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France : À l’école des accommodements

mardi 22 novembre 2016, par siawi3

Source : http://www.laicite-republique.org/video-fatiha-boudjahlat-a-l-ecole-des-accommodements-colloque-du-5-nov-16.html

Colloque "Faux amis de la laïcité et idiots utiles" (CLR, Licra, Paris, 5 (...)
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22.45 minutes

Fatiha Boudjahlat  : À l’école des accommodements (Colloque du 5 nov. 16)

Enseignante en collège REP à Toulouse après six ans dans les quartiers difficiles de Marseille, Secrétaire nationale du MRC chargée de l’éducation. 19 novembre 2016

Commençons par un petit conte. Il était une fois deux divinités, celles de la Nuit et celle du Vent, qui voulurent s’affronter pour mesurer leur force. Un jeune enfant rentrait chez lui, un bâton à la main. Il sera parfait. La divinité qui parviendrait à lui faire lâcher le bâton serait la plus puissante. Un vent fort se leva, les rafales se multiplièrent, toujours plus fortes. Rien n’y fit, l’enfant se cramponnait d’autant plus à son bâton. La divinité de la Nuit, elle, fit tomber sur l’enfant une profonde fatigue, et malgré ses efforts, l’enfant s’endormit, lâchant très vite le bâton avant de s’allonger. Comme tous les contes, il y a des leçons à retenir. La violence, la coercition nous alertent et nous rendent vigilants. La stratégie actuelle des petits pas, par mithridatisation endort notre vigilance, et l’école est une cible et un enjeu prioritaires. Deuxième leçon, puisque je vais parler du domaine scolaire. Est-ce à l’enfant d’assurer cette vigilance et de se montrer capable de résister et de ne pas lâcher le bâton ?

Le terme d’accommodement est un élément de langage pour faire passer nos renonciations pour des compromis négociés, ce qu’ils ne sont pas, il n’est toujours employé qu’au pluriel, parce que une fois consentis, ils n’ont plus de fin. Comme on pouvait le lire en conclusion du rapport de l’Inspecteur général de l’Education nationale Obin, remis en 2004, nous « sommes face à des adversaires rompus à la tactique et prompts à utiliser toutes les failles, tous les reculs et toutes les hésitations des pouvoirs publics, et pour lesquels un compromis devient vite un droit acquis »

Prenons un exemple : le projet de mosquée cathédrale, pardon, de centre culturel du Havre du Savoir présenté par Amar Lasfar (président de l’UOIF et fondateur du lycée Averroès) : les espaces y seront pour 2/3 dévolus à l’enseignement, pour 1/3 à la prière. C’est un ratio inédit et très significatif. La présence d’une école permet de qualifier les nouvelles constructions de centres culturels. Il s’agit de culture. Tout comme la coutume est le mécanisme par lequel la religion peut intervenir dans le Droit, le culturel est le mécanisme par lequel la religion peut intervenir dans le Droit la politique et la société. Et plus on cylindre tôt les enfants, ce qui est le principe de toute éducation religieuse ou athée, moins il aura de tentation ou de capacité à s’en écarter et à avoir du recul. Dans son livre Ce qui nous unit, Dubet parle du port du foulard, de la prière dans une mosquée comme de « droits culturels » d’ailleurs.

L’argument le plus utilisé par les idiots utiles ? Les accommodements empêchent le pire. Autoriser les jeunes files voilées à l’école leur permettra de rester à l’école publique. C’est d’une grande naïveté. Le voile n’est pas un élément culturel, c’est le signe du choix d’une pratique religieuse plus rigoriste, il faut donc accepter le reste de la panoplie, sur la base de l’effet cliquet : ce qui est obtenu sert de base à de nouvelles revendications. On accepte le foulard, des cours non mixtes seront bientôt exigés.

