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Un seul objectif, détruire la Syrie

mardi 13 décembre 2016, par siawi3

Source : http://algeriedebat.over-blog.com/2016/12/un-seul-objectif-detruire-la-syrie.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

12 décembre 2016

Un seul objectif, détruire la Syrie

Par Ahmed Halli

Alors que le Yémen croule sous les bombes de la « coalition arabe », conduite par l’Arabie Saoudite, une autre « coalition arabe », sous le même commandement, s’écroule à Alep. Au Yémen, où des enfants et des femmes meurent aussi injustement, c’est officiellement une coalition d’Etats qui bombarde. Dans la ville syrienne d’Alep, ce sont des groupes armés, recrutés par l’Arabie Saoudite et ses alliés qataris et turcs du moment, avec le soutien occidental, qui se battent. Ces groupes armés tiennent en otage plusieurs quartiers d’Alep et lorsqu’ils se trouvent en difficulté, leurs alliés occidentaux courent aux Nations-Unies pour obtenir un cessez-le-feu. Personne n’est dupe : le prétexte humanitaire qui est inopérant au Yémen ne saurait être brandi dans le cas d’Alep, avec pour seul objectif d’assurer un répit aux djihadistes. Les alliés occidentaux de la triple alliance formée par le royaume wahhabite, la Turquie et le Qatar sont officiellement en guerre contre Daesh, mais seulement en Irak, et plus précisément à Mossoul. En revanche, le califat islamique peut manœuvrer à son aise en Syrie, au point de mener une nouvelle offensive contre la ville historique de Palmyre, reconquise par l’armée syrienne. Que ce soit à Alep ou à Palmyre, les groupes armés ont la même identité religieuse, sans toutefois bénéficier des mêmes soutiens.

En attendant que Dieu reconnaisse les siens, si tant est que la divine providence ait joué un rôle quelconque dans les évènements qui secouent la région, hormis la référence première de tous les belligérants. En fait, l’ennemi principal change de visage selon qu’on soit en Irak et en Syrie, et c’est précisément là que devrait se jouer la dernière bataille opposant le bien au mal, selon la tradition millénariste. On est encore loin de l’avènement et de l’évènement annoncés, mais déjà des fissures apparaissent au sein de l’alliance forgée autour de l’Arabie Saoudite, contre Bachar Al-Assad. Grâce aux Russes, essentiellement, et aux Iraniens, Bachar n’est pas tombé et il menace même de remporter une victoire décisive à Alep, susceptible de lui assurer une fin de règne paisible. On sait désormais ce que vaut la pseudo opposition civile, regroupée autour de quelques personnalités syriennes, dont certaines se sont vite éclipsées, à l’instar de Borhane Ghalioune. Tout récemment encore, l’image d’un opposant célèbre, Michel Kilo, qui devait peser lourd dans l’alliance anti-Bachar, et qu’on voyait en alternative crédible, s’est délitée. Michel Kilo, l’un des prisonniers politiques les plus célèbres du monde arabe, s’est déconsidéré en voyageant à travers l’Europe et le Moyen-Orient dans les bagages saoudiens.

Néanmoins, ses derniers propos qui résonnent comme un repentir ont le mérite de la clarté, puisque pour Michel Kilo, le seul objectif de la monarchie saoudienne « est la destruction de la Syrie ». Selon lui, l’Arabie Saoudite ne connaît ni la démocratie ni les droits de l’Homme, et n’a rien à voir avec l’arabité et l’islam. « L’Arabie et les autres pétromonarchies du Golfe souhaitent la destruction de la Syrie et non l’instauration de la démocratie dans ce pays », a-t-il souligné, en mettant sur un même pied ces pays et Israël. Une autre défection à signaler dans la clientèle saoudienne, moins importante et plus folklorique celle-là, puisqu’il s’agit du politicien tunisien Mohamed El-Hachimi El-Hamdi. Le directeur de la chaîne de télévision Al-Mustaqila, basée à Londres, est un habitué des coups de gueule contre ses sponsors. Mais comme il n’y a aucun différend qui ne puisse se régler avec un chèque à plusieurs zéros et sans décimale, le dissident a souvent fait amende honorable. Commentant justement sur sa page Twitter les propos de Michel Kilo, Mohamed El-Hachimi a affirmé, contre toute attente, qu’il n’y avait « aucun bénéfice à s’allier avec l’Arabe Saoudite ». Tout en déplorant que ses propos soient corroborés par le Syrien Michel Kilo, il a souligné que « les seuls à avoir profité de l’amitié saoudienne, ce sont les Américains et Iyad Alaoui » (ancien Premier ministre d’Irak).

Mohamed El-Hachimi Al-Hamdi est de cette nouvelle génération de politiciens arabes qui pratiquent l’Islam avec ostentation, allant jusqu’à psalmodier (très mal) le Coran en direct sur sa chaîne. Il milite d’ailleurs avec le parti intégriste Ennahdha, avant d’en claquer la porte et de faire un bout de chemin avec le Président déchu Ben Ali qu’il s’empressera de trahir aussi dès la première tempête. Il a lancé en 2013 un nouveau parti, Tiar al-Mahiba (Courant de l’amour, ou de l’amitié, c’est selon), et il a terminé en quatrième position aux élections présidentielles de 2014, avec 5% des voix. Ce qui prouve au moins que les Tunisiens ne sont pas sensibles à ses trémolos de psalmodiant et à ses arguments électoraux d’islamiste défroqué. Bien que cet islam démonstratif, cet islam-spectacle, qui a été propagé par la propagande wahhabite, partout dans le monde, soit désormais de mise chez la majorité des musulmans. C’est aussi l’islam d’Al-Azhar, l’institution rétrograde à laquelle le maréchal Sissi vient de renouveler sa confiance pour la réforme du discours religieux qui figure au programme du Président. Seulement, et comme l’a observé notre consœur Fatima Naout, l’Égypte se trouve actuellement dans la situation paradoxale de combattre le terrorisme et de le propager.Tout en luttant contre le terrorisme des groupes armés, pratiqué notamment par les Frères musulmans, l’Etat égyptien encourage le terrorisme intellectuel des islamistes et réprime la liberté d’expression et de création. Et ne me dites pas que vous n’avez pas vu ça quelque part !