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USA : L’amour des Loving

Book Review

jeudi 16 février 2017, par siawi3

Source : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20150702.OBS1975/l-amour-des-loving-ce-jour-de-1967-ou-les-etats-unis-ont-supprime-l-interdiction-des-mariages-mixtes.html

Les Loving, ces amoureux qui ont changé l’histoire des Etats-Unis

Photo : Joel Edgerton et Ruth Negga jouent Richard et Mildred Loving dans le film de Jeff Nichols ((Ben Rothstein))

Le roman de Gilles Biassette, adapté au cinéma par Jeff Nichols, revient sur un épisode méconnu de la lutte pour les droits civiques des Noirs américains.

Invité de BibliObs

Publié le 02 juillet 2015 à 16h58

Marie-Cécile Naves

L’Amérique a changé mais certains ne veulent pas le voir. Quelques semaines après l’élection de Barack Obama, en 2009, Harry Connors, sénateur à la retraite, se résout de manière stupéfiante à ce constat. Lui qui, durant toute sa carrière, avait fermement défendu la ségrégation « raciale » au nom de l’identité de l’Amérique et de la lutte contre la « dégénérescence la race blanche », se réjouit donc de l’arrivée au pouvoir d’un Président noir.

Le sénateur Connors, c’est l’autre personnage-clé du roman que Gilles Biassette consacre à une histoire vraie mais méconnue, et dont l’issue sera cependant déterminante pour les droits des minorités : celle de Richard et Mildred Loving.

Le couple vit en Virginie à la fin des années 1950. Ils s’aiment, attendent leur deuxième enfant, et souhaitent se marier. Aux yeux de la loi de leur Etat, cependant, ce n’est pas possible parce qu’il est blanc et qu’elle est noire avec du sang indien. Dans le Sud, les mariages mixtes sont encore illégaux.

Richard décide alors de faire le voyage à Washington avec Mildred pour l’épouser. De retour à Central Point, en Virginie, ils sont dénoncés, arrêtés et condamnés à un an de prison. Le juge leur propose une peine alternative, à peine plus enviable : l’exil, l’interdiction de revenir dans leur Etat pendant 25 ans.

Central Point, cette petite ville « indifférente et hors du temps » de l’Amérique profonde est à l’image du couple Loving : des gens simples qui ne font pas de politique et ne souhaitent rien que de rester auprès des leurs, dans un coin des Etats-Unis qu’ils n’ont jamais quitté. Aussi le départ est-il pour eux douloureux, incompréhensible, insupportable. Ils s’y résolvent néanmoins et s’installent chez des cousins à Washington. Mais le combat naissant pour les droits civiques leur redonne espoir.

Loving versus Virginia

Le 28 août 1963, ils assistent presque par hasard au discours de Martin Luther King au Lincoln Memorial et, sur les conseils de leur entourage, décident d’écrire au ministre démocrate de la Justice, Robert Kennedy. Au prix d’une bataille juridique acharnée, soutenus par des associations et des avocats visionnaires, les Loving gagneront leur combat et pourront, enfin, revenir chez eux.

Ils seront à l’origine d’un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis : en 1967, dans son arrêt « Loving versus Virginia », celle-ci supprimera l’interdiction des mariages mixtes. L’histoire de l’Amérique en sera changée à jamais.

Dans ce roman à tiroirs gravitent d’autres protagonistes tout aussi fascinants : le sénateur Connors qui cache un secret inavouable. Ou encore Bill Greene, le fils d’un ami de Richard, qui, pour faire des études, se fait passer pour un Blanc alors qu’il est Noir aux yeux de la loi (la fameuse goutte de sang) mais qu’il a la « chance » d’avoir la peau claire – on pense à Coleman Silk, le héros du roman de Philip Roth, « la Tache ». Et bien sûr John Bouvier, le journaliste aux origines québécoises (l’alter ego de l’auteur ?), qui mène l’enquête sur les Loving et Harry Connors.

L’Amour des Loving

« L’Amour des Loving » raconte une époque pas si lointaine, celle de la ségrégation légale. Malgré lui, peut-être, ce livre passionnant trouve un écho dans notre actualité : dans une ville du Sud des Etats-Unis, des Noirs rassemblés dans une église viennent d’être massacrés par un suprémaciste blanc de 21 ans. Partout dans le pays, de jeunes hommes et femmes afro-américains sont encore abattus par la police pour un simple soupçon, un geste, un regard.