Une autre proposition d’autres idiots utiles, secrétaires nationaux du PS, a consisté à préconiser dans un document de travail le développement de l’enseignement confessionnel musulman, ce qui permettrait de mettre fin aux tensions relatives à la laïcité. Le même argument de partition utilisé par la sénatrice Benbassa dans une interview au site Oumma.com : elle y déclarait que depuis que les parents de confession juive scolarisaient leurs enfants dans des établissements confessionnels juifs, il n’y avait plus d’antisémitisme à l’école publique. Il n’y a plus guère d’enfants juifs non plus. C’est une fausse alternative que l’option de l’accommodement ou celle de la partition communautariste. Nous devons la refuser.

Ma première partie traitera des accommodements institutionnels, qui en fait s’appuient sur l’idéologie d’intellectuels que je décrirai dans une deuxième partie. Enfin, il est devenu évident que le principal cheval de Troie, à l’école comme ailleurs est le secteur associatif.

Première partie : les accommodements institutionnels.

Tout d’abord, j’aimerais m’étonner publiquement de la fétichisation de la Loi de 1905, qui par un retournement habile, est désormais invoquée sans cesse par ceux qui étaient ses contempteurs. C’est un ensemble d’articles qui ne constituent pas un totem. Et il faut le dire, cette loi qui était le maximum applicable à l’époque, s’avère de nos jours être une pergola. Et les gouvernants, incapables d’assumer des positions politiques, se perdent dans le juridisme. L’esprit de la Loi n’est pas assumé. Nous en sommes au culte de la Lettre. Et face aux islamistes et à leurs idiots utiles, la lettre dessert l’intérêt de l’Etat, mais surtout celui des citoyens.

Deux exemples.

Le port de signes religieux ostentatoires par les accompagnateurs de sorties scolaires. Phrase longue. C’est tellement plus simple et attendrissant de parler des mamans voilées. C’est assez genré comme expression, il n’y a jamais de papa à kamis ou de papa à kippa.

Le 21 octobre 2014, la ministre Vallaud-Belkacem, s’exprimant devant l’Observatoire de la laïcité, a déclaré que les accompagnateurs dans les sorties étaient des usagers non soumis à l’obligation de neutralité (« Le principe, c’est que dès lors que les mamans se sont pas soumises à la neutralité religieuse, comme l’indique le Conseil d’Etat, l’acceptation de leur présence doit être la règle, et le refus l’exception. »)

Pourtant sûre d’elle, la ministre ou ses services n’ont jamais abrogé la circulaire Châtel de 2012. La Ministre a juste fait cette communication orale, et les directeurs se sont vus en fait signifier qu’ils pouvaient respecter la circulaire ou non, mais qu’ils étaient seuls, sans soutien de la hiérarchie. La circulaire Chatel, appliquée par Vincent Peillon stipulait : « Facteur de cohésion sociale, la laïcité s’impose à tous dans l’espace et le temps scolaires (…). Ces principes permettent notamment d’empêcher que les parents d’élèves ou tout autre intervenant manifestent, par leur tenue ou leurs propos, leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques lorsqu’ils accompagnent les élèves lors des sorties et voyages scolaires. » Face à la multiplication des revendications et des conflits, le Défenseur des droits Baudis avait sollicité en 2013 le Conseil d’Etat pour une étude « sur diverses questions relatives à l’application du principe de neutralité religieuse dans les services publics ». C’est sur cette étude que s’est appuyée la ministre pour rendre caduque la circulaire Châtel. Or, les Conseillers rappellent qu’il s’agit d’une étude dressant un panorama des pratiques, en aucun cas d’un arrêt. L’étude précise en page 9 : « La présente étude, purement descriptive, n’a par conséquent pour objet ni de dresser un panorama de la laïcité, ni de proposer des évolutions, quelles qu’elles soient, mais de dresser un constat du droit en vigueur. » La même étude ne dit-elle pas que « les exigences liées au bon fonctionnement du service peuvent conduire l’autorité compétente, s’agissant des parents d’élèves qui participent à des déplacements ou à des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuse ». Cette étude dit qu’on peut considérer les accompagnants comme des usagers ou non, la circulaire Châtel n’est en rien invalidée.

