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France : De l’islam àl’islamisme : établir une ligne de partage

jeudi 26 janvier 2017, par siawi3

Source : https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/delislamalislamisme.pdf

De l’islam aÌ€ l’islamisme : eÌ tablir une ligne de partage

Collectif Lieux Communs

Janvier 2015

Au fil des attentats et des massacres commis par les islamistes aÌ€ travers le monde, les yeux s’ouvrent. Il apparaiÌ‚t progressivement qu’il s’agit bel et bien d’un nouveau totalitarisme visant la domination universelle. Ce reÌ veil traverse les geÌ neÌ rations, les milieux, les origines, bousculant les EuropeÌ ens mais aussi les musulmans eux-meÌ‚mes. Il rompt avec la complaisance, le relativisme, le deÌ ni et l’increÌ duliteÌ qui preÌ valaient jusqu’alors. Chacun cherche aÌ€ comprendre et aÌ€ faire face. Ces reÌ actions salutaires signifient peut-eÌ‚tre la renaissance d’un deÌ sir de reconstituer un peuple, c’est-aÌ€-dire de s’affirmer et de se battre pour l’existence de socieÌ teÌ s et d’individus eÌ mancipeÌ es et eÌ galitaires. Mais elles peuvent aussi pousser les populations aÌ€ recourir aÌ€ l’EÌ tat, au Leader, au Parti, au Patriotisme ou aÌ€ la violence, ce qui pourrait sonner le glas d’un projet deÌ mocratique deÌ jaÌ€ agonisant. C’est pourquoi il nous faut nommer l’ennemi, claire- ment, en eÌ tablissant des lignes de front qui fassent pieÌ€ces aux discours d’extreÌ‚me droite, d’ouÌ€ qu’ils viennent.

Padamalgam... Pic et pic et coleÌ gram

Il s’agit avant tout d’eÌ viter l’amalgame entre l’islamisme et les pratiques religieuses musulmanes. Mais la ritournelle « Pas d’amalgame  », entonneÌ e aÌ€ tort et aÌ€ travers, n’a fait que rendre la situation plus confuse.
D’abord, l’accusation d’« islamophobie  », populariseÌ e par les ayatollahs iraniens, est en elle-meÌ‚me un amalgame grossier et culpabilisateur. Elle veut faire passer pour du racisme une deÌ fiance vis aÌ€ vis de l’islam qui peut avoir des causes diverses : pour des reÌ fugieÌ s, la crainte de revivre une deÌ cennie noire (AlgeÌ riens), ou d’eÌ‚tre perseÌ cuteÌ s (apostats, juifs, chreÌ tiens d’Orient ou d’Afrique) ; pour des libre-penseurs, comme nous, la volonteÌ d’en finir avec toutes les superstitions et la tartufferie qui les accompagne.
Ensuite, le mantra « Pas d’amalgame  » a toujours eÌ teÌ employeÌ par les ideÌ ologies meurtrieÌ€res pour se donner une ap- parence acceptable. Un communiste dira que le « vrai  » communisme n’a jamais eÌ teÌ appliqueÌ , qu’il n’a rien aÌ€ voir avec les reÌ gimes stalinien, maoïste ou castriste, ni meÌ‚me avec le PCF. Certains chreÌ tiens preÌ tendront qu’ils n’ont pas aÌ€ assu- mer l’Inquisition ou les Croisades puisque rien de cela ne serait dans la Bible. La situation actuelle des musulmans face aÌ€ l’islamisme est identique, et il faudra bien un jour qu’ils se deÌ barrassent de cette « Maladie de l’islam  », d’une manieÌ€re ou d’une autre.

« L’islam n’est rien d’autre que ce qu’en font les musulmans  » (Fouad Zakariya)

Il n’y a donc pas d’Islam ideÌ al, coupeÌ des reÌ aliteÌ s humaines. Chacun peut tirer du Coran la sourate ou le hadith qui l’arrange et l’interpreÌ ter aÌ€ sa façon. Tout livre sacreÌ dit ce qu’on veut bien lui faire dire, servant ainsi les intentions de ce- lui qui le cite.
L’islam qui se manifeste bruyamment aujourd’hui est un ensemble de nouvelles pratiques agressives qu’on peut ap- peler extreÌ‚me droite musulmane, neÌ o-islam ou techno-islam. Elles se distinguent clairement de la foi du charbonnier qui preÌ valait partout jusque dans les anneÌ es 1980 en imposant au fideÌ€le un dogme qui ne peut mener qu’aÌ€ la seÌ cession, aÌ€ la « deÌ sinteÌ gration  » des socieÌ teÌ s qui se reÌ clament de la sortie des religions, des LumieÌ€res, des mouvements ouvriers, des courants feÌ ministes. On passe de la bigoterie traditionnelle vieillissante au projet collectif de domination des aÌ‚mes, de la famille, du quartier, du pays, viseÌ e strictement et absolument incompatible avec les heÌ ritages des tenants de l’eÌ mancipation. Les liens entre ce neÌ o-musulman-laÌ€ et le djihadiste sont eÌ vidents puisqu’ils sont en deÌ saccord avec les moyens, mais partagent les meÌ‚mes objectifs.