En 1958, en Virginie, « les élites locales s’affairaient dans l’espoir, bien illusoire et vain, de ralentir le cours de choses », écrit Gilles Biassette. Cette phrase pourrait décrire les combats conservateurs d’arrière-garde dans des Etats-Unis plus multiculturels que jamais. L’Amérique a changé, mais certains ne veulent toujours pas le voir.

L’Amour des Loving, par Gilles Biassette
Editions Baker Street, 336 p, 20 euros

Marie-Cécile Naves, sociologue, est spécialiste des Etats-Unis, auteur du "Nouveau visage des droites américaines" (FYP Editions).

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Source : http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-l-amour-des-loving-de-gilles-biassette-1435236493

Chronique Livre : L’AMOUR DES LOVING de Gilles Biassette

Publié par Patrick le 25/06/2015

Photo : Martin Luther King lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam 1967 (Wikipédia)
L’extrait

« Une fois James Vincent Pugliese rendu à la liberté vint l’heure de Richard er de Mildred. Une affaire rondement menée : l’avocat expliqua en effet que les jeunes époux reconnaissaient les faits, et donc leur culpabilité. Le juge pouvait dès lors rendre son verdict. Un verdict lourd, pour un crime grave aux yeux de la loi de Virginie, et du juge. Sans trembler, Leon M. Bazile condamna le jeune couple à un an de prison, conformément aux textes en vigueur. Car si la loi interdisait les mariages mixtes dans l’État de Virginie, comme Raymond l’avait appris à Richard, elle punissait également, et avec la même sévérité, les couples ayant quitté les frontières le temps d’une cérémonie. Pour le magistrat dans sa robe noire comme la nuit, cette loi était bonne et juste. Comme à l’accoutumée, Dieu était pris à témoin.
Dieu Tout-Puissant a créé les races blanches, noire, jaune, malaise et rouge, et les a placées sur des continents séparés, lança le juge du haut de sa tribune. Le fait qu’il a séparé les races montre qu’il n’avait pas pour intention qu’elles se mélangent. »

Le pitch

2008, Barack Obama vient juste d’être élu président. Le jeune journaliste de l’Alexandria Chronicle, John Bouvier, doit rencontrer l’ancien homme fort de Virginie Harry Connors. Étoile montante républicaine des années cinquante, il était même question qu’il se présente à la présidentielle. Gouverneur puis sénateur, Connors a pesé de tout son poids pour empêcher la fin de la ségrégation dans le sud même alors que les droits civiques étaient enfin reconnus aux afro-américains.

En fouillant le passé, John Bouvier découvre la triste histoire de Richard et Mildred Loving persécutés pour le seul crime de s’être mariés à Washington en 1958 et les sombres secrets du vieux politicien. Richard est blanc, Mildred est métisse, le délit est constitué même si la démarche est tout à fait légale dans les autres états du pays. De jeunes avocats travaillant pour le mouvement des droits civiques vont tout mettre en œuvre pour casser le jugement mais il faudra compter sur les basses manœuvres du sénateur pour le défendre.

Harry Connors, très âgé, sent qu’il n’en a plus pour longtemps et dévoile peu à peu ses véritables intentions. Son obstination à gâcher la vie des Loving va s’inscrire dans une forme de logique d’une hypocrisie absolue, l’avidité du pouvoir et la justification de l’obscurantisme le plus rance...

L’avis de Quatre Sans Quatre

Seul crime commis : s’être mariés...

Loin de la biographie détaillée et militante, l’astuce de l’auteur tient au fait de raconter petit à petit l’histoire des Loving au travers les mémoires du vieux sénateur et permet de parcourir l’ensemble du contexte politique de la Virginie de l’époque et les forces et contradictions en présence et de nous livrer une vision de l’Amérique aujourd’hui avec la vie de John Bouvier, ses amours recomposés, l’élection de Barack Obama, deux univers intriqués, coexistants dans une même pays.

Pourquoi s’être autant acharné sur ce couple ? Ces deux-là voulaient juste suivre le cours normal de leur vie amoureuse et se marier sans ostentation ni provocation, discrètement. Insupportable pour les tenants de la ségrégation et Connors va tout faire pour leurs mettre des bâtons dans les roues. Les lourds secrets vont peu à peu apparaître, hypocrisie, mauvaise foi, calculs minables, le bien commun a toujours eu le dos large...et les intérêts particuliers bien souvent tenus d’idéologie parée des arours du bien commun.

