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France : « l’islamophobie au cœur de la campagne présidentielle ».

dimanche 22 janvier 2017, par siawi3

Source : http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10892

Lutte contre l’ « islamophobie » ou consignes de vote ?

19.12.2016

Carla Parisi

Le 18 décembre 2016 a eu lieu à la Bourse du Travail de Saint Denis la « Conférence Internationale contre l’islamophobie ».

Le discours général concernait la stratégie d’alliance entre associations, syndicats et partis politiques à l’approche des présidentielles en 2017, ainsi que des consignes de vote plus ou moins déguisées. Certains candidats, comme Manuel Valls, ont fait l’objet d’un bashing particulièrement virulent de la part des conférenciers.

Philippe Marlière, militant du mouvement Ensemble ! du Front de Gauche participait à la table ronde animée par Houria Bouteldja du Parti des Indigènes de la République : « l’islamophobie au cœur de la campagne présidentielle ». Il a affirmé que « s’il y a un communautarisme en France, il s’agit du néo-républicanisme laïciste, au cœur du champ politique actuel ». Un vocabulaire tout droit sorti de la droite cléricale du début du 20ème siècle. Pour lui, « l’islamophobie est un écran de fumée politique utilisé pour masquer l’échec patent [de nos politiques] sur les questions politiques et sociales ». Cette rhétorique complotiste, partagée par le CCIF, consistant à faire croire que le gouvernement français fomente et met en place des polémiques autour de l’Islam est contredite par les faits. S’il est indéniable qu’une certaine partie de la droite ou l’extrême-droite veut centrer leur campagne de 2017 autour de questions « identitaires » et souhaiteraient un retour des « valeurs chrétiennes », les récentes polémiques autour de l’Islam n’ont rien à voir et sont pas le fruit d’un complot du gouvernement. L’affaire du burkini d’août 2016, citée lors de la conférence, a d’abord explosé sur les réseaux sociaux, avant que quelques maires de droite ne souhaitent légiférer et que le gouvernement ne s’exprime. Philippe Marlière a ensuite directement plaidé pour « la mise en place d’accommodements » à la laïcité, qui différeraient en fonction des personnes, « comme pour les prestations sociales ».

Stéphane Lavignotte, pasteur protestant de Saint Denis, est intervenu lors d’une table ronde au nom du « christianisme social ». Il s’est dit militant au sein d’ « un mouvement du Front de Gauche » (qui est en réalité Ensemble ! comme Philippe Marlière) et espère également que Philippe Poutou et Yannick Jadot auront assez de signatures pour se présenter en 2017. Il se plaint de ne pas assez entendre Tariq Ramadan s’exprimer en France et ajoute :

« il y en a assez de la diabolisation des intellectuels qui font du bien à la France comme Ramadan ! ».

Un lobbying en faveur du prédicateur intégriste controversé qu’il poursuit depuis plusieurs années. Stéphane Lavignotte, s’est aussi se dit « fier d’avoir témoigné en faveur d’Houria Bouteldja » lors de son dernier procès.

Ismahane Chouder a été la troisième intervenante. Représentante de l’association Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), déjà épinglée pour ses liens avec le parti islamiste marocain Al Adl Wal Ihsane et le Cheikh Abdessalam Yassine, elle est également présidente du Collectif Féministe Pour l’Egalité. Fait étonnant, il se trouve dans la salle quelques porte-parole ou militantes d’associations LGBT visiblement fascinées qui n’hésitent pas à applaudir Ismahane Chouder, alors que Participation et Spiritualité Musulmane avait rejoint La Manif Pour Tous dès ses debuts... Ismahane Chouder a listé lors de la conférence « quatre figures emblématiques de l’Islam lorsque l’on parle des musulmans » qui seraient : les terroristes, les radicalisés, les réfugiés et les controverses (voile, halal, prières de rue). Evoquer ces sujets de société, qui peuvent interpeller chaque français en tant que citoyen serait donc... islamophobe. Ismahane Chouder a notamment affirmé que lorsque l’on dit « il faut lutter contre les djihadistes », cela veut dire lutter contre... les « musulmans ». Elle charge alors Manuel Valls, François Hollande ou encore Laurence Rossignol.

Olivier Besancenot a envoyé un message qu’Omar Slaouti (membre du Collectif Ali Ziri et tête de liste du NPA) a lu au public. Il a dit « regretter de ne pas être présent à cette initiative essentielle » et parle d’un « imprévu personnel ». Olivier Besancenot affirme également de façon conspirationniste qu’ « avec l’islamophobie, la classe dirigeante a trouvé comment diviser la classe ouvrière, en instrumentalisant de manière sordide les attentats, et une situation internationale dont elle est largement responsable ». Pour Omar Slaouti, il est légitime de s’opposer aux institutions comme les « institutions européennes » : les jeunes « se méfient de manière rationnelle aux institutions, ce qui explique le Brexit ». Pour lui, cela « se traduit sous le gouvernement Valls (…) par l’utilisation de leviers pour centrer le discours autour de l’islamophobie, de la haine de l’autre (…) et pour pouvoir mener des guerres à l’extérieur ». L’état d’urgence est présenté comme « une arme de destruction massive pour les musulmans ».