Mme Vallaud-Belkacem a donc fait un choix politique en donnant une lecture tronquée de cette étude. Elle a fait un choix politique vers l’accommodement, qu’elle n’assume pas, puisqu’elle s’abrite derrière la simple observance d’une disposition juridique. Il pouvait en être autrement, il en a été autrement jusqu’à son entrée en fonction. Les conseillers d’Etat ont renvoyé le politique à ses responsabilités : faire appliquer la loi en l’état avec de solides arguments juridiques. Ou la faire évoluer dans un sens comme dans un autre. Les politiques, effrayés, se gardent bien de le faire, laissant le Conseil d’Etat, la Cour de Cassation, les tribunaux administratifs assumer le rôle d’agora.

Quel est l’effet obtenu ? Il est louable, permettre donc à ces mamans de participer aux sorties et d’être associées à la scolarité de leurs enfants. Avec la condescendance qui va avec les bons sentiments : les sortir d’un isolement. Mais tout d’abord, ces mamans sont pour la plupart des filles nées et scolarisées en France, leur isolement est discutable, il est en tous cas choisi. Cet isolement est lié, non à la laïcité, mais aux conséquences du port du voile et d’une pratique rigoriste de l’islam. L’autre effet est aussi d’habituer les enfants au voilement des femmes, comme pratique ordinaire de la religion, on passe d’une norme à la normalité, il devient donc un trait culturel. La mithridatisation est là, et je peux vous le dire, les jeunes ne sont déjà plus choqués par ce qui nous choque encore. La seule pratique religieuse reconnue est la plus rétrograde, pardon, l’élément de langage est « orthodoxe ».

Le juridisme se retrouve dans ce singulier objet qu’est le Livret Laïcité, présenté comme un guide des bonnes pratiques, d’abord à destination des personnels de l’éducation. Il pose des principes excellents. Mais on y trouve aussi cette phrase qui prescrit aux enseignants de ne pas mettre en concurrence les croyances religieuses et le savoir scientifique. Difficile en sciences… Il est surtout un manuel à l’usage des radicaux religieux, le recensement des études de cas d’une complexité folle et dont on ne peut savoir quelle solution ils préconisent, permet juste de faire connaître les moyens de s’affranchir de la laïcité. On les informe qu’ils peuvent exiger l’ouverture d’une aumônerie religieuse dans les locaux de l’établissement par exemple.

Un exemple savoureux.

Question : un élève peut-il pratiquer ses prières quotidiennes dans le cadre de l’internat ou d’un voyage scolaire (classe transplantée) ? Réponse : Aucune jurisprudence n’existe dans ce domaine. Toutefois, sous réserve des dispositions spécifiques interdisant la manifestation ostensible de leur appartenance religieuse par le port de vêtements ou de tenues, la liberté de conscience reconnue aux élèves comporte pour eux le droit d’exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l’intérieur des établissements scolaires, dans le respect du pluralisme et de la liberté d’autrui. L’article L. 141-2 du Code de l’éducation rappelle d’ailleurs que « l’État prend toutes les dispositions utiles pour assurer aux élèves de l’enseignement public la liberté des cultes et de l’instruction religieuse ». Pour autant, l’exercice de cette liberté ne doit pas permettre aux élèves des pratiques religieuses qui, par leur nature, par les conditions dans lesquelles elles seraient effectuées individuellement ou collectivement ou par leur caractère ostentatoire ou revendicatif, constitueraient un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande, porteraient atteinte à la dignité ou à la liberté de l’élève ou d’autres membres de la communauté éducative, compromettraient leur santé ou leur sécurité, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement et le rôle éducatif des enseignants, ou troubleraient l’ordre dans l’établissement ou le fonctionnement normal du service public.

Dites moi : qu’avez-vous compris ? C’est oui, ou c’est non ? La réponse est ce qu’un avocat ou une famille procédurière aura obtenu en fonction de l’étayage juridique du règlement intérieur de l’établissement. Quelle direction osera-t-elle affronter ce type de procédure ? D’autant que les RI sont adoptés par les CA des étabs, et une certaine fédération de parents d’élèves joue clairement contre la laïcité sans adjectif. C’est le juridisme, qui dispense le politique et le MEN d’assumer leur rôle.