Le calvaire des Loving est symptomatique d’une tranche peu reluisante de l’histoire des États-Unis. Presque une histoire de fou, incroyable, insensée, même si, malheureusement nous savons que Gilles Biassete l’a tiré de la sordide réalité d’une époque et d’un état qui n’a pas renoncé du tout à la ségrégation raciale alors que la nation en a, légalement du moins, terminé avec cette verrue. Même au soir de son existence, aucun remord ne pèse sur le vieux politicien mais Biassette réussit le tour de force de le rendre diablement humain, fragile, son écriture ne juge pas, elle narre, elle nous emmène dans le fil du temps.

De 1958 à 2008, cinquante ans mais deux réalités pour un même pays...

À l’heure où des courants obscurantistes et des idéologies archaïques et rances traversent notre propre pays, la relecture de cette honte américaine est salutaire pour ceux qui seraient tentés de basculer dans le sordide communautarisme, le racisme, le rejet et la sclérose culturelle et cultuelle. D’autant que ce roman est fort agréablement écrit, il intrique habilement petite et grande histoire, anecdotes réelles et personnages imaginaires. Il peut de plus être lu par un large public et faire découvrir que ces insanités ne datent pas de temps si anciens et qu’il faut prendre garde à un retour toujours possible de la sottise commune servant la soupe à quelques uns.

Notice bio

Gilles Biassette est journaliste et spécialiste de la politique américaine au journal La Croix. Il a déjà couvert trois campagnes présidentielles aux États-Unis 2004, 2008 et 2012. Sa série de reportages, intitulée Les Couleurs de l’Amérique, lui a valu le prix Louis Hachette pour la presse écrite. Il est également co-auteur de Travailler plus pour gagner moins : la menace Wal-Mart (Buchet-Chastel, 2008). Son dernier livre Où va l’Amérique ? De Wall Street à Main Street (Éditions Baker Street) a été nominé pour quatre prix littéraires.

La musique du livre

La période évoquée étant particulièrement riche, il y a tout naturellement pas mal de musiques et de styles apparaissant au fur et à mesure des événements.

Richard et Mildred Loving entendent Twilight Time des Platters en voiture alors qu’ils se rendent à la cérémonie de mariage qui va les conduire à la prison et à l’exil.

Goddam Mississippi de Nina Simone, entendu par John Bouvier alors que Washington fête la victoire de Barack Obama, et plus loin dans le livre, il écoute Paris-Texas de Ry Cooder alors qu’il vient de raccompagner sa compagne Kate.

Mildred, Richard et des amis sont présents à la grande manifestation de 1963 à Washington pour les droits civiques et le discours de Martin Luther King, Mahalia Jackson y chante How I Got Over.

Videos ici

L’AMOUR DES LOVING – Gilles Biassette – Éditions Baker Street – 327 p. mai 2015

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Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loving_v._Virginia

Loving v. Virginia

Loving v. Virginia (« Loving contre l’État de Virginie ») est un arrêt de la Cour suprême des États-Unis (arrêt 388 U.S. 1), rendu le 12 juin 1967. Cassant une décision de la Cour suprême de Virginie, il déclare, à l’unanimité des neuf juges, anticonstitutionnelle la loi de cet État qui interdisait les mariages entre personnes de race noire et blanche. Plus largement, il invalide toute loi qui apporterait des restrictions au droit au mariage en se fondant sur la race des époux. De telles lois existaient alors dans seize États des États-Unis. Le nom des plaignants, les Loving, donne en anglais un double sens touchant à l’intitulé de cet arrêt : Loving v. Virginia peut en effet être traduit littéralement par « L’amour contre l’État de Virginie ».

Faits

Les plaignants, Mildred Jeter, une femme noire et Richard Perry Loving, un homme blanc, étaient résidents en Virginie. Ils s’étaient mariés en juin 1958 dans le District de Columbia voisin, ayant quitté la Virginie pour échapper à une loi de cet État interdisant les mariages « inter-raciaux », dans la lignée du Racial Integrity Act de 1924. À leur retour en Virginie, ils furent arrêtés chez eux au milieu de la nuit par le shérif du comté agissant sur une dénonciation anonyme. Ils furent accusés de violation de l’interdiction, plaidèrent coupable, et furent condamnés à un an de prison, avec suspension de la sentence pour vingt-cinq ans à condition qu’ils quittent l’État de Virginie. Le juge, Leon Bazile, faisant écho à l’interprétation du XVIIIe siècle par Johann Friedrich Blumenbach du terme « race », proclama : « Dieu Tout-puissant créa les races blanche, noire, jaune, malaise et rouge, et les plaça sur des continents séparés. Et, sauf l’interférence avec ses dispositions il n’y aurait aucune cause pour de tels mariages. Le fait qu’il sépara les races montre qu’il n’avait pas pour intention qu’elles se mélangent. »