La dernière table ronde s’intitulait « face à la répression de l’antiracisme politique et du mouvement social, quelles perspectives ? ». Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac, a félicité Houria Bouteldja pour son « excellent bouquin » à propos de son dernier ouvrage Les Blancs, les Juifs et Nous. Ce livre a pourtant été largement critiqué pour ses injonctions sexistes envers les femmes ou les sœurs d’ « indigènes » : « Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche » , pour l’essentialisation « virile et macho » des « indigènes », pour ses propos anti-féministes et identitaires : « j’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à mon quartier, à l’islam, à l’Algérie » ou pour ses éloges à l’homophobie de l’ancien président iranien : « Ahmadinejad, mon héros ». Verveine Angeli (syndicaliste) et Pierre Tartakowski (président de la Ligue des Droits de l’Homme) ont appellé à un rapprochement et à une convergence des luttes entre le syndicat Solidaire, les associations LDH, Attac, CCIF et les autres associations présentes au meeting (PIR, PSM, ALCIR, camp décolonial...). Marwan Muhammad du CCIF a appellé le public et les organisations à venir « remplir » les tribunaux pour faire pression sur la justice lorsque le CCIF y est présent.

Sihame Assbague a affirmé elle-aussi que l’état d’urgence cible « les musulmans et les quartiers populaires ». Elle a appellé le public à « refuser le barrage républicain » lors des élections en 2017. Selon elle, l’élection de Donald Trump est due à « la suprématie blanche qui craint le déclin blanc », ce qui expliquerait également le succès de François Fillon à la primaire des Républicains, ou encore le fait que « Manuel Valls puisse vouloir se présenter avec tant d’entrain »...La preuve : ses combats sont « criminalisés », comme la marche de la dignité ou le camp décolonial qui ont été « attaqués de toutes parts », ou la page Facebook du Parti des Indigènes de la République qui est parfois « bloquée par le pouvoir et les organisations antiracistes traditionnelles ». Elle a appellé les organisations de gauche à la rejoindre en donnant les conditions pour une alliance : « arrêter de critiquer le terme d’islamophobie », d’ « espérer le dévoilement des musulmanes grâce à l’éducation », d’ « incriminer les mecs des quartiers populaires », de « refuser le terme de racisme d’état », et de parler de « division et à la racialiation des luttes ».

Finalement, les conférenciers de salle de conférence de la Bourse du Travail de Saint Denis auront certainement réussi en une journée à faire passer à un public d’à peine 300 personnes leurs appels à ne pas voter pour certains candidats. Il paraît que c’est cela, la « lutte contre l’islamophobie » et l’ « antiracisme politique ».

Carla Parisi

Programme de la journée du 18 décembre :

9h30 : accueil
Mot de bienvenue de la mairie

10h : L’islamophobie depuis les attentats
Lila Charef (CCIF),
M. Gomès (victime de l’Etat d’urgence),
Stéphane Lavignotte (Pasteur),
Mathieu Lopes (Survie),
Alain Gresh (Orient XXI)

11h30 : De la politique de guerre au rejet des migrants
Houssam El Assimi (collectif La chapelle Debout),
Geneviève Garrigos (ancienne présidente d’Amnesty International), Jean Courtaudière (prêtre à St Denis et membre du service national des relations avec les Musulmans auprès de la conférence des Evêques de France),
Christine Delphy (collectif anti-guerre),
Karine Parrot (Gisti),
Stathis Kouvélakis (universitaire)

Débat avec la salle

14h30 : L’islamophobie au coeur de la campagne présidentielle
Ismahane Chouder (CFPE, PSM),
Omar Slaouti (membre du collectif Ali Ziri),
Amina Damerdji (doctorante),
Philippe Marlière (universitaire)

16h00 : Face à la répression de l’antiracisme politique et du mouvement social : quelles perspectives ?
Marwan Muhammad (CCIF),
Sihame Assebague (Contre-attaques et camp décolonial),
Said Bouamama (FUIQP),
Verveine Angéli (syndicaliste Solidaires),
Meriem Belhadj (Alcir),
Thomas Coutrot (militant altermondialiste),
Pierre Tartakowsky (LDH)

Débat avec la salle

18h30 : Conclusion : Omar Slaouti, Amal Bentounsi (UNPA)

L’entrée est libre et gratuite. Sans inscription.