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Elections présidentielles en France : à gauche, Valls-Hamon : deux visions de la laïcité

jeudi 26 janvier 2017, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/25/valls-hamon-deux-visions-de-la-laicite_1544101

Valls-Hamon : deux visions de la laïcité

Par Aurélie Delmas

25 janvier 2017 à 23:03

Paris, 25 janvier 2017. Débat télévisé du second tour des Primaires citoyennes de gauche pour l’élection présidentielle opposant Benoît Hamon et Manuel Valls. Photo Marc Chaumeil pour Libération

Lors du débat de l’entre-deux-tours, les deux candidats socialistes ont opposé leurs versions de la laïcité, deux lignes qui les distinguent depuis toujours.

Deux visions de la laïcité

Comme attendu, mercredi soir, lors du débat de l’entre-deux tours de la primaire de la Belle alliance populaire, Benoît Hamon et Manuel Valls se sont affrontés sur la question de la laïcité. Après les résultats du premier tour Valls avait d’ailleurs réorienté ses attaques dans les médias sur cette thématique, mais aussi sur le positionnement de son adversaire vis-à-vis de de l’islam. Leur discussion, qui est restée cordiale, a permis de marquer une nouvelle fois leurs divergences.

Comme il l’avait déjà expliqué, Manuel Valls a répété qu’il percevait la laïcité comme un « bouclier » avec lequel il « ne peut pas y avoir le moindre accommodement », et non comme « un glaive ». « Nous devons protéger nos compatriotes de confession ou de culture musulmane qui sont sous la pression de l’islam politique », a avancé l’ancien Premier ministre, qui s’est revendiqué de la « laïcité de Caroline Fourest et Elizabeth Badinter ».

Benoît Hamon est lui aussi resté ferme sur sa position du « ni plus ni moins » que la loi de 1905. « La laïcité, ce n’est pas un dogme de plus, ce n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion. C’est l’art du vivre ensemble », a-t-il expliqué en citant François Hollande. « Ce que je veux c’est que dans ce pays il n’y ait plus un juif, un musulman, un homosexuel, une femme qui baisse la tête pour ce qu’il est », a-t-il déclaré.

Rien de bien surprenant, car les deux candidats ont des positions antagonistes depuis longtemps sur ces questions :

Dans leurs programmes

Il n’y a aucune mesure spécifique sur la laïcité dans le programme de Benoît Hamon. Mais le candidat veut créer un corps d’inspection des discriminations : 1 000 inspecteurs chargés de veiller à ce qu’il n’y ait pas de discriminations dans les entreprises, les lieux de loisir, etc. Lors du débat, il a précisé que ce corps fonctionnerait sur le modèle de la répression des fraudes, avec des procès verbaux puis la fermeture administratives des établissements incriminés.

Le 18 décembre, sur France 3, Benoît Hamon expliquait ce qu’il souhaitait :« Je serai le garant de laïcité telle qu’elle a été pensée en 1905. Une laïcité qui visait à ce que ceux qui croient et ne croient pas puissent librement le faire et en assurant la neutralité de la puissance publique et de l‘Etat, ni plus ni moins ».

En revanche l’un des points saillants du programme de Manuel Valls est l’adoption d’une Charte de la laïcité, adossée à la Constitution. Pourtant, l’ex-Premier ministre n’a pas détaillé ce que contiendrait ce texte, et n’en a pas reparlé mercredi lors du débat. Par ailleurs, Manuel Valls a aussi déclaré vouloir « bâtir un islam enraciné dans la République », qu’il appelle « islam de France », sans formuler de proposition nouvelle sur le sujet. « Il appartient aux musulmans de se défendre contre ces obscurantismes qui peuvent guetter. C’est à eux d’abord, de se mobiliser, de se former, de transmettre nos valeurs. Mais la République doit aussi les protéger et les aider », détaille le candidat. Comme son rival, il entend lutter contre les discriminations, dans l’État et les entreprises, et faire de « l’égalité femmes-hommes » une priorité. « Face aux conservatismes, les femmes doivent pouvoir compter sur le respect par tous des lois de la République. Aucune exclusion des lieux publics ne sera tolérée », précise Manuel Valls dans son programme.

Sur le lien entre islam et laïcité

« Ce n’est pas moi qui ai une vision dévoyée de la laïcité » a estimé Benoît Hamon sur RFI à l’attention de son adversaire. En décembre, sur France 3, il expliquait vouloir remettre « des questions sociales avant de mettre des questions religieuses sur ces sujets-là ». Déjà dans un discours le 28 août à Saint-Denis il dénonçait « l’hystérie qui entoure la question de la place de l’islam en France, une conception dévoyée de la laïcité. La laïcité est devenue le prétexte commode à une offensive aussi virulente que désordonnée contre l’islam ». Il a répété mercredi son sentiment qu’aujourd’hui en France, « un bon musulman, c’est un musulman qui n’est pas musulman ».

Dans Libération, Manuel Valls a lui expliqué que « la laïcité est confrontée à la montée de l’islam radical, mais aussi à la place de l’islam dans nos sociétés. » « J’aimerais que nous soyons capables de faire la démonstration que l’islam, grande religion dans le monde et deuxième religion de France, est fondamentalement compatible avec la République, la démocratie, nos valeurs, l’égalité entre les hommes et les femmes », ajoutait-il.

Sur le voile à l’université

La position de Benoît Hamon est claire sur ce point : « On n’a pas à interdire le voile à l’université », a-t-il déclaré sur RFI. « Quand Manuel Valls proposait d’interdire le voile à l’université, ce sont 30 président d’université qui ont dit qu’il n’y a aucun trouble à l’ordre public », a-t-il justifié. Un argument qu’il a répété mercredi.

Manuel Valls, lui, est plutôt pour une interdiction, « il faudrait le faire, mais il y a des règles constitutionnelles qui rendent cette interdiction difficile. Il faut donc être intraitable sur l’application des règles de la laïcité dans l’enseignement supérieur », a-t-il expliqué-il à Libération.

Sur le burkini

La question du burkini a été évoquée par Benoît Hamon dans son discours de Saint-Denis. Il dénonçait alors « la propagande anti-française que l’on alimente par les images humiliante de cette femme obligée de se déshabiller parce qu’elle portait un foulard sur une plage ».

Alors Premier ministre, Manuel Valls avait lui soutenu les maires ayant pris des arrêtés pour interdire le burkini, avant que le Conseil d’Etat suspende ces arrêtés.