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Inde : Lutte contre les superstitions, les athées en première ligne

vendredi 25 novembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/11/lutte-contre-les-superstitions-les.html

12 Nov 2016

Le 20 aout dernier a été commémoré en Inde le troisième anniversaire de l’assassinat en 2013 du docteur, rationaliste et militant anti-superstition Narendra Dabholkar. Une procession menée par sa fille Mukta a eu lieu dans la ville de Pune, malgré une « contre-marche » organisée par des extrémistes hindous. Cette commémoration a eu lieue alors que l’enquête après avoir longtemps trainé semble enfin avancer.

Le « Dr » Virendra Tawde a ainsi été officiellement mis en examen au mois de septembre. Ce personnage est affilié à une division de la Sanatan Sanstha, une organisation basée à Goa qui prétend offrir des remèdes à l’anxiété ou à l’addiction à travers les chants et la méditation mais qui affirme aussi avoir comme mission la « diffusion de l’hindouisme dans le monde » et avait déjà été impliqué dans plusieurs attentats, notamment à Bombay en 2008 contre un cinéma qui projetait un film sur une histoire d’amour entre un empereur musulman et une princesse hindoue. Le fondateur du groupe, un ancien « hypnothérapeute » avait qualifié l’assassinat du Dr Dabholkar de « don de dieu », car il échappait ainsi à une mort lente et douloureuse du fait de son grand age !

Le « Dr » Twade qui connaissait sa victime depuis des années s’était opposé à plusieurs reprises à ses campagnes contre les pratiques liées aux superstitions. Car comme le rappelait à l’époque un article de Libération : « Ces dernières années, Dabholkar était de plus en plus populaire. « Grâce à la télévision, son discours touchait les masses et il est devenu une menace pour les fondamentalistes hindous », estime Deepak Girme. Il recevait beaucoup d’appels et de lettres d’intimidations. L’un des messages était clair : « Nous te ferons ce que nous avons fait à Gandhi [assassiné par un extrémiste hindou en 1948, ndlr]. » Il refusait d’être mis sous protection car « il avait peur que ses collègues ne deviennent des cibles. » ( En Inde, la vie après la mort d’un rationaliste antimagie)

Les problèmes liés aux superstitions sont multiples en Inde, allant des sacrifices humains ( l’obligation de la veuve à monter sur le bucher de son mari pratiquée encore sporadiquement ou aussi l’assassinat d’enfants par des couples voulant guérir leur infertilité ), des massacres de sorcières supposées ( on en compte plusieurs centaines ces dernières décennies), aux forfaits des divers gourous est autres « godman » souvent liés aux hommes politiques locaux, en passant par les conséquences néfastes pour la vie sociale et économique de diverses croyances astrologiques ou mystiques.

Comme le soulignait Narendra Dabholkar, dans un texte intitulé Dabholkar’s reflections revenant sur ses nombreuses années de lutte contre les superstitions et les charlatans de toute sorte :
« L’éradication de la superstition n’est pas quelque chose de nouveau pour les gens du Maharashtra. Il s’appuie des bases profondes posées par nos réformateurs sociaux. Mais le réveil qui avait eu lieu a cessé à l’indépendance. Le magazine Kirloskar avait mené un mouvement qui avait rencontré beaucoup de succès de 1935 à 1945, contre les rituels superstitieux et les fausses notions concernant la religion et dieu. Dr Babasaheb Ambedkar (figure essentielle de l’indépendance puis de la lutte contre les castes) examinait de façon critique le contenu de la religion hindou. Sant Gadage Baba ( un réformateur social très influent à l’époque) tenait des meetings de masse sur la réforme des manières de penser- notamment contre les superstitions. Tout cela s’arrêta pratiquement en 1956. On pensait aussi que la superstition serait naturellement éradiquée dés lors que l’éducation serait disponible pour tous en Inde, répandant la science et la modernisation dans un pays enfin libre. Mais c’est le contraire qui a commencé à se dérouler progressivement dans les années 70 et 80. »

Ce qui a amené le Dr Dabholkar et d’autres à reprendre le combat, combat qu’il ne dissociait pas de celui contre le système de castes quoiqu’en tant que Brahmane il était l’objet de plus d’un soupçon comme il le rappelle dans ses réflexions : « Quand nous avons commencé à réunir plus de forces, les discussions au sujet de nos castes d’origine se sont fait plus agressives. Certains m’ont accusé de vouloir détruire la religion et ont demandé mon expulsion du Maharashtra. D’autres qui se prétendaient progressistes et laïcs ont dit qu’en tant que brahmane mon intention réelle ne pouvait pas être d’éradiquer les superstitions, que j’avais un projet caché, un complot brahmane pour tromper le public. La mentalité de caste est illogique mais elle peut prendre les allures de la logique. Une attaque vénéneuse comme celle-ci pourrait détruire n’importe quelle organisation. Mais nous sommes restés imperturbables, non pas parce que toutes les caractéristiques d’exploitation associées à ma caste ne s’applique pas à moi mais grâce à la capacité d’assimilation de l’organisation dont les nombreux membres appartiennent à toutes les castes et sous-castes de l’État. Nous n’avons jamais pris en compte la caste avant de nommer quelqu’un à un poste de responsabilité, donc nous affubler d’un label de caste n’a aucun sens. »

La preuve de cette résilience a malheureusement été faite par et depuis son assassinat puisque l’organisation qu’il avait fondé et dirigé continue inlassablement son travail.