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France : "L’islamisme bénéficie aussi de ses idiots utiles"

samedi 5 novembre 2016, par siawi3

Source : marianne, Jeudi 03 Novembre 2016 à 16:30

"L’islamisme bénéficie aussi de ses idiots utiles"

Interview avec Patrick Kessel

Propos recueillis par Alexis Lacroix

"Marianne" est co-organisateur d’un colloque exceptionnel consacré aux « idiots utiles » de l’islamisme, qui se tient ce samedi 5 novembre à Paris. Le président du Comité laïcité République, Patrick Kessel, présente cette journée de travail.

Marianne : Comment va se dérouler le colloque du 5 novembre consacré aux « idiots utiles » ?

Patrick Kessel : "Les idiots utiles", dont le CLR, en partenariat avec la Licra et avec l’hebdomadaire Marianne, a décidé d’analyser le discours et l’idéologie, sont toutes celles et ceux qui, par aveuglement ou par complaisance, refusent de regarder en face l’islamisme, et de le combattre. L’islamisme ne bénéficie pas uniquement des soutiens actifs de ses militants ; il tire également parti de la lâcheté et de la bêtise de tous ceux qui, notamment à l’extrême droite et à l’extrême gauche du spectre politique, refusent de prendre au sérieux la menace qu’il constitue. Nous essayerons au cours de cette journée d’analyser toutes les modalités de leur dévoiement au travers d’une journée d’études scandées de diverses tables rondes : « la sociologie assassine », l’essentialisation des identités religieuses », « comment le clientélisme nourrit l’islamisme », « A l’école des accommodements », ou encore « les médias malades de la bienpensance ». Cette journée au Palais Bourbon va être le premier colloque d’ampleur consacré à ce sujet en France.

Pourquoi avoir dédié cette journée aux « idiots utiles » ? N’est-ce pas leur faire trop d’honneur ? Leur contribution à la confusion des esprits est-elle si importante ?

PK : Leurs amalgames sont, en effet, très nuisibles. Les « faux amis de la laïcité et idiots utiles » croient – ou feignent de croire – que ce ne sont pas les intégrismes religieux qui seraient en cause, mais un laïcisme intolérant, trop « rigide », trop « daté », car insuffisamment enclin aux« concessions ». Au nom de la diversité des croyances, ces faux amis de la laïcité rejettent la critique de pratiques liberticides comme le port de la burqa ou l’excision, et encouragent la diabolisation de notre seul véritable instrument de régulation du vivre-ensemble : la laïcité.
Pire, à l’instar de la philosophe américaine Martha Nussbaum ou encore, récemment, le New York Times dans sa polémique avec Manuel Valls, ils expliquent souvent que le vrai problème de la France, n’est pas la remise en cause violente de la laïcité, mais la laïcité elle-même. Selon ces beaux esprits, le respect de la neutralité de l’espace public ferait le lit des exclusions. C’est une complète inversion du sens que nous avons voulu dénoncer. Et qui n’est pas sans rappeler des attitudes de déni qui ont accompagné la montée des totalitarismes du XXe siècle. Rien n’est plus urgent pour des démocrates authentiques que de comprendre, d’analyser et de mesurer les conséquences d’un tel phénomène, qui multiplie les brouillages et les confusions dans un débat public déjà saturé par les amalgames.

Ces ennemis particulièrement retors se situent-ils aux deux extrémités du spectre politique ?

Il y a, en effet, une double tenaille d’idiotie utile qui pèse sur la laïcité. Du côté de l’ultra-gauche, la laïcité se trouve ainsi accusée
d’être « colonialiste », « raciste », « islamophobe » dès lors qu’elle postule que la République garantit les mêmes droits et exige les mêmes devoirs de tous les citoyens, quelles que soient leurs appartenances religieuses ou philosophiques. La confusion est telle qu’un grand quotidien national a publié récemment une tribune d’un sociologue intitulée « Le fondamentalisme laïque menace la France » ! Quelques mois après les massacres de la barbarie à Charlie Hebdo, à l’Hyper-casher, au Bataclan, à Nice, le 14 juillet, voilà une bien terrible nouvelle version de l’arroseur- arrosé ! Alors qu’il s’agit de faire en sorte que l’islam, comme les autres religions, puisse être pratiqué dans le respect des lois de la République.

Et du côté de l’autre extrême ?

Du côté de l’extrême-droite, on a assisté à un véritable hold-up sur la laïcité. L’histoire témoigne que ce mouvement politique a toujours défendu une identité française bien peu laïque, blanche, catholique, apostolique et romaine. Il s’agit, en réclamant démagogiquement l’interdiction totale des signes religieux, de stigmatiser les musulmans, d’instrumentaliser les peurs pour récupérer l’électorat populaire. Et d’exercer une pression idéologique sur les partis conservateurs.
Entre les deux extrêmes, des intellectuels ont voulu affubler la laïcité de qualificatifs qui ne visaient qu’à la vider de sa substance. Ainsi fut-elle invitée à devenir « moderne », « nouvelle », « ouverte » et, plus récemment, « inclusive », « apaisée » voire même, « concordataire ». Un superbe oxymore papiste ! Perdre le sens des mots, c’est perdre sa capacité à penser librement, rappellera Charles Coutel pendant le colloque. Et sans pensée libre, la démocratie cède aux diktats de l’opinion. Nous y sommes. Le libéralisme se substitue à la liberté, l’équité à l’égalité, la charité à la solidarité, la différence à la singularité, le communautarisme à l’universalisme.