Ce qui devient manifeste, ce n’est pas seulement cette recherche de consensus, qui se cale en fait sur ce que les plus bruyants exigent. C’est l’obséquiosité du ministère qui va au devant, qui prévient les demandes des religieux, même quand elles n’existaient pas.

Un exemple de cette obséquiosité. La note de cadrage de juin dernier du directeur du Service interacadémique des Examens et Concours, incitait à anticiper le télescopage entre la fête de l’Aid el Fitr et le passage des oraux de rattrapage du bac, et à programmer d’office l’absence des fonctionnaires chargés de faire passer ces oraux et des lycéens les passant. Les dispositions légales existaient déjà, cette note appelait à anticiper cette absence et l’éventuelle demande des concernés… Y a t-il atteinte à la laïcité ? Au principe d’égalité entre élèves ? L’ordonnance du Conseil d’Etat du 16 février 2004 a acté que l’autorisation d’absence même pour motif religieux pouvait être légalement refusée aux fonctionnaires du fait des nécessités de service public. Le passage d’un oral d’un diplôme aussi important pouvait en relever tout autant, en raison de l’égalité entre les lycéens. Certains ont donc bénéficié d’un jour de révision supplémentaire, pour un motif religieux.

On n’a pas attendu que les lycéens et les fonctionnaires fassent cette demande. Si les lycéens n’avaient pas été informés de cette disposition, ils se seraient sans doute rendus à leur convocation, parce qu’il n’est pas absurde de se dire que passer le bac est plus important que de rater une fois une fête religieuse, ou d’en différer l’accomplissement à la fin de cet oral. Mais même ceux qui n’avaient pas envisagé de s’absenter ont pu le faire par opportunisme, mais aussi parce que l’Etat est venu leur signifier qu’être musulman, c’est fêter l’Aïd même pendant le bac, et par la même bénéficier d’un système dérogatoire en raison de ses convictions religieuses mais pire, en fonction de ses origines : l’administration déduit la religion du patronyme du lycéen ou du fonctionnaire. Et mes propos sont valables pour l’islam comme pour le judaïsme.

C’est bien en partie l’obséquiosité de l’Etat qui favorise le renouveau des pratiques religieuses. Il en fait la norme et donc la normalité. L’Etat le permet, ne pas le faire est bien la preuve d’une absence de piété. Celui qui se sera rendu à cet oral s’affiche comme un mauvais musulman. On favorise les pratiques les plus ostensibles, puis on les lie à un patronyme. C’est de l’essentialisme.

L’Education nationale légitime par sa caution institutionnelle les islamistes comme interlocuteurs ordinaires. Lors d’une université d’été destinée aux personnels de l’éducation, en 2002. Europe et Islam. Parmi les intervenants, Baubérot et Roy, Jean Baubérot traitant de la sécularisation de l’islam et de la recherche d’un nouveau pacte laïque, Olivier Roy traitant des islamistes en Europe, et dans la partie sociologique. Tariq Ramadan traitait de ce sujet : "Religion musulmane et sociétés européennes, les formes de conflit et de régulation". Quel est donc le titre universitaire lui donnant la légitimité d’intervenir ? Sa chaire d’études islamiques à Oxford ? Elle fait de lui un iman car c’est ce qu’il est, quand il donne ses prêches, qualifiés pudiquement de conférences spirituelles. Donne-t-on la parole à un évêque ou à un rabbin dans ce type de colloque ?

Ces adaptations négociées en position de faiblesse, s’appuient sur la convergence de plusieurs idéologies. Dans un attelage détonnant, libéralisme, pédagogisme et indigénisme sont unis par des liens sacrés.

Deuxième partie : Les intellectuels au service des accommodements.

