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Algérie : Un racisme décomplexé justifie l’expulsion des ’autres’ africains.

jeudi 8 décembre 2016, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/07/en-algerie-la-petite-phrase-contre-les-migrants-qui-choque_5044703_3212.html

En Algérie, la petite phrase contre les migrants qui choque

Le président de la commission des droits de l’homme considère que leur présence expose les Algériens « au risque de propagation du sida ». Des propos qui surviennent dans un contexte de tensions vis-à-vis des migrants subsahariens.

Par Charlotte Bozonnet

Le 07.12.2016 à 10h37 • Mis à jour le 07.12.2016 à 11h25

image : http://s2.lemde.fr/image/2016/12/07/768x0/5044701_6_35d9_une-migrante-subsaharienne-le-29-mai-2016-a_bb78e42743100bd9a09f280d11c7668c.jpg
Une migrante subsaharienne, le 29 mai 2016 à Alger. Souvent originaires d’Afrique de l’Ouest, ces migrants vivent dans des situations très précaires.

Mauvaise semaine pour la communication institutionnelle en Algérie. Il y a une semaine, la ministre de la condition féminine provoquait un tollé en appelant les femmes mariées et cadres de l’Etat à rendre leur salaire pour soutenir l’économie au motif qu’elles ont des époux pour les faire vivre. Lundi 5 décembre, c’était au tour de Farouk Ksentini, avocat et président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, de provoquer l’indignation sur les réseaux sociaux en stigmatisant, cette fois, les migrants subsahariens.

Dans une interview au quotidien arabophone Essawt El Akher, M. Ksentini explique que « la présence des migrants et des réfugiés africains dans plusieurs localités du pays peut causer des problèmes aux Algériens ». Notamment qu’elle les expose « au risque de la propagation du sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles ». L’avocat poursuit : « Cette maladie est répandue » parmi cette communauté. Il encourage les autorités à expulser les migrants africains, « pour arrêter cette catastrophe qui nous est imposée ».

Tensions et affrontements

Les propos de M. Ksentini ont d’autant plus choqué qu’ils interviennent dans un contexte de vives tensions vis-à-vis des migrants subsahariens vivant en Algérie. Fin novembre, des affrontements ont éclaté dans le quartier de Dely-Brahim, en périphérie d’Alger, entre riverains et étrangers. Les 1er et 2 décembre, plusieurs centaines de migrants (1 400 personnes – hommes, femmes et enfants –, selon la Ligue algérienne des droits de l’homme) ont été arrêtés avant d’être envoyés par bus à Tamanrasset, à l’extrême sud, d’où certains ont commencé à être expulsés, mercredi 7 décembre.

Souvent originaires d’Afrique de l’Ouest, les migrants subsahariens sont plusieurs dizaines de milliers en Algérie – jusqu’à 100 000 selon les associations –, devenue une étape sur la route de l’Europe. Les hommes travaillent souvent sur les chantiers de construction. En situation irrégulière, ils vivent dans des conditions, notamment de logement, très dures, et subissent un racisme répandu. Ces dernières années, le travail de sensibilisation mené par les associations semblait porter ses fruits. Depuis 2012 et l’éclatement du conflit au nord du Mali, l’Etat algérien n’avait pas expulsé de Subsahariens, à l’exception de citoyens nigériens conformément à un accord signé avec Niamey.

Les raisons des arrestations des 1er et 2 décembre restent inexpliquées. De nombreux observateurs ont, en tout cas, fait remarquer qu’elles avaient eu lieu à la veille de l’ouverture du premier Forum africain d’investissements et d’affaires d’Alger, censé resserrer les liens avec les Etats d’Afrique subsaharienne…