc passer à l’athéisme n’a pas été compliqué et au contraire inévitable.
« Ma famille et moi étions de culture chrétienne mais nous n’allions pas à l’église, nous ne prions pas, nous disions pas la grâce avant de manger et nous ne faisions rien de chrétien. » explique Joey « j’avais l’habitude de penser que même si je ne célébrais pas Dieu, si j’étais un type bien j’irais au Paradis.
Je suis devenu libre-penseur assez rapidement. Mais quand je suis rentré à l’université, je suis rentré contact avec d’autres athées.. et j’ai commencé à me définir comme athée. Ma foi étant bien faible, cela a été assez simple pour moi.
 »

Pour beaucoup de gens par contre, leurs convictions athées s’affirment quand ils ne parviennent pas à trouver de réponses satisfaisantes dans la religion, comme c’est le cas pour Willie et Sen Wai ou quand ils trouvent les religions repoussantes comme c’est le cas pour Geeha, une phytothérapeute de 27 ans. Le fait que Geeha est aussi une féministe est important.
« Toutes les religions sont essentiellement les mêmes. Elles dégradent la femme. » Se plaint Geetha « Les femmes sont vues comme étant d’une classe inférieure et doivent se conformer aux attentes des hommes. La culture indienne et l’hindouisme sont intrinsèquement liés. je vivais dans une culture et une religion qui ne respectait absolument pas la femme, qui contrôlait les femmes sur la façon dont elles s’habillaient et se comportaient. Il n’y a pas d’égalité : les femmes sont extrêmement discriminées et on attend d’elles qu’elles se soumettent. »

On considère parfois les athées comme des personnes vulgaires et arrogantes et qui sont aussi néfastes que les fondamentalistes religieux car ils essaient d’imposer leurs opinions aux autres. La vérité est que la communauté athée est très diverse et la façon dont les athées réagissent vis à vis de la religion varie grandement. Amir, Willie, Sen Wai, Joey et Geetha illustre bien ce type de communauté.
Tandis que Joey est plutôt indifférent aux gens religieux et aux questions religieuses, Willie est plus diplomate et cherche a engager le débat de manière rationnelle et calme avec des croyants.
« J’ai décidé de me cataloguer comme athée » nous dit Willie « et ce en partie pour lancer la conversation, pour forcer les gens à demander « qu’est ce que l’athéisme ?  »
Sen Wai et Geetha, au contraire, sont moins diplomates.
« Les religions sont considérés comme intouchables. Rien de ce qu’on peut dire sur la religion ne peut être vu comme constructif. Nos arguments sont toujours perçus comme hostiles par les religieux.  » grince Geetha
et Sen Wai d’ajouter : « Si les athées sont arrogants et irrespectueux de qualifier les chrétiens de stupides, alors on peut considérer que la Bible est pire puisque le psaume 14:1 décrit les non-croyants comme des êtres mauvais et stupides incapables de faire le bien. Les prêcheurs islamistes proclame que ma femme et moi, étant des Kufrul-Inkaar, nous méritons d’être torturé en enfer. Qu’est ce que les athées peuvent dire de plus irrespectueux que ce que les religions disent des athées ? Je suis sûr que des athées vulgaires et grossiers existent (comme il y a de ce type d’individus dans tous groupes humains) mais si on considère comment les athées en général sont constamment insultés et menacés par les religieux, je tends à les excuser. »
(…)

Comme beaucoup de malaisiens aujourd’hui, les 5 athées que j’ai rencontrés sont très inquiets de la montée du fondamentalisme religieux dans le pays.
« Je suis effrayé du rythme auquel nous sommes en train d’abandonner ce pays au fondamentalisme religieux  » se lamente Sen Wai « Des questions comme le fait de savoir si un musulman peut toucher un chien, ou celle de la décence des tenues des gymnastes, qui n’avaient aucune importance par le passé, font maintenant la couverture des journaux. Je ne suis pas un analyste politique et je ne prétends pas connaître la solution, mais un gouvernement qui exploite continuellement les divisions raciales et religieuses ne contribue certes pas à développer le sens de l’unité dans la nation. »
Oui les chiens sont jolis a regarder et agréable à toucher, mais si vous êtes musulman, les chiens sont haram et il vous faut réfreiner votre irrésistible envie de les toucher.

« Les malaisiens n’étaient pas comme cela avant  » s’exclame Willie « (..)Le fondamentalisme n’était pas là aux origines du pays. Donc comment en est-on arrivé là ? Beaucoup de lettrés sont allés dans les pays arabes, et ils en ont ramené des valeurs qui n’existaient pas ici. L’idée selon laquelle il n’y a qu’une manière d’être musulman ou d’être un pays musulman est ridicule…(..) La seule manière de permettre la coexistence entre les diverses religions c’est d’instaurer un système laïque. »
Geetha craint que la montée du fondamentalisme n’aboutisse à une société de plus irrationnelle et fermée . Mais c’est pour les droits des femmes qu’elle a le plus peur. Quand je lui ai demandé ce que le pays devait faire, elle m’a simplement dit « Ne pas mêler politique et religion. »

On pourrait penser que les athées, ayant rejeté leur religion, seraient heureux de les voir disparaître ou applaudiraient à leurs destructions. De façon remarquable, aucun de ceux que j’ai interviewé ne désirait détruire la religion même si on lui en donnait la possibilité.
« Je préférerais promouvoir la science plutôt que détruire la religion » m’a répondu Geetha « car la science encourage la réflexion critique. Détruire la religion n’a pas de sens. J’ai beaucoup d’amis religieux mais qui sont aussi libéraux dans leur manière de penser.  »
« Je pense que la religion est naturelle, c’est même une des choses humaines les plus naturelles  » a acquiescé Amir « la religion devient l’identité d’une personne, particulièrement dans les périodes de troubles et de persécution. Enlevez tout à quelqu’un , et la religion est la dernière chose qui lui reste.
« Si je détruis la religion, vais-je aussi détruire la culture qui l’accompagne
 » a demandé Joey « Je n’aime pas la religion quand elle affecte les choix des gens, mais j’aime la culture qui accompagne la religion, telles que les festivals et les célébrations. » (..)

Pour Willie et Sen Wai : la liberté de choix suppose la liberté de croire.
« Fondamentalement, nous devons donner le choix aux êtres humains. Cela veut dire que les mauvais choix restent disponibles. On ne peut pas dire à quelqu’un « vous devez arriver à telle conclusion » On peut espérer qu’il arrive à une telle conclusion. Promouvoir la science et la connaissance scientifique vise a transformer l’humanité en une espèce plus intelligente qui travaillera en se basant sur des faits. Même au sein de la science, le principe est toujours de se questionner. A la fin, on doit s’assurer que chacun a la liberté de faire ses propres erreurs et de tracer son propre chemin. »
« Je ne pense pas qu’il soit possible de se débarrasser de la religion entièrement ni même que cela soit souhaitable. Je crois au sécularisme. Je crois que les gens devraient avoir la liberté de croire dans ce qu’ils veulent, tant qu’ils ne nuisent à ou ne tentent de contraindre personne. » conclut Sen Wai.