De l’islamisme dans tous ses eÌ tats aÌ€ l’EÌ tat islamique

Depuis 2006, il est eÌ vident que les caricatures de Mahomet ne sont pas l’obsession de quelques illumineÌ s : les po- pulations refusant tout blaspheÌ€me sont nombreuses dans les pays musulmans mais aussi dans de nombreux quartiers europeÌ ens. En France, face aÌ€ des actes atroces, les louvoiements, les revirements et les condamnations du bout des leÌ€vres par les FreÌ€res Musulmans (Majoritaires dans l’UOIF, le CFCM et les mosqueÌ es) et une partie de leurs affideÌ s permettent de distinguer nettement les tenants du neÌ o-islam des autres musulmans.
De meÌ‚me, le sort des opprimeÌ s dans les zones du monde ouÌ€ l’islamisme reÌ€gne (« le baluchon ou la putreÌ faction  ») fait eÌ cho aÌ€ ce qui se passe ici dans tous les milieux domineÌ s par ces neÌ o-musulmans : la marginalisation des atheÌ es, la perseÌ cution des heÌ reÌ tiques ou des homosexuel(les), ou encore les attaques contre les juifs lors des manifestations pro-palestiniennes. Les conversions systeÌ matiques des conjoints, pour peu qu’ils soient accepteÌ s par les proches, releÌ€vent de la meÌ‚me intoleÌ rance visceÌ rale qui vide peu aÌ€ peu des pays entiers de leurs minoriteÌ s.
Partout ou l’islamisme s’affirme, les femmes, et les filles de plus en plus jeunes, sont releÌ gueÌ es au statut d’objet sexuel par leur dissimulation de la spheÌ€re publique. En Europe, nombreuses sont celles qui font de cette servitude un choix militant qui va souvent de pair avec d’autres engagements : contre le mariage gay, l’ABCD de l’eÌ galiteÌ ... Depuis que la France a deÌ couvert le « foulard islamique  » en 1989, la surencheÌ€re vestimentaire n’a pas cesseÌ . Les « tenues isla- miques  » touchent aujourd’hui les maÌ‚les aÌ€ l’apparence de plus en plus belliqueuse et intimidante et imposent ainsi leurs revendications perpeÌ tuelles.

L’ideÌ ologie totalitaire islamiste qui prend comme support l’identiteÌ religieuse prospeÌ€re sur l’appauvrissement culturel. En Iran, en Arabie saoudite ou au Qatar, on deÌ truit les sites archeÌ ologiques preÌ -musulmans ; Sur le web, on se bricole une sous-culture de bazar et une estime de soi entieÌ€rement fondeÌ e sur l’appartenance religieuse. Le mode de vie caleÌ sur les preÌ ceptes fondamentalistes s’impose de greÌ ou de force deÌ€s que le nombre de ces bigots hallucineÌ s devient significatif : la mosqueÌ e eÌ vince alors peu aÌ€ peu les autres lieux de vie sociale ; la nourriture, les comportements, les pa- roles se revendiquent d’une « pureteÌ Â » (Hallal) contre la « souillure  » (Haram) du pays d’accueil devenu terre d’infi- deÌ€le (Dar el koufar) – tout en utilisant les possibiliteÌ s des technologies occidentales.
L’endoctrinement eÌ tatique en terres conquises se traduit en Europe par la prolifeÌ ration discreÌ€te d’eÌ coles confes- sionnelles ouÌ€ peuvent eÌ‚tre enseigneÌ es, selon leurs sources de financement, diverses approches de la Charia, radicalement inconciliable avec l’enseignement humaniste. La multiplication de preÌ noms belliqueux et coraniques inconnus il y a peu marque du sceau de la guerre la geÌ neÌ ration suivante.
L’autoritarisme et la violence des pouvoirs islamiques – Guide SupreÌ‚me, Califat ou RoyauteÌ â€“ ont leur eÌ quivalent chez les militants neÌ o-coloniaux de la cause islamiste en Occident : la terreur sourde qu’ils deÌ gagent s’exercent aussi bien dans les « deÌ bats  » ouÌ€ l’insulte et l’humiliation sournoise s’invitent rapidement, que dans l’imposition rampante des croyances, obsessions et tabous les plus deÌ lirants. Un paternalisme fondamental et indiscutable modeÌ€le ces person- naliteÌ s paranoïaques et complotistes, eÌ leveÌ es dans des rapports de forces intimes et geÌ opolitiques, et pour qui seule la violence purificatrice tranche les situations.
Enfin, la conqueÌ‚te militaire de l’islamiste guerrier a son symeÌ trique ; l’islamiste patient, voire souriant, des socieÌ teÌ s occidentaliseÌ es. Il s’aligne tactiquement et progressivement sur les preÌ ceptes de l’extreÌ‚me-droite musulmane au fil des reculades des populations europeÌ ennes. Il ne condamne alors volontiers le terrorisme et la brutaliteÌ que pour mieux ca- cher un accord final avec leurs viseÌ es ultimes : la domination mondiale d’Allah. Peut-eÌ‚tre la reÌ alisation reÌ cente de son fantasme par l’EÌ tat Islamique (Daech) va-t-il lui faire reÌ aliser la folie qui l’habite et le guide.

