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Algérie : Une ministre contre l’autonomie économique des femmes

samedi 3 décembre 2016, par siawi3

Source : http://www.algerie-focus.com/2016/12/salaires-femmes-mariees-crise-financiere-propos-hallucinants-de-mounia-meslem-tour-monde/

Les salaires des femmes mariées et la crise financière/ Les propos hallucinants de Mounia Meslem font le tour du monde

décembre 2, 2016

Abdou Semmar

Une fois n’est pas coutume, les projecteurs des médias internationaux sont braqués sur une ministre algérienne. Mounia Meslem, la ministre de la solidarité nationale, intéresse les agences de presse internationales et certains titres influents de la presse mondiale. Malheureusement, ce n’est pas la compétence de notre ministre qui épate cette presse internationale. Bien au contraire ! C’est plutôt ses propos hallucinants sur les femmes mariées et actives en Algérie qui ont choqué et intrigué.

“Les femmes cadres d’Etat devraient céder tous leurs salaires parce que nous, nous sommes mariées. Ce ne sont pas nos revenus qui nous font vivre mais plutôt nos maris qui prennent soin de nous”. Ces propos de notre ministre ont été jugés comme une claque humiliante aux femmes qui luttent depuis des décennies à travers le monde pour gagner leur indépendance économique afin de préserver leur dignité. Et la presse internationale s’est saisie de ce dérapage pour railler les autorités algériennes qui nomment des ministres aussi inconscients et irresponsables.

“Mounia Meslem, la ministre algérienne de la condition de la femme doit regretter amèrement ses propos”, note à ce propos le célèbre magazine français L’Express. Rue89, un site très populaire en France, se moque de notre ministre et estime que Mounia Meslem avec sa proposition “étonnante” est “encore plus néolibérale que François Fillon”. Même la radio très élitiste France Culture s’est penchée sur la polémique provoquée en Algérie par les propos de Mounia Meslem. “Grâce” à sa bêtise inqualifiable, notre ministre est devenue célèbre même en Roumanie où l’influent média local stirileprotv.ro s’est interrogé sur le caractère scandaleux de ses propos.

Des propos qui sont parvenus jusqu’au Mexique où le média local EL DEBATE a parlé de l’incroyable mesure proposée par notre ministre contre la crise financière qui touche notre pays. Retour en Europe où en Espagne, madame Mounia Meslem est également citée par le média eldiario.es qui relève l’onde de choc suscité par les propos étranges d’une femme ministre au sujet de l’indépendance pour laquelle se battent les femmes en Algérie et au Maghreb. La liste des médias internationaux qui se sont prononcés sur la déclaration de notre ministre de la Solidarité nationale est encore longue. C’est dire enfin que l’image de notre pays prend un sérieux coup après ce dérapage inédit.

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Source : http://rue89.nouvelobs.com/2016/12/01/idee-ministre-les-femmes-mariees-devraient-reverser-salaire-a-letat-265791

Idée de ministre : les femmes mariées devraient reverser leur salaire à l’Etat

C’est une ministre algérienne qui a avancé cette solution pour lutter contre la crise économique. Provoquant un tollé sur les réseaux sociaux.

Par Feriel Kolli
journaliste.

Publié le 01/12/2016 à 11h20

(D’Alger) « Les femmes mariées », prises en charge financièrement par leur mari, devraient reverser tout ou partie de leur salaire au Trésor public pour soutenir l’État dans la crise financière. C’est ce qu’a affirmé mercredi, au micro d’une chaîne de télévision locale, Mounia Meslem Si Amer, ministre algérienne de la Solidarité, de la Famille et de la Condition de la femme.

Elle a ainsi placé la question féminine au cœur de la crise financière et économique du pays et provoqué un tollé sur les réseaux sociaux algériens.

Interrogée sur la possibilité pour les ministres de verser une partie de leur rémunération à l’État pour combler le déficit public causé par la crise financière qui touche l’Algérie depuis janvier 2015, la ministre a répondu que « les les ministres ne bénéficient pas de primes de départs » mais que les « femmes algériennes, cadres d’État notamment, devraient, s’il était nécessaire, céder une partie ou l’intégralité de leurs salaires à la Trésorerie de l’État puisque elles sont mariées » et ainsi aider l’État dans la crise financière.

