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USA: Obama commue la peine de Chelsea Manning, source de Wikileaks devenue icône transgenre

Wednesday 18 January 2017, by siawi3

Source: http://www.liberation.fr/planete/2017/01/17/obama-commue-la-peine-de-chelsea-manning-source-de-wikileaks-devenue-icone-transgenre_1542179

Par Frédéric Autran,
correspondant à New York

17 janvier 2017 à 22:32 (mis à jour le 18 janvier 2017 à 07:32)

Cette photo de Chelsea Manning, datant de 2010, a été présentée lors du procès Wikileaks, son avocat plaidant les troubles de l’identité sexuelle de sa cliente pour sa défense. Photo Reuters

Condamnée à 35 ans de prison pour avoir transmis plus de 700 000 documents confidentiels à Wikileaks, Chelsea Manning sera libérée fin mai. Sa fragilité émotionnelle a pesé dans la décision du président sortant, laquelle révolte les républicains.

Obama commue la peine de Chelsea Manning, source de Wikileaks devenue icône transgenre

Président jusqu’au bout. A trois jours de son départ de la Maison Blanche, Barack Obama a annoncé mardi soir une nouvelle vague de grâces et de réduction de peines. Sur la liste des 273 condamnés à qui le président a souhaité accorder une «seconde chance», selon les mots de la Maison Blanche, un nom a retenu toute l’attention : Chelsea Manning, l’ancienne source de WikiLeaks. En août 2013, cette militaire transsexuelle qui s’appelait alors Bradley Manning avait été condamnée par une cour martiale à trente-cinq ans de réclusion pour avoir transmis plus de 700 000 documents confidentiels au site internet fondé par Julian Assange. Libérable en 2045, elle devrait finalement sortir le 17 mai prochain de sa prison militaire du Kansas.

Depuis plusieurs mois, les proches et soutiens de Chelsea Manning appelaient Barack Obama à commuer sa peine avant la fin de son mandat. Ces derniers jours, la rumeur avait enflé, nourrie par des sources anonymes au ministère de la Justice et à la Maison Blanche. «Le monde regarde et nous espérons que Barack Obama sera du côté de la justice, et que son héritage sera celui de quelqu’un qui s’est battu pour les droits des personnes transgenres, et qui n’aura pas éteint une des étoiles les plus brillantes de notre communauté», déclarait récemment l’avocat de Chelsea Manning, Chase Strangio.

Tentatives de suicide

Lanceur d’alerte pour certains, traître à la patrie pour d’autres, le soldat Bradley Manning avait été envoyé en 2009 à Bagdad, où il travaillait comme analyste du renseignement. Début 2010, il avait copié puis fourni à WikiLeaks une quantité sans précédent de documents, vidéos, télégrammes diplomatiques et comptes rendus d’opérations militaires, essentiellement en Irak et en Afghanistan. La vidéo d’une bavure commise en 2007 contre des civils irakiens par un hélicoptère américain avait notamment fuité. La plupart des documents avaient été publiés par Wikileaks et plusieurs médias partenaires – dont le New York Times, The Guardian et Le Monde – entre avril et novembre 2010. Bradley Manning, lui, avait été arrêté et placé au secret dès le mois de mai après avoir été dénoncé par un ancien hackeur à qui il s’était confié sur Internet.

Au lendemain de sa condamnation, Bradley Manning avait annoncé publiquement son changement d’identité et sa volonté de subir une opération nécessaire à son changement de sexe. Après une grève de la faim et un long combat avec les autorités militaires pour faire valoir son droit à cette intervention chirurgicale, Chelsea Manning avait finalement obtenu gain de cause en septembre dernier. Malgré cela, la militaire transsexuelle avait tenté de mettre fin à ses jours en octobre, après une première tentative de suicide en juillet. Détenue à l’isolement dans une prison militaire masculine, elle supportait très mal ses conditions d’emprisonnement. Sa situation personnelle et sa fragilité émotionnelle ont vraisemblablement pesé dans la décision de Barack Obama.

