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Iran : Une histoire personnelle de l’opposition progressiste en Iran

mercredi 25 janvier 2017, par siawi3

Source : http://www.humanite.fr/negar-djavadi-cheval-entre-deux-cultures-613778

Négar Djavadi, à cheval entre deux cultures
les nouveaux venus du roman

Muriel Steinmetz

Mardi, 16 Août, 2016

Elle est née en Iran. Elle a traversé la moitié du monde pour rejoindre son père en exil à Paris. Son premier roman retrace l’odyssée d’une jeune femme qui lui ressemble.

Négar Djavadi est née en Iran en 1969 dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle, d’abord en opposition au régime du shah et ensuite avec celui instauré par l’ayatollah Khomeiny. Elle a 11 ans quand sa mère l’emmène avec sa sœur dans une aventure peu commune. Il s’agit de traverser l’Europe à cheval en passant par les montagnes du Kurdistan pour rejoindre la France où le père vit en exil, à Paris. La famille considère notre pays comme la patrie des droits de l’homme, de Jean-Jacques Rousseau et de Victor Hugo. Ils vont assez rapidement déchanter. Ils seront certes accueillis, mais pas à bras ouverts.

Négar Djavadi est une longue jeune femme brune volubile, qui parle un français parfait avec un soupçon d’accent. Diplômée d’une prestigieuse école de cinéma belge (l’équivalent de la Femis), elle est aujourd’hui réalisatrice et scénariste. Son travail pour le film Après la pluie les amoureux a obtenu le prix du meilleur premier scénario du Centre national du cinéma. Dans son livre, Désorientale, la narratrice, son double certain, rebelle en diable, exerce plusieurs métiers, dont celui de monteuse en son dans le domaine musical. Son roman est en partie autobiographique, même si elle nous dit : « Il s’agit de variations sur ce que j’ai vécu dans mon enfance. » Le récit fourmille d’anecdotes sur son passé et de péripéties rocambolesques qui lui donnent parfois un ton quasi épique. Ce n’est pas rien de quitter son pays pour s’enfuir à cheval comme Don Quichotte et de traverser la moitié du monde en famille.
L’histoire d’un pays sans cesse secoué par de redoutables luttes intestines

Elle avoue avoir hésité longtemps à replonger dans ses souvenirs pour écrire ce texte. Elle s’y est enfin résolue parce qu’elle n’ignore pas que les Français sont pleins de clichés sur son pays natal. L’Iran ne serait peuplé que de barbus moyenâgeux. En réalité, la société dans l’ancien empire perse est infiniment riche en diversité. Dans son texte dense, haut en couleur, extrêmement vivant, elle s’avance très loin dans la généalogie familiale pour justement décrire à l’iranienne l’histoire d’un pays sans cesse secoué par de redoutables luttes intestines, la plupart du temps provoquées par l’étranger. Elle a beaucoup à dire et cultive à dessein l’art de la digression, car, affirme-t-elle, « il importe parfois de perdre son sujet en cours de route pour retomber sur ses pattes dans la saga familiale et rebondir ensuite dans une autre phase du récit ». Cela a sûrement à voir avec la maîtrise du conte propre à l’Orient. Son héroïne, Kimiâ Sadr, est une jeune femme d’autant plus singulière qu’elle assume son homosexualité. Au début, on la découvre assise dans la salle d’attente du service de procréation assistée de l’hôpital Cochin. Elle veut avoir un enfant avec son amie Anna. Elle s’aventure plus loin en arrière et se remémore alors son existence de petite fille à Téhéran sous le règne du shah, avant de faire remonter à la surface les histoires de famille antérieures.

Une tentative de couper officiellement l’Iran du reste du monde

Nous avons rencontré Négar Djavadi au Zimmer, la brasserie du Châtelet. Très souriante, pour un temps disponible, car elle est mère de deux enfants (de 4 et 9 ans), elle évoque ainsi « ses ancêtres farfelus qui vivaient au nord de l’Iran, près de la mer Caspienne, dans une région si verte qu’on se serait cru à Annecy. C’étaient des guerriers fougueux qui montaient à cheval ». Elle a été élevée au sein de son clan, « dans de vastes vallées, plantées de maisons construites un peu n’importe comment, sans aucun commerce autour. C’était un vrai western ». L’héroïne de Désorientale vit de la sorte à cheval entre deux cultures, l’iranienne et la française. « Ce n’est ni une immigrée iranienne parlant de la France, ni une Française intégrée parlant de l’Iran. »

Elle nous confie que, lorsqu’elle veut entrer en contact avec le peu de famille qui lui reste au pays, les communications sont rapidement brouillées par le régime. Elle y voit la permanence d’une tentative de couper officiellement l’Iran du reste du monde. Bien sûr, le pays s’entrouvre, les touristes affluent. Est-ce que les Iraniens sont pour autant plus libres ? Il est toujours très difficile d’obtenir un visa pour l’étranger.

L’éditrice Liana Levi a reçu le manuscrit par la poste. Huit jours plus tard, elle appelait Négar Djavadi.