L’extreÌ‚me droite musulmane n’est pas la population musulmane

Face aÌ€ cette inquieÌ tante mobilisation des troupes, un nombre indeÌ termineÌ de croyants reÌ sistent et maintiennent les pratiques normales de leurs aïeux. Ils indiquent, encore trop discreÌ€tement, que leur heÌ ritage religieux a eÌ teÌ , est et sera encore compatible avec les valeurs et principes issu de l’Occident. A ce titre, ils sont les premieÌ€res cibles de l’extreÌ‚me droite musulmane, pour qui ils ne sont pas assez musulmans.
Ils et elles ont depuis longtemps accepteÌ la multitude des opinions et le principe du deÌ bat argumenteÌ . Leurs familles acceptent la mixiteÌ sexuelle, ethnique, religieuse, politique. ReleÌ guant les croyances les plus grotesques au rang de bo- niments, la pratique de leurs cultes se fait sans ostentations dans le cercle hospitalier de leur vie priveÌ e. Lucides sur l’oppression de l’inteÌ grisme musulman, ils retiennent le moins pire de leur culture religieuse et le meilleur de leur culture maghreÌ bine ou moyen-orientale. Ils s’inscrivent dans la continuiteÌ des flux migratoires du passeÌ en refusant le chantage aux origines : aÌ€ Rome, ils mangent, boivent et s’habillent comme les romains. Certains d’entre eux, sur la pente qui preÌ valait encore il y a trente ans, ont peu aÌ€ peu admis leur atheÌ isme, retrouvant laÌ€ le courant eÌ mancipateur que l’Occident lui-meÌ‚me semble deÌ laisser. Invisible aujourd’hui, leur attitude doit redevenir la normaliteÌ .

Renaissance d’un projet d’eÌ mancipation

Car une civilisation inteÌ€gre d’autant plus les cultures eÌ trangeÌ€res qu’elle est elle-meÌ‚me forte, vivante et creÌ ative. De- puis un demi-sieÌ€cle, l’Occident a perdu ce qui faisait sa force : non pas le deÌ chaiÌ‚nement de la violence militaire ou eÌ conomique mais l’activiteÌ permanente de peuples entiers luttant contre toutes les dominations. C’est ce vide patent qui rend possible le deÌ ferlement de l’islamisme sur son sol.
Ce vide spirituel n’a aÌ€ proposer aux nouveaux-venus que l’hysteÌ rie consumeÌ riste, l’arrivisme deÌ complexeÌ et la came- lote identitaire. Opposer aÌ€ ce cynisme une religiositeÌ agressive, c’est redoubler d’insignifiance : l’islam contemporain est aÌ€ la spiritualiteÌ ce que la pornographie est aÌ€ l’amour ; une singerie meÌ canique et obsceÌ€ne, infiniment frustrante, qui exige des doses croissantes pour maintenir une satisfaction. Comme les totalitarismes de la IIIe Internationale stali- nienne et du IIIe Reich hitleÌ rien, le totalitarisme neÌ du troisieÌ€me monotheÌ isme met aÌ€ l’eÌ preuve le sens que nous don- nons aÌ€ l’existence. Que celui-ci soit moribond ne fait aucun doute : il nous semble, aÌ€ nous, que renouer avec ce que notre histoire a pu engendrer de plus preÌ cieux pour l’humaniteÌ entieÌ€re est le premier reÌ flexe aÌ€ adopter.
La fixation sur la laïciteÌ , elle-meÌ‚me comprise par les neÌ o-musulmans comme un preÌ texte aÌ€ leur projet d’expansion, doit eÌ‚tre rattacheÌ e au courant qui l’a porteÌ : l’eÌ radication finale des systeÌ€mes religieux et l’interrogation ouverte, illimiteÌ e sur la vie, le monde, la mort et la reÌ appropriation par nous tous de nos conditions d’existence. Il est possible que nous assistions aÌ€ ces preÌ misses erratiques et incertains.