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Assasinat de Nahed Hattar : la situation des athées en Jordanie

mercredi 2 novembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/09/lecrivain-athee-jordanien-nahed-hattar.html

26 Septembre 2016

C’est pour avoir reposté sur sa page facebook cette caricature que l’écrivain Jordanien Nahed Hattar a été assassiné devant le tribunal où il devait être jugé pour "mépris de la religion".
"Suite au tollé suscité par la caricature publiée cet été (..) , il avait annoncé la fermeture de sa page Facebook avec ce commentaire : « Ceux qui s’élèvent contre ce dessin appartiennent à deux catégories : ceux qui n’ont pas compris qu’il se moquait des terroristes et non de Dieu. Ceux-là ont tout mon respect et ma considération. L’autre est celle des islamistes daechites qui partagent la même mentalité malade et profitent de l’occasion pour régler des comptes politiques. » Libération 26/09
De même, il avait déclaré "qu’en tant que non-croyant il respectait les croyants qui n’avaient pas saisi le sens satirique de cette caricature." Cela n’a malheureusement pas suffit.

Pour donner une idée du contexte jordanien, nous traduisons ici le passage qui lui est consacré dans le livre Arabs without God de Brian Whitaker animateur de l’indispensable blog El-Bab.

« La Jordanie a une petite communauté d’athées regroupée dans un groupe Facebook. Celui-ci a été lancé en 2013 avec trente membres, pour atteindre le chiffre de 100 l’année d’après. Les ages vont de 18 à 44 ans et 40% des membres sont des femmes. « Les plus vieux sont athées depuis des années, d’autres viennent juste de la devenir » précise Mohammed El Khadra l’organisateur de ce groupe.
Il ajoute qu’il connaît environ 100 autres athées jordaniens qui ne sont pas dans le groupe. « La raison pour laquelle nous n’avons pas les 200 sur la liste c’est qu’il y a encore chez certains des attitudes réactionnaires quant à la politique ou l’homosexualité, etc. Donc j’essaie de rassembler des gens qui sont ouverts d’esprit. J’ai appris qu’être athée ne change pas toujours l’ensemble de la mentalité des gens. On peut trouver des athées ici qui sont homophobes ou ont des positions politiques fascistes. »
Si Khadra souhaitait donner son vrai nom pour l’interview ( « j’en suis à un point où je m’en fiche »), le groupe quant à lui reste largement clandestin. La plupart des gens ont peur de perdre leur travail ou leur famille.
Au niveau gouvernemental, la Jordanie est moins restrictive que l’Arabie Saoudite quoiqu’on puisse être privé de ses droits civils si on abandonne la religion musulmane ou qu’on puisse être emprisonné pour blasphème. Mais les principaux problèmes en Jordanie viennent de la communauté et des familles. L’athéisme comme les transgressions sexuelles est considéré comme une offense contre l’honneur dans certaines familles et est punissable de mort par les proches, particulièrement quand l’athée est un femme. Un homme athée, qui était aussi gay et ancien imam, s’est échappé de justesse après avoir témoigné sur une chaine youtube d’athées sur sa sexualité et sa religion. « Il n’ a échappé à l’assassinat que de quelques heures. J’ai réussi à le faire sortir de la maison avec d’autres membres du groupe et sa mère et à le faire passer au Liban » nous dit Khadra. Il poursuit :
« J’ai un ami qui a perdu sa femme parce qu’il lui a dit qu’il était athée. J’ai moi même perdu ma fiancé parce que je suis athée. Je ne pouvais pas lui mentir donc je lui ai dit que je n’étais pas musulman. Au début ca ne lui posait pas de problème, puis au bout de quelques mois, elle m’a dit « tu ne pries pas, tu n’es pas musulman, donc tu as n’as pas de moralité. » La vue dominante est que si on n’est pas musulman on est immoral. Si il est athée c’est qu’il vit comme un animal. C’est comme ça qu’ils nous voient. On m’a demandé un nombre incalculable de fois pourquoi je ne couchais pas avec ma mère. »
Le gouvernement Jordanien doit dans le même temps se méfier de l’opposition islamiste et tente de l’amadouer de temps en temps :
« Régulièrement pour apaiser l’opposition sur quelque chose, ils choisissent quelqu’un et le mette en procès pour blasphème.
Islam Samham, un poète musulman a été emprisonné après que l’opposition l’ait accusé. Comme le gouvernement ne satisfait leurs revendications plus larges, comme de gouverner selon la charria, ils leur donnent ce type de petite compensation pour que les choses continuent leur cours."
Samham a été arrêté pour « insultes aux prophète » après avoir publié un livre de poésie considéré comme blasphématoire.
Une des fonctions du groupe jordanien est de fournir un soutien mutuel à ses membres, tout en discutant de l’islam et des mouvements islamistes, particulièrement ces derniers nous dit Khadra.
« L’islam en soi n’est pas une menace. Je ne combat pas l’islam, je combat les islamistes. je ne suis pas d’accord avec les musulmans mais je n’ai pas de problème avec le fait qu’ils croient. L’islam ou n’importe quelle religion peut causer du tort à la société mais la principale menace c’est l’islamisme puisqu’il suffit d’un théocratie avec un arsenal atomique pour me donner raison.
L’idée que Dieu veut une nation et qu’il ordonne de tuer et détruire d’autres humains est l’aspect le plus dangereux du dogme et c’est celui que le islamistes développent le plus. "
Néanmoins Khadra est encouragé par le nombre de groupes d’athées qu’il voit se développer dans la région. « Des groupes comme le mien sont partout maintenant. Si nous pouvions nous débarrasser des frères musulmans et avoir quelques garanties de sécurité de la part de l’État on nous verrait partout. Jusque là, nous sommes obligés de rester dans la clandestinité. »

Pour un aperçu des mouvements sociaux et politiques contestataires en Jordanie, nous recommandons par ailleurs la lecture des travaux de Pénélope Larzillière notamment son livre La Jordanie contestataire.