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France : Droits reproductifs en question : Délit d’entrave : douze hommes et un utérus

vendredi 27 janvier 2017, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/france/2017/01/26/delit-d-entrave-douze-hommes-et-un-uterus_1544218

Délit d’entrave : douze hommes et un utérus

Par Sofia Fischer

26 janvier 2017 à 20:25

Laurence Rossignol lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée le 18 janvier 2017. Photo Eric Feferberg. AFP

La proposition de loi socialiste visant à pénaliser les sites de désinformation sur l’IVG, âprement combattue par la droite et le mouvement « provie », a fait son retour jeudi à l’Assemblée nationale en nouvelle lecture.

Délit d’entrave : douze hommes et un utérus

Des hommes et des utérus, acte I scène III. Après l’échec de la Commission mixte paritaire (CMP) mardi, le texte sur le délit d’entrave à l’IVG a fait son grand retour jeudi à l’Assemblée, qui l’a de nouveau validé. Mais pas avant un long et pénible débat… exclusivement masculin. Un fait qui n’a pas échappé à la ministre du Droit des femmes, Laurence Rossignol. « Où sont les femmes des Républicains ? […] Vous avez rassemblé douze hommes pour parler de l’utérus des femmes, des grossesses des femmes, des IVG des femmes », a lancé à la droite la ministre clairement agacée, dans la matinée. Une député LR s’est effectivement présentée à la reprise des échanges, en début d’après-midi. Ex-ministre de la Parité, Nicole Ameline a souligné qu’elle ne s’opposerait pas au texte, bien qu’il pose selon elle « des interrogations légitimes sur la liberté d’expression ».

En ligne de mire du gouvernement : les sites internet anti-IVG ne s’affichant pas clairement comme tels et tentant de dissuader les femmes de recourir à l’avortement. Témoignages orientés, à la véracité douteuse, textes alarmants sur les conséquences de l’IVG, tutoiement de rigueur, couleurs pop et présence sur les réseaux sociaux pour séduire un public jeune… les militants « provie » qui s’enchaînaient aux grilles des centres d’avortement, initialement visés par le texte encadrant le délit d’entrave, ont désormais migré sur internet. D’où le besoin, d’après Laurence Rossignol, d’adapter la loi à ces nouveaux espaces où certains tentent de culpabiliser les femmes. Face à un tel argument, la droite a trouvé son point d’attaque : la liberté d’expression, invoquant même la création d’un « délit d’opinion » si la loi était votée.

« Un accident qui se vit bien »

Marion Maréchal-Le Pen a pour sa part déplacé la question en terrain tout personnel. « Ne vous en déplaise – et je me permets cette impudeur parce qu’elle est de notoriété publique – vous avez devant vous un accident qui se vit bien », a lancé la cadette de la famille Le Pen et députée FN du Vaucluse à l’attention de la ministre. « Vous êtes la honte du combat des femmes, obsédée par la couleur du cartable, le sexisme de la grammaire, le jouet rose des Kinder, la répartition du temps de vaisselle dans le couple », a-t-elle ajouté.

L’élue de 27 ans, qui a suggéré il y a quelques semaines de limiter le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse, a également fustigé les députées de la majorité, des « féministes ringardes » et « dinosaures politiques d’un temps soixante-huitard révolu ».

« Un droit qui ne peut pas être librement exercé n’est pas un droit »

Pour la gauche, qui invoque volontiers Simone de Beauvoir, (« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant »), le droit à l’IVG est plus que jamais en danger. Catherine Coutelle, socialiste et coauteure de la proposition de loi : « La bataille de l’information [sur la question de l’avortement, ndlr] est centrale. » Laurence Rossignol : « Un droit qui ne peut pas être librement exercé n’est pas un droit. » Et d’ajouter : « Chacun est libre d’affirmer son hostilité, à condition de le faire en toute honnêteté. » Mais aussi de circonscrire cette liberté : « La liberté d’opinion n’est pas droit au mensonge »…

Le texte doit être adopté définitivement d’ici fin février, après une ultime navette avec le Sénat. Le chef de file des députés LR, Christian Jacob, a promis mardi dans ce cas une saisine du Conseil constitutionnel au nom de la liberté d’expression.