Les Lovings déménagèrent pour le District de Columbia, et en 1963, entamèrent une série de procès pour faire casser leur condamnation en s’appuyant sur le quatorzième amendement de la constitution des États-Unis ; l’affaire remonta jusqu’à la Cour suprême fédérale.

Décision

La Cour suprême cassa le verdict dans une décision unanime des neuf juges, rejetant l’argument du Commonwealth de Virginie selon lequel une loi interdisant aussi bien aux Noirs qu’aux Blancs d’épouser une personne d’une autre « race », et prévoyant des peines identiques pour des contrevenants noirs comme blancs, ne pouvait être considérée discriminatoire. Dans sa décision la cour écrivit : « Le Mariage est un des "droits civiques fondamentaux de l’homme", fondamentaux pour notre existence. Pour nier cette liberté fondamentale sur une base aussi intenable que les classifications raciales incorporées dans ces lois, des classifications si directement subversives au principe d’égalité au cœur du quatorzième amendement, privent assurément tous les citoyens de l’État d’une liberté sans procédure légale régulière (due process of law). Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État. »

Malgré cette décision, de tels textes restèrent en vigueur – bien qu’inappliqués – dans plusieurs États jusqu’en 2000, quand l’Alabama fut le dernier État à abroger toute loi contre les mariages mixtes.

Suite

Richard et Mildred Loving retournèrent en Virginie après la décision de la Cour suprême. Ils eurent 3 enfants. Richard Loving fut tué en 1975, à l’âge de 42 ans, dans un accident de voiture provoqué par une personne ivre, sa femme étant grièvement blessée.

Le 12 juin 2007, pour les quarante ans de l’arrêt de la Cour suprême, elle publia une déclaration publique dans laquelle elle proclamait :

« Entourée comme je le suis par de merveilleux enfants et petits-enfants, pas un jour ne passe sans que je pense à Richard et à notre amour, notre droit de nous marier, et combien cela signifiait pour moi d’avoir la liberté d’épouser la personne précieuse pour moi, même si d’autres pensaient qu’il était le "mauvais genre de personne" pour m’épouser. Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. »

« Je ne suis toujours pas versée dans la politique, mais je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Mildred Loving est morte d’une pneumonie en mai 2008 à l’âge de 69 ans.

Dans la culture populaire

Cinéma

L’histoire des Loving a fait l’objet en 1996 d’un téléfilm intitulé Mr. & Mrs. Loving, réalisé et scénarisé par Richard Friedenberg avec Lela Rochon, Timothy Hutton et Ruby Dee. Elle est à nouveau portée à l’écran en 2016 par Jeff Nichols dans un film intitulé Loving, avec Joel Edgerton et Ruth Negga dans les rôles du couple Loving1.

Littérature

En 2015, le journaliste français et spécialiste de la politique américaine, Gilles Biassette, publie un roman, L’amour des Loving (Éditions Baker Street, Paris), inspiré de l’histoire des Loving et comprenant des éléments de fiction. Pour écrire ce livre, l’auteur a bénéficié d’une mission Stendhal de l’Institut français, et fait des recherches sur place, notamment en Virginie et à Washington.
Notes et références

↑ Aurélien Ferenczi, « Berlinale : “Midnight special”, le nouveau Jeff Nichols qui en déroute plus d’un » [archive], sur telerama.fr,‎ 12 février 2016 (consulté le 6 juin 2016).

Liens internes

Ségrégation raciale aux États-Unis
Mouvement des droits civiques aux États-Unis depuis 1954

Liens externes

(en) Loving et ux. v. Virginia [archive], Université du Missouri-Kansas City, School of Law
(en) Resources at Oyez [archive] including complete audio of the oral arguments.
(en) Loving Day June 12 commemorating legalization of interracial couples [archive]
(en) Mr. & Mrs. Loving [archive] sur l’Internet Movie Database