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Ambassadeur tué en Turquie : ce mystérieux caméraman qu’on a prié de se taire

mercredi 21 décembre 2016, par siawi3

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20161221.OBS2954/ambassadeur-tue-en-turquie-ce-mysterieux-cameraman-qu-on-a-prie-de-se-taire.html

Comme ses confrères turcs, le journaliste a interdiction de s’exprimer sur l’incroyable assassinat qu’il a filmé. A l’inverse du journaliste de l’agence américaine AP.

Elena Brunet

Publié le 21 décembre 2016 à 13h29

En 24 heures, ses images glaçantes ont fait le tour du monde : il a filmé le spectaculaire assassinat d’Andreï Karlov, dans une galerie d’art d’Ankara, le 19 décembre. L’ambassadeur russe en Turquie s’est effondré devant sa caméra, abattu à bout portant par le terroriste Mevlüt Mert Altintas.

Mais malgré le danger, le caméraman témoin du drame a continué d’enregistrer la scène. Curieusement, il a même eu ce réflexe incroyable d’élargir le champ de l’objectif : le terroriste apparaît alors à l’image, costume-cravate impeccable, arme à la main. On l’entend crier "Allah Akbar", "N’oubliez pas Alep !". Mevlüt Mert Altintas, policier de 22 ans, sort du cadre avant d’être abattu par les forces d’intervention spéciale.

Diffusées aussitôt par la télévision publique turque TRT 1, les images choquantes de l’attentat sont largement relayées sur les réseaux sociaux, moins d’une heure après le drame. Pourtant, le lendemain, quand "l’Obs" tente de contacter le caméraman dont beaucoup d’observateurs saluent le courage, la chaîne refuse de le laisser témoigner. La raison avancée ?
"La personne de TRT témoin de l’événement n’est pas autorisée à donner d’interview concernant ce sujet."

Pourquoi ? "C’est tout ce que nous ont dit les autorités", nous rapporte-t-on par mail.
"Que les informations officielles"

Cet interdit intervient alors qu’un photographe de l’agence de presse internationale AP, également présent sur les lieux, a longuement relaté les faits dès le soir même.

Assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie : le glaçant récit du photographe

Un correspondant de la chaîne, visiblement gêné, bafouille encore à "l’Obs" :
"Je ne peux rien dire. C’est la chaîne du gouvernement."

Selon Reporters sans frontières (RSF) et le site turkeyblocks.org qui surveille les libertés en ligne, une interdiction de diffusion a été imposée à tous les médias turcs par le gouvernement le lendemain de l’attaque, et les réseaux comme Facebook, Twitter et WhatsApp étaient difficilement accessibles pour ses utilisateurs turcs mardi.

"Cela témoigne de la gestion de l’info en temps de crise. C’est systématique maintenant, surtout après un attentat", observe Johann Bihr de RSF. Il explique :
"Les autorités ralentissent la bande passante pour limiter l’accès aux réseaux sociaux. Et puis les médias reçoivent une injonction émise par l’équivalent du CSA turc. On leur impose de ne retransmettre que les informations officielles."

Et concernant l’attentat, elles sont éminemment politiques : selon le chef de la diplomatie turque, c’est le réseau guléniste, bête noire d’Ankara, qui est derrière l’assassinat de l’ambassadeur de Russie.

Dans un contexte de tension extrême pour la presse turque, le groupe public TRT n’a pas échappé aux purges de la répression tous azimuts du gouvernement Ergogan. Accusés d’être des "menaces pour la sécurité nationale", des journalistes sont licenciés, arrêtés, muselés. "Des dizaines et des dizaines de cas" recensés par l’association pour la liberté de la presse. "Les médias internationaux ne sont pas encore entravés mais on constate plus d’expulsions depuis un an", affirme Johann Bihr.

Plus grave encore, dans son rapport annuel, publié mi-décembre, RSF recense plus de cent journalistes incarcérés aujourd’hui. Bienvenue en Turquie, la "plus grande prison pour journalistes du monde".