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France : Pourquoi certains craignent l’élection probable d’un prêtre à la tête de l’Université de Strasbourg

jeudi 15 décembre 2016, par siawi3

Source : http://www.20minutes.fr/strasbourg/1979167-20161213-strasbourg-pourquoi-certains-craignent-election-probable-pretre-tete-universite

EDUCATION Comme prévu, le président en intérim Michel Deneken, également prêtre et professeur de théologie, a été élu à la tête de l’Université de Strasbourg, mais pas sans poser quelques questions...

Photo : Ce mardi 13, l’université de Strasbourg aura un nouveau président, qui devrait être Michel Deneken, professeur de théologie et prêtre. - G. Varela / 20 Minutes

Bruno Poussard

Publié le 13.12.2016 à 07:05
Mis à jour le 13.12.2016 à 18:30

En France, l’élection d’un prêtre à la tête de l’université de Strasbourg est une première. En même temps, un tel cas n’est possible qu’en Alsace ou en Moselle, au droit local hérité de la période allemande. Peu de suspense, lors du vote des membres du conseil d’administration mardi, Michel Deneken a été élu mardi.

Président en intérim depuis l’annonce du départ d’Alain Beretz nommé directeur général de la recherche et de l’innovation au secrétariat d’Etat en septembre, il est ancien curé de paroisse et aujourd’hui professeur de théologie catholique. Cas unique dans l’Hexagone, l’université (publique) de Strasbourg englobe en effet deux facultés de théologies.

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Autour de cette situation particulière, l’ élection de Michel Deneken soulève des questions sur ses éventuelles conséquences de la part de plusieurs acteurs universitaires. « Je suis un fonctionnaire d’État, je respecte l’État de droit », a pourtant répété le candidat à La Croix (entre autres). Ces interrogations sont-elles justifiées ?

Sur l’image de l’Université de Strasbourg. Le buzz n’a pas attendu l’élection. Que le futur président puisse être présenté par son statut de prêtre laisse ainsi craindre à certains un déficit côté communication. « Le rayonnement national et international de l’Université pourra en souffrir », estime Pascal Maillard, du syndicat SNESUP-FSU.

Membre du comité d’administration pendant les huit ans de vice-présidence de Michel Deneken, le doyen de la faculté de langues, Bernard Genton, parle lui de non-événement et d’argument non recevable : « Le fait qu’il soit présenté comme un prêtre est tout au plus une originalité, mais n’aura aucun rapport avec le travail qu’il réalise. »

Sur la confusion entre sciences et spiritualité. « Rien de ce qui se cherche, se pense ou s’enseigne sur ce campus ne doit demeurer étranger à la théologie », écrivait notamment Michel Deneken en 2008. Ce genre de publication n’a pas échappé à Julien Rock et l’Union des étudiants communistes de Strasbourg, premiers à s’inquiéter en septembre.

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Egalement critique envers le bilan financier du précédent mandat, le secrétaire académique du SNESUP-FSU met lui en avant le projet (retoqué) de création d’un institut pour l’Islam : « Dans ses choix politiques, il a fortement imbriqué religion et formation. » Attaques basses et aucun danger, selon le doyen de la faculté de langues.

« Il n’a jamais laissé entendre ou voir la moindre chose qui pourrait aller à l’encontre des principes de laïcité », coupe Bernard Genton. « Il fait abstraction de ses principes religieux », défend encore Guillaume Jost, de l’association étudiante Afges qui lui a récemment apporté son soutien en insistant néanmoins sur sa vigilance.

Sur l’orientation des thématiques de recherche. « L’enseignement et la recherche resteront libres, pose Julien Rock. Mais dans la mesure où les fonds se font de plus en plus rares, les services de direction sont obligés de réfléchir aux subventions accordées aux laboratoires de recherche. » De là à ce que l’élection de Michel Deneken impacte certaines thématiques ?

Prêts à réagir, les Jeunes communistes le craignent, notamment autour de projets sur les cellules-souches en biologie et en médecine ou sur le genre en sociologie. « Le risque serait de favoriser les recherches autour de la théologie à travers l’interdisciplinarité forte qu’il prône », affirme plutôt le syndicaliste Pascal Maillard.

Des inquiétudes « à côté de la réalité », aux yeux de Bernard Genton. Le doyen de la faculté de langues soulève à son tour la capacité de l’intellectuel à faire la part des choses : « Michel Deneken défend les principes de tolérances et d’ouverture dans les travaux de recherche à l’université de Strasbourg. Ces propos sont injustes. »

Sur le respect du principe de laïcité. « Même en Alsace, on pense les résistances nombreuses sur ce mélange des genres », embraye Pascal Maillard. Ce débat dépasse en fait le cadre de l’élection. « De par son histoire, notre université a toujours été pluraliste, c’est une chance », répond Bernard Genton, pourtant « athée ».

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Pour le représentant du syndicat national de l’enseignement supérieur, le problème tournerait autour de la « neutralité pas respectée » de l’université de Strasbourg, liée au concordat d’Alsace-Moselle. Le SNESUP-FSU réclame la transformation des deux facultés de théologie en une unique, laïque, de sciences religieuses.

« Historiquement et naturellement, la religion a toute sa place à l’université en tant qu’objet d’études, termine Pascal Maillard. Le département d’études de l’hébreu est bien sans volet confessionnel pour les rabbins, par exemple. Mais l’université de Strasbourg forme même des ministres du culte. » Catholiques ou protestants.