«Merci, Obama.»

Cette commutation de peine a aussitôt suscité une avalanche de réactions, devenant rapidement le sujet le plus mentionné sur Twitter. «VICTOIRE», a tweeté WikiLeaks, dont le fondateur Julian Assange a remercié «tous ceux qui ont fait campagne» pour la clémence en faveur de Chelsea Manning. «Votre courage et votre détermination ont rendu l’impossible possible», a salué Assange, qui se retrouve désormais dans une position complexe. «Si Obama accorde sa clémence à Manning, Assange acceptera une extradition vers les Etats-Unis en dépit du caractère inconstitutionnel du dossier du DoJ» (département de la Justice), annonçait en effet WikiLeaks sur Twitter le 12 janvier. Reclus depuis 2012 dans l’ambassade d’Equateur à Londres pour échapper à une extradition vers la Suède, où il fait l’objet d’une enquête pour viol (des faits qu’il a toujours niés), Julian Assange a toujours redouté, en outre, d’être extradé vers les Etats-Unis où une enquête pour publication de documents classifiés est toujours ouverte contre lui.

Edward Snowden, qui a révélé lui aussi en 2013 des documents confidentiels montrant l’ampleur du système de surveillance américain, a également réagi sur Twitter. «Que ce soit dit ici sérieusement et de bon cœur : Merci, Obama», a écrit l’ancien analyste de la CIA et de la NSA, poursuivi pour espionnage par la justice américaine et exilé depuis trois ans en Russie, qui lui a octroyé l’asile politique.

En septembre, une campagne réclamant un pardon anticipé en faveur d’Edward Snowden a été lancée. Une éventualité balayée par Barack Obama, qui se justifiait ainsi en novembre dans une interview à un quotidien allemand : «Je ne peux pas gracier quelqu’un qui n’a pas comparu devant un tribunal et ne s’est pas présenté à la justice.» Le raisonnement du président ne convainct pas les soutiens de Snowden, qui rappellent notamment que Gerald Ford avait accordé une amnistie totale à Richard Nixon alors que ce dernier n’avait pas encore été inculpé.

«Profondément hypocrite»

Au sein de l’administration Obama, la décision de commuer la peine de Chelsea Manning n’a pas fait l’unanimité. Selon une source militaire citée par CNN, le secrétaire à la Défense, Ash Carter, y était notamment opposé. «L’ensemble de la communauté du renseignement est découragée par cette utilisation inexplicable du pouvoir exécutif», a confié ce haut responsable, jugeant la décision du président «profondément hypocrite compte tenu de la dénonciation par Obama du rôle de Wikileaks dans le piratage du parti démocrate».

Dans le camp républicain, la décision du président sortant a suscité une levée de boucliers. «C’est tout simplement scandaleux. La trahison de Chelsea Manning a mis des vies américaines en danger et exposé certains des secrets les plus sensibles de notre nation. Le président Obama laisse derrière lui un dangereux précédent en montrant que ceux qui compromettent notre sécurité nationale ne seront pas tenus responsables de leurs crimes», a tonné dans un communiqué le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

Le très respecté sénateur John McCain, vétéran du Vietnam, a dénoncé une «grave erreur dont je redoute qu’elle encourage de futurs actes d’espionnage et sape la discipline militaire». L’une des réactions les plus virulentes est venue du plus jeune sénateur des Etats-Unis, Tom Cotton, considéré comme l’une des étoiles montantes du parti républicain. «Quand je commandais des soldats en Afghanistan, le soldat Manning nous affaiblissait en faisant fuiter des centaines de milliers de documents classifiés à Wikileaks, a martelé l’élu de l’Arkansas dans un communiqué. Je ne comprends pas pourquoi le président ressentirait une compassion particulière pour quelqu’un qui a mis en danger la vie de nos troupes, diplomates, agents de renseignement et alliés. Nous ne devrions pas traiter un traître comme un martyr.» Plusieurs heures après l’annonce de la décision de Barack Obama, Donald Trump, lui, n’avait toujours pas réagi.