« Encore plus périphérique et stratosphérique même, l’invocation rituelle, chamanique, des Grands Concepts et Valeurs Suprêmes ! Empilons sans crainte –ni du ridicule ni de l’anachronisme !-les majuscules les plus sonores, clinquantes et rutilantes : Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! ». Ces mots sont tirés d’un rapport remis à J.-M. Ayrault en 2013, titré : « La grande Nation. Pour une société inclusive ». Son auteur ? Thierry Tuot, un conseiller d’Etat.

L’inclusion est le dernier élément de langage idéologique des accommodements. C’est un terme que l’on retrouve chez des intellectuels qui ne veulent que peu de bien à notre modèle républicain et à la laïcité, tout en prétendant défendre sa juste application.

Deux exemples. L’ouvrage de François Durpaire et de Béatrice Mabilon-Bonfils : Fatima moins bien notée que Marianne, dont le sous-titre est : "Pour une laïcité d’inclusion".

Ce livre veut traiter des discriminations scolaires dont sont victimes les enfants d’immigrés. En fait, c’est un réquisitoire contre la laïcité. Dès les premières pages, les auteurs associent dans l’esprit du lecteur les discriminations à la laïcité, dont l’élève fantasmée Marianne use comme d’une arme contre la pauvre Fatima. La laïcité est mère de tous les vices. Elle est qualifiée par les auteurs de « conquérante », d’« instrument de conquête coloniale », d’« extensive », de « dévoyée » et « pour certains politiques [elle est] devenue un instrument d’agression des minorités ». L’identité religieuse devient l’identité première des enfants. Les enfants d’immigrés ne sont plus qualifiés que comme « les musulmans ». « La neutralité laïque sert de paravent aux discriminations. » L’alternative est construite de toutes pièces : la naturalisation et la minéralisation de la religion et le culte des différences dans une école inclusive, ou l’universalité, dont les auteurs nous disent qu’elle « a été conçue par et pour des hommes blancs ». Ce livre défend le multiculturalisme, dès l’école et dans les programmes.

Leur portrait de l’école : « inculcation par le « haut », d’une mémoire collective, correspond à une œuvre de réduction des « indigènes », constitués de populations conquises à l’intérieur comme à l’extérieur et toujours « figures de la barbarie » ». L’attaque contre l’école de la IIIe République. « Il en était des enfants comme des colonisés… » (p 10). On y est.La construction de la figure de l’indigène discriminé doit commencer à l’école. Le rejeu colonial permanent, qui ne peut être solutionné que par « l’ethnicité » religieuse. Avec une convergence des libertaires, eux aussi défenseurs de cette école inclusive de l’assignation à identité ethnique et religieuse.

Avec l’ouvrage de Grégory Chambat, L’école des Réacs-publicains, dont le sous-titre est « La pédagogie noire du FN et des néoconservateurs ». L’école y est décrite comme « une machine autoritaire et ségrégative », pratiquant une « laïcité de croisade » dont les enfants musulmans sont les victimes. Le discours de classe vient au secours du discours de race, comme l’illustrent ces propos de Béatrice Mabillon-Bonfils : « Une certain rhétorique laïque contemporaine, produit d’une panique morale, masque un discours d’ordre social et d’exclusion du peuple et des anciens colonisés » (p. 29). Dans le même ouvrage : « Les récits nationaux interagissent avec des motifs éducatifs structurels pour façonner les inégalités ethniques ». On répond donc aux inégalités sociales et scolaires par la distinction religieuse, ethnique inculquée, construite, célébrée.

Société inclusive, laïcité inclusive, élément de langage pour l’assignation identitaire. D’ailleurs, M. Chambat est associé à Mme De Cock dans la rédaction de tribunes, tous les deux sont des figures de proue du courant dit pédagogiste. Mme De Cock a apporté son soutien au camp d’été décolonial. La figure de l’indigène les passionne au point qu’ils compromettent l’émancipation individuelle et collective des enfants et petits-enfants d’immigrés par la naturalisation et la vitrification d’une altérité créée de toutes pièces. Ils font de natifs de France des immigrés de fraîche date.

