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A Oman, des femmes ont fait campagne sur les réseaux sociaux

samedi 28 janvier 2017, par siawi3

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20170126.OBS4402/a-oman-des-femmes-ont-fait-campagne-sur-les-reseaux-sociaux.html

"Les réseaux sociaux me servent comme une arme pour ma carrière politique", explique Sana, élue municipale.

Quentin Müller

28 janvier 2017 à 16h09

A Azaiba Mall, non loin les des belles résidences de la grande artère Sultan Qaboos street, une femme attend devant l’entrée principale du grand building. Elle porte un abaya noir.

Sac à main brillant sur le bras gauche et smartphone à l’écran légèrement orné de paillettes, dans la main droite, elle choisit timidement un café.

Elle ne commandera rien, d’autres médias l’attendent après. A 37 ans, Sana Al Mashari connait sa première expérience politique. Elle fait partie des sept femmes élues au conseil municipal des wilayats (governorats) de Buraimi, du nord et sud de Batinah, et de Mascate, le 25 décembre dernier. Un petit exploit dans ce pays du golfe encore traditionnel.

Pendant quatre ans, elle siègera dans la région d’Amerat du grand governorat de la capitale. Même si elle n’aura ni le pouvoir, ni la marche de manoeuvre du ministère omanais-présidé par le Sultan Qaboos-,du conseil Majlis ach-Choura (conseil consultatif du Sultan), ou du conseil d’Etat, Sana sait que son élection coïncide avec une grande avancée :

"Dans le passé, les femmes étaient peu présentes dans les médias et très peu présentes dans les postes clés. Elles avaient accès seulement à quelques jobs comme docteur, infirmière et professeure."

La jeune élue explique que "les communautés (tribus) exerçaient une pression sur ce que les femmes devaient faire."

"Je n’aime pas parler de moi"

Depuis le début du XXIe siècle le Sultanat d’Oman s’est cependant ouvert. Le pays accueille aujourd’hui plus de 2 millions de touristes chaque années selon le ministère du tourisme omanais.

Les études à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, sont devenues communes et l’éducation a atteint des taux impressionnants depuis 1970. Selon un rapport de l’UNICEF, 81 % des femmes sont allées dans le secondaire contre 83% pour les hommes.

"La société est plus ouverte avec les réseaux sociaux, l’éducation et les médias", sait Sana.

Sana Al Maashari, 37 ans, diffuse sur son smartphone, le 2 Janvier 2017, le clip vidéo qu’elle a utilisé sur les réseaux sociaux durant sa campagne politique.

La Mascataise est issue d’une famille dont le père fut lui aussi dans le temps un élu municipal. Mais la femme l’assure, elle n’a pas remporté le scrutin uniquement grâce à son nom :
"On ne m’a pas élue parce que je viens de cette famille, ou je que viens de cette tribu, mais parce qu’on sait ce j’ai déjà fait pour la governorat."

Pour cela, Sana met quotidiennement à jour son compte Twitter. Pas question de se photographier ou de parler stérilement de soi : son compte est professionnel :
"J’utilise Twitter pour répondre aux demandes des citoyens. Je questionne la communauté pour ses demandes et j’interpelle aussi le gouvernement. Twitter est plus professionnel qu’Instagram. Je n’aime pas parler de ou poster des photos de moi sans un message derrière. Pour moi, les réseaux sociaux me servent comme une arme pour ma carrière politique plus que de vitrine pour ma personne."

"Les gens se fichent de savoir si t’es une femme ou un homme"

Malgré une fête de la femme célébrée tous les 17 octobre depuis 2009 et de nombreux discours* du Sultant Qaboos en soutien aux femmes, la société omanaise reste traditionnelle et patriarcale dans son ensemble.

Shaul Gabbay, expert du monde arabe et professeur au Global Research Institute Posner Center for International Development, confirme :
"Bien que les progrès des technologies de communication aient contribué à la formation d’une identité plus globale et aient influencé la vie quotidienne des individus, les normes tribales, les valeurs et surtout les traditions historiques, sont toujours des tissus vitaux de la société omanaise."

Les femmes sont donc toujours restreintes par les codes sociaux et culturels, liés à l’islam, dans leurs rapports aux hommes. Les prises de contact et d’informations sont alors moins faciles et plus délicates pour les politiciennes omanaises. Les réseaux sociaux cassent cependant ces barrières. Le digital de l’écran, l’accessibilité pour tous et sa connivence internationale, en font un outil parfait.

"Ca a pris du temps pour qu’on connaissance ma personnalité et mes actions sur le terrain, sait Sana Al Mashari. J’essaie toujours de savoir en avance ce que la communauté veut. Je me renseigne par le biais des femmes, car elles se passent rapidement le mot. Twitter permet ainsi de montrer que je suis toujours en avance sur les demandes et les besoins ou sur les manques et suggestions."

Amna Al Balushi, deuxième élue dans le governorat de Mascate, dans la région du Seeb, a, elle, su accrocher l’attention du pays entier après une vidéo postée sur Instagram.

"C’était seulement cinq secondes et je disais en anglais et arabe qu’une "bougie pouvait éclairer une ville entière"", rigole t-elle.

En pleine période de campagne, elle reçoit des milliers de commentaires positifs et d’encouragements de femmes et d’hommes venus de tous le pays.
"Je ne pouvais imaginer que ça aurait un tel retentissement national. De Salalah, à Shinaz, en passant par Mascate, beaucoup ont réagi. Sur les réseaux sociaux, les gens se fichent de savoir si t’es une femme ou un homme."
Rahma Al Nufli, élue dans le sud du wilayat de Bartinah, est d’origine zanzibarienne, ancienne capitale et colonie de l’empire omanais, du XVIIe au XIVe siècle. Elle a su, via les réseaux sociaux, faire passer sa couleur de peau et son genre bien après son programme :
"Aujourd’hui, la plus part des gens passent toujours plus de leurs temps sur Facebook, Instagram et Twitter qui sont les voies les plus rapides pour faire passer les informations et les événements. Via les réseaux sociaux, nous, politiques, pouvons accéder à une grande partie de la société et connaitre leurs besoins et leurs quêtes."

Pour les 195 élus hommes aux municipales, il sera question de réparation de routes, de construction d’écoles, d’infrastructures électriques et hydrauliques... Mais bien plus pour les sept omanaises.