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Quebec : Cours Éthique et culture religieuse : une surdose d’ignorance

samedi 28 janvier 2017, par siawi3

Source : http://quebec.huffingtonpost.ca/francois-doyon/ethique-et-culture-religieuse-surdose-ignorance_b_14275002.html

François Doyon

Auteur de Les philosophes québécois et leur défense des religions (Connaissances et Savoirs, 2017)

Publication : 24/01/2017 08:55 EST Mis à jour : 24/01/2017 10:23 EST

Dans une lettre publiée par le journal Le Devoir, une enseignante du cours Éthique et culture religieuse nous parle de son enseignement qui, d’après elle, protège contre tous les dogmatismes. Sa défense du cours ECR manifeste de l’ignorance. Son témoignage confirme encore une fois la nocivité de ce cours.

Ignorance des textes religieux

L’enseignante écrit : « N’est-ce pas être ignorant de sa religion que de tuer au nom de son Dieu ? » Cela dépend de quelle religion on parle, car comme le dit Sam Harris , il ne faut pas généraliser à toutes les religions le pacifisme du jaïnisme. L’enseignante nie les passages des textes religieux qu’elle prétend enseigner au nom de la connaissance et du jugement critique. Ouvrons le Coran et lisons !

Tuez ceux qui vous combattent partout où vous les rencontrerez et chassez-les des lieux d’où ils vous auront chassés. La subversion est pire que la guerre. Ne les combattez pas cependant près de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne vous attaquent en ce lieu même. S’ils vous combattent, tuez-les : telle est la rétribution des incroyants. (Sourate 2, verset 191)

Si vous ne sortez pas pour combattre, Dieu vous châtiera d’un châtiment douloureux. (Sourate 9, verset 39)

Combattez-les ! Dieu les châtiera par vos mains et les couvrira d’opprobre. Il vous donnera la victoire sur eux et guérira les cœurs d’un peuple croyant. (Sourate 9, verset 14)

Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants ; frappez-les au cou et frappez-les sur chaque phalange des doigts. (Sourate 8, verset 12)

À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous les trouverez : capturez-les, assiégez-les et dressez-leur des embuscades. (Sourate 9, verset 5)

Il faut certes tenir compte du contexte historique pour comprendre ces violents passages. Le Coran commande donc le meurtre dans certains contextes. Le prophète Muhammad était-il ignorant de sa religion ?

Dire qu’il faut tenir compte du contexte pour nous faire accepter la présence d’appel au meurtre dans les textes sacrés n’est qu’une stratégie rhétorique. Il y a des choses qui sont inacceptables quelque soit le contexte, tuer un non-croyant, par exemple.

Ignorance de la science

L’enseignante écrit aussi, en parlant de la Genèse et de Darwin : « Dans ces textes, scientifiques et bibliques, deux discours se côtoient, mais ne s’opposent pas ». Elle commet le sophisme du NOMA (acronyme de l’expression non-Overlapping Magisteria, le non-empiétement des magistères). C’est l’idée que les questions scientifiques et les questions religieuses ne se chevauchent pas, et que la science n’est pas compétente pour traiter des questions religieuses et la religion n’est pas compétente pour traiter des questions scientifiques. Religion et science seraient deux magistères complètement séparés et indépendants. Cela est faux, car dès que la religion se met à parler de la nature ou de miracle, elle se trouve sur le terrain de la science. Et ce n’est pas parce que la science ne peut répondre à une question fondamentale que la religion peut y répondre. Pourquoi le pourrait-elle davantage ?

La Genèse affirme que les êtres vivants ont été conçus par une intelligence surnaturelle. Or Darwin propose, dans L’origine des espèces, une explication de la diversité du vivant qui se passe complètement de l’intervention d’un concepteur divin.

En effet, si l’on tient compte du temps écoulé depuis l’apparition de la vie sur terre, les formes complexes du vivant n’ont pas besoin d’un concepteur intelligent. Les formes complexes du vivant sont le produit de la sélection naturelle cumulative. Sur une échelle de temps géologique, les variations avantageuses sont sélectionnées et elles s’accumulent progressivement pour parvenir aux structures vivantes extrêmement complexes que nous observons aujourd’hui. La vie a seulement l’air d’avoir été conçue.

Le processus évolutif par lequel de nouvelles espèces vivantes apparaissent est la spéciation. Ce processus est l’un quatre facteurs connus influençant la diversification génétique. La spéciation est liée au milieu de vie de l’animal ou de la plante qui exerce une pression sur cet animal ou cette plante ; seuls les individus adaptés survivent et une nouvelle espèce se forme. La spéciation peut être allopatrique (lieu différent), parapatrique (même lieu, mais niche écologique différente) ou sympatrique (même lieu). La spéciation allopathique est la plus connue : elle est possible par diffusion et vicariance. La diffusion consiste à coloniser une nouvelle région soit en périphérie de l’aire de distribution de l’espèce, soit à un tout autre endroit (effet fondateur). La vicariance représente l’émergence d’une barrière infranchissable (montagne, océans, etc.) qui isole deux populations et empêche le flux génétique (le mélange des gènes de manière à ce que le bagage génétique reste le même, c’est l’un des quatre facteurs mentionnés plus haut).

De plus, les contradictions entre les deux récits de la création de la Genèse montre que la Genèse est fausse sans même qu’il soit nécessaire de faire appel à la science. Dans le premier chapitre de la genèse, l’homme est créé en même temps que la femme, après la création des animaux. Dans le deuxième chapitre, on retrouve un second récit de la création où l’homme est créé après la création du ciel et de la terre, avant les animaux, et la femme après, en tout dernier. Le premier chapitre appartient à la tradition élohiste, le deuxième est issu de la tradition yahviste, amalgamé dans la Genèse des siècles après leur rédaction, sans grand souci pour la cohérence.

Cette contradiction suffit à étouffer tous les espoirs que la Bible puisse s’accorder avec l’exigence de cohérence logique du discours scientifique. La Genèse ne peut avoir aujourd’hui qu’un sens figuré, comme n’importe quel autre mythe. Le catéchisme de l’Église catholique a la sagesse de le reconnaître (articles 396 et 397). Quand la science prouve qu’un récit biblique est scientifiquement absurde, il suffit de le déclarer métaphorique pour le « sauver ».

Presque tous les peuples ont élaboré leur propre mythe de la création, et l’histoire de la Genèse n’est rien de plus que celle qui s’est trouvée être adoptée par une certaine tribu de pasteurs du Moyen-Orient. Et elle n’a pas de statut particulier, pas plus que la croyance d’une certaine tribu d’Afrique occidentale pour qui le monde a été créé à partir des excréments des fourmis. (Richard Dawkins, L’horloger aveugle, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 366)

« La vérité vous rendra libres », dit le Christ dans l’Évangile. Libérer est aussi la vertu d’une bonne éducation. Que l’on soit croyant ou non, une chose est claire : un étalage d’ignorance tel que celui du cours ERC est le pire des enseignements.

Références

Richard Dawkins, L’horloger aveugle, Paris, Robert Laffont, 1989.
Mark V. Lomolino, Brett R. Riddle, Robert J. Whittaker, James H. Brown, Biogeography, fourth Edition, Sunderland, Massachusetts, Sinauer Associate Publishers, 2010.
Roger Norman Whibray, Introduction to the Pentateuch, William B. Eerdmans Publishing Company, Grand Rapids, Michigan, 1995.