Ces idéologies de la partition ethnique entrent en convergence avec le libéralisme. L’Etat restreint son intervention au profit de prestataires de services. Cela coûte moins cher, et les enfants seront bien gardés.

Troisième partie : les accommodements en bande organisée : les associations.

Au nom du mantra de l’innovation et de la nécessaire ouverture sur son environnement, l’Education nationale incite au recours à des prestataires extérieurs. Le dispositif Passerelle par exemple, qui prend en charge des élèves exclus plusieurs jours et confié dans certains territoires à des associations locales, ultralocales. L’Education nationale établit des conventions avec elles, sans être très regardante sur la qualification des intervenants et sans jamais préciser dans ces conventions l’obligation du respect de la laïcité. C’est en dehors de l’école, comprenez-vous. Il en est de même avec le soutien scolaire, et combien d’associations cultuelles - pardon, ma langue républicaine a fourché - culturelles se sont emparées de ce marché juteux ? Nous sommes dans un modèle américain. L’Etat restreint son périmètre d’intervention, et l’Education n’est pas une mission régalienne de l’Etat. Les services rendus à la population l’éloignent de l’Etat, parce qu’ils sont assurés par des associations religieuses, qui trustent le soutien scolaire, les loisirs, l’aide apportée aux familles. Le financement est public, le service rendu est privé, et sur une base géographique, dans cette réalité de la ghettoisation, il se fait sur une base communautaire.

Je souhaite parler de l’évolution de la Ligue de l’enseignement. Je renvoie aux analyses de Caroline Fourest sur l’entrisme couronné de succès de Tariq Ramadan et de ses amis dans la commission Islam et laïcité qui s’est réunie de 1997 à 2000, maintenant récupérée par la LDH.

Dans leur revue, Diasporiques, leurs dossiers, leurs colloque, les dirigeants de la Ligue assument « un repositionnement politique ». Dans les années 90, elle a décidé de « combattre une vision monolithique de la laïcité », dans leurs revues les plus récente, elle se targue d’avoir contré une vague d’islamophobie, une publication datant du printemps 2016 est titrée : « le pluralisme culturel, un nouveau souffle. ». Elle a organisé des « Assises de la laïcité plurielle », publié pour ses 150 ans un dossier intitulé « les identités collectives », elle soutient sans nuance et sans réserve aucune l’Observatoire de la laïcité, appelle de ses vœux une « société multiculturelle », ne fustige que « la stigmatisation de l’islam, des logiques d’exclusion et la montée du racisme », tout allant de pair bien sûr.

Un petit mot sur ces fameux stigmates. Les musulmans ne sont pas stigmatisés. La pratique rigoriste et sectaire d’une minorité d’entre eux est pointée du doigt, et légitimement. Interrogez Jésus : on ne choisit pas ses stigmates en général, on nous les inflige. Le dictionnaire Le Robert donne cette définition si à propos du stigmate « Signe clinique permanent, permettant de poser le diagnostic d’un état morbide ». Alors là oui, je vois les stigmates des islamistes, ils sont auto-infligés, de nature pathologique comme dans toutes les sectes fanatiques, visuels, et traduisent bien une morbidité.

Un des penseurs de la Ligue, Pierre Tournemire, écrit qu’il faut « respecter les singularités et les revendications identitaires tout en préservant l’égalité en droit de l’ensemble des citoyens ». Pas de références à l’individu ou au citoyen. Quand il y a contradiction, qui doit avoir le dernier mot ? Le Droit français ? Les singularités ? Les revendications identitaires ? Prenons l’exemple du refus de mixité ? Que dire de l’explosion des certificats médicaux d’allergie au chlore, souvent de complaisance, pour éviter la piscine ?

La Ligue est un partenaire historique de l’Education nationale qui met en musique, au niveau des établissements, ce repositionnement politique (l’assignation se mesure au nombre des actions qu’elle mène sur les mémoires de l’immigration. Nous ne sommes pas dans la transmission d’un savoir, mais dans la construction identitaire), il faut blédardiser les enfants nés en France, pour les faire renouer avec une prétendue authenticité. Durpaire et Mabilon Bonfils citent le Que sais-je ? d’Alex Mucchielli : « l’identité n’existe que par le sentiment d’identité, ce que l’on peut nommer également l’ethnicité. » Il est bien question de créer de toute pièce l’ethnie musulmane.