Le maintien prolongé du prix de baril de pétrole – principale ressource financière du pays – à un niveau bas (48 dollars) maintient l’Algérie dans une période d’austérité financière, appelée avec humour Takachouf (austérité, en arabe dialectal algérien) par la population locale.

La vidéo de l’échange, massivement partagée le jour même sur les réseaux sociaux, a suscité de vives réactions et relancé le débat sur la condition des femmes en Algérie, quelques jours après la célébration de la journée internationale de lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Qualifiant Mounia Meslem Si Amer, de ministre de la « Désolidarité » les internautes algériens ont dénoncé un acte « d’incompétence » et un « recul » pour la cause des femmes, la jugeant « encore plus néolibérale que François Fillon ».

Thinehinane Makaci, militante féministe et présidente de l’association féministe Tharwa N’Fadhma N’Soumer (du nom de la guerrière kabyle qui a repoussé les colons français au XIXe siècle), estime que « ces déclarations sont insultantes pour le combat des femmes en Algérie » :

« Un des premiers acquis de la guerre de Libération nationale [1954-1962, ndlr] c’est le droit au travail, et voir la ministre, incarnation officielle de la défense des droits des femmes, bafouer cette mémoire, est grave et dangereux. Elle soutient également que les femmes ne répondent pas aux besoins économiques de la famille. Erreur. Il suffit de voir dans les zones rurales, les plus défavorisées du pays, à quel point les femmes rurales travaillent dans des conditions très dures.. »

La militante ajoute :

« Si Madame la ministre veut être prise en charge c’est son problème, qu’elle laisse les Algériennes en dehors de tout ça et en particulier celles qui se battent encore contre les dérives d’un système juridique patriarcal qui opprime les femmes et les place dans une position de mineure sous tutelle.

Système dont sont d’ailleurs complices ces femmes ministres qui ne pipent mot quand une loi majeure sur les femmes est en passe d’être votée au parlement ou quand une femme meurt sous les coups de son mari. »

Encore très imprégnée de conservatisme social, l’Algérie a néanmoins enregistré depuis le début des années 2000 quelques avancées notables sur le plan juridique, politique et social en introduisant dans la législation des réformes plus égalitaires (par exemple la réforme du code de la famille) la mise en place de quotas dans les assemblées élues et de textes criminalisant le harcèlement de rue et les violences faites aux femmes.

La sortie politique de Mounia Meslem Si Amer survient également dans le contexte tendu de l’adoption de la Proposition de loi de finances 2017 qui prévoit notamment, une série d’augmentations de taxes à la consommation et donc une baisse du pouvoir d’achat.

Dans une vidéo décryptage, Abdou Semmar, chroniqueur et rédacteur en chef du site d’information en ligne Algérie Focus, détaille :

« L’année 2017 sera très dangereuse pour le pouvoir d’achat algérien […] L’État prévoit un accroissement de TVA de 2% [...] L’essence augmentera de aura augmenté de 40% en moins de deux ans. Même les pneus de voitures vont nous coûter plus cher ! Le prix du passeport va aussi augmenter à 60 000 dinars. »

Pour lui,

« Des sommes considérables peuvent être économisées si les dirigeants renoncent à certains privilèges comme les résidences au Club des Pins [une station balnéaire de luxe, ndlr], les voitures officielles rutilantes, les effectifs pléthoriques mis au service de leur sécurité, etc. On préfère s’en prendre aux femmes mariées pour leur demander de travailler sans rémunération. Ridicule ! »

Une internaute rejoint l’avis d’Abdou Semmar en estimant que :

« Au lieu de compter sur les femmes, l’État devrait faire plus de contrôles fiscaux envers les fraudeurs, lutter efficacement contre les corrupteurs et créer un impôt destiné aux nouveaux riches et aux nantis serviteurs de l’État, qui eux n’ont pas de problème de fin mois difficile. »