Un dernier exemple avant de conclure est fourni par l’association Coexister. Une association de philanthropie religieuse, elle aussi intervenant à l’école, produisant clips, matériaux pédagogiques, mais aussi d’entreprenariat social. Coexister, c’est la religion au cœur des rapports sociaux, le mode le plus efficace et le moins coûteux pour l’Etat de contrôle social, fournissant des services à la communauté que l’Etat en rend plus, selon un modèle très américain. Mais c’est aussi la religion ludique. L’antenne orléanaise a participé à la journée mondiale du Hijab en proposant des ateliers ludiques de confection de hijab. Tout est fun. Contrairement à ce qu’elle affirme, c’est moins du militantisme en faveur du vivre-ensemble que du militantisme en faveur du croire-ensemble. En solidarité avec Baraka city, le fondateur a décidé de retirer au CIC la gestion de leurs comptes. Ce n’est pas anodin. C’est la normalisation d’une pratique rétrograde de l’islam. C’est la normalisation de traits archaïques, comme le refus de serrer la main des femmes. C’est enfin une fraternité entre partenaires activistes : des religieux qui investissent le champ humanitaire, philanthropique, de l’insertion sociale et du soutien scolaire. Secteurs que l’Etat semble prêt et ravi de leur sous-traiter dans les quartiers. Ces deux associations sont des prestataires de service de l’Education nationale qui se défausse de plus en plus.

Conclusion

En conclusion, j’aimerais citer cette phrase emblématique d’un collectif d’enseignants contre la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école. Elle est tirée d’une tribune publiée en 2014 sur Médiapart, pour les dix ans de cette oi. « A-t-on jamais gagné en émancipation en perdant un droit, en l’occurrence, celui à l’éducation ? ». Un droit s’avilit s’il est déconnecté du devoir, et le premier d’entre eux est de respecter la loi que la Nation s’est donnée. Un droit, c’est l’exercice d’une liberté, pas celui d’un caprice identitaire. Ce sont les devoirs communs qui assurent le compatriotisme.

De plus, l’émancipation ne se réduit pas à une scolarité réussie, pas plus qu’à une carrière couronnée de succès. Le Larousse définit le fait de s’émanciper comme « l’action de s’affranchir d’un lien, d’une entrave, d’une domination, d’un préjugé ». Cette entrave n’est pas la foi, ce n’est pas plus la pratique religieuse. Cette entrave, c’est l’exigence de foi, la pratique religieuse obligatoire, c’est l’ethnicisation de cette foi et de cette pratique, c’est l’assignation identitaire.

Le rôle alors de l’école, c’est celui décrit par le grand sociologue de l’immigration Abdelmalek Sayad, repris par Patrick Weil dans son livre Le Sens de la République : « Les immigrés attendant de l’école, et plus précisément de la ‘métamorphose’ que celle-ci est censée opérer sur la personne de leurs enfants, qu’elle leur autorise ce qu’ils ne peuvent s’autoriser eux-mêmes, à savoir s’enraciner , se donner à leurs propres yeux et aux yeux des autres une autre légitimité », la scolarisation fonctionne pour lui comme une « naturalisation ». Ce n’est pas sans raison que l’école est l’objet et la cible de toutes les attentions des islamistes et de leurs idiots utiles : c’est le premier réducteur d’altérité et d’inégalité. Ils cherchent par l’assignation identitaire à faire de ces enfants des étrangers à leur pays. Cessons d’être naïfs ou dans la fausse générosité du différentialisme et de l’essentialisme. Par quelle magie, par quelle défaite de l’esprit ce qui est bon pour vos enfants ne le serait pas pour les miens, ou pour les enfants des quartiers difficiles ?

Mis en ligne : 19 novembre 2016