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France : Laïcité et ’spiritualité’ à l’école ?

"L’école contre la barbarie". Book announcement

mardi 28 février 2017, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/l-ecole-contre-la-barbarie-un-vibrant-plaidoyer-pour-inventer-enfin-le-systeme-educatif-de

"L’école contre la barbarie" : un vibrant plaidoyer pour inventer enfin le système éducatif de demain

Par Alain Bentolila

Publié le 18/02/2017 à 15:00

Avec "l’Ecole contre la barbarie", le linguiste Alain Bentolila publie un vibrant plaidoyer pour rebâtir l’école de la République. Laïcité, formation des maîtres, filières technologiques... Il est urgent d’inventer un nouveau système éducatif. Extraits.

C’est le livre que tous les candidats à la présidentielle doivent lire urgemment. Mais aussi tous les professeurs, les parents, tous les citoyens au fond. Parce qu’Alain Bentolila, linguiste et professeur à l’université Paris-Descartes, sans aucune approche politicienne, propose de mettre enfin l’école et donc l’avenir de nos enfants au cœur de nos préoccupations. Parce que l’école est le meilleur outil, le meilleur moyen de lutter contre la barbarie, de faire obstacle aux menaces qui nous accablent. Dans son ouvrage, "l’Ecole contre la barbarie", Bentolila formule 12 propositions singulières susceptibles de rénover fondamentalement l’école et d’en faire aussi un « lieu de tolérance, de diversité culturelle, de résistance et d’humanisme. Et, écrit-il, où parents et professeurs travailleront main dans la main pour former les jeunes esprits ».

Eric Decouty

EXTRAITS

L’école doit réconcilier laïcité et spiritualité

La laïcité commença le jour où les hommes décidèrent collectivement d’imposer leur pensée au monde ; le jour où, ne se contentant plus de contempler passivement l’œuvre de Dieu, ils se donnèrent l’ambition d’interpréter, de transformer le monde et surtout de lui donner un sens social et spirituel par la force partagée du verbe. Oui ! Je dis bien que l’école laïque devra donner au monde qu’elle fait découvrir un sens « spirituel ». La laïcité n’excluant en rien la spiritualité ; bien au contraire ! Elle engage maîtres et élèves à regarder vers le haut même s’il n’y a personne. Et c’est bien au nom de cette « élévation laïque » qu’ils tenteront de défaire, jour après jour, dans chaque classe, l’entremêlement mystérieux des principes qui font le fonctionnement et la cohérence du monde. C’est aussi en son nom que, chaque matin, les maîtres et les maîtresses de toutes les écoles de France, publiques ou bien privées, pousseront la porte de leur classe et feront le pari qu’ils laisseront chacun dans l’intelligence de leurs élèves une trace singulière que chacun d’eux interprétera de façon tout aussi singulière. Ayant laissé au seuil de la salle leurs soucis personnels, leurs espoirs déçus, leurs frustrations accumulées, ils feront ainsi chaque matin à leurs élèves cette promesse : « Vous ne sortirez pas de ma classe dans le même état intellectuel qui vous a vus y entrer ; vous serez plus forts dans vos têtes, plus exigeants, plus lucides ! »
(...)
Une école qui prendra soin des petits enfants

L’insécurité linguistique s’installe très tôt ; elle pervertit l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et fait entrer très tôt certains jeunes enfants dans le long couloir de l’illettrisme. Ne l’oublions pas ! C’est la qualité de l’accompagnement familial puis scolaire qui conditionne le bon développement d’un enfant. On ne s’en exonère pas en le collant devant une émission de télévision, fût-elle éducative, ou en lui faisant faire des collages. Un des droits fondamentaux du petit enfant est qu’on porte une attention constante à ce qu’il dit. Il a besoin qu’on lui donne régulièrement des mots nouveaux ; il veut voir dans les yeux de l’adulte que l’on accueille avec vigilance ses tentatives parfois maladroites mais toujours signifiantes. Il demande que l’on s’engage à ses côtés, avec autant de bienveillance et d’exigence que de constance... C’est de cette présence attentive, de cette écoute affectueuse et lucide, de cette parole ferme et bienveillante dont sont privés bon nombre d’enfants, quelle que soit leur appartenance sociale. Spoliés de cette médiation, certains élèves, si l’école ne les prend pas chacun en charge, risquent ainsi de s’engager dès 3 ans dans un long couloir qui les conduira à la vulnérabilité intellectuelle et à la violence.

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Source : http://www.vousnousils.fr/2017/02/27/alain-bentolila-lecole-devrait-faire-de-la-mixite-spirituelle-600261

Alain Bentolila : l’école devrait faire de la « mixité spirituelle »

27 février 2017

Le linguiste Alain Bentolila vient de publier "L’école contre la barbarie". Pour lutter contre l’intégrisme religieux, il prône des cours de spiritualité à l’école, ainsi qu’une maîtrise absolue de la langue française.

L’école contre la barbarie – Alain Bentolila

Le linguiste Alain Bentolila, professeur à l’université Paris-Descartes, vient de publier « l’Ecole contre la barbarie ». Dans un entretien au Parisien publié à l’occasion de la sortie de son livre, il explique que pour lutter la radicalisation religieuse, « il faut introduire l’idée de Dieu à l’école« .

Il ne préconise pas des cours de religion, mais dès l’école, des cours d’étude « des grands mythes fondateurs ou sacrés », tels que « la tour de Babel et le jardin d’Eden, l’Odyssée, Hercule, ou Prométhée ». L’école ferait ainsi de la « mixité spirituelle ».

Pour le linguiste, l’école doit être « celle qui apprend la compréhension des textes, face à ceux qui jouent sur l’incompréhension pour diviser, enfermer dans l’incantation, voire la haine ».

Il faudrait s’appuyer sur un corpus de textes, et présenter les grands mythes fondateurs comme des « histoires, qui parlent à tous ». Et non pas s’appuyer sur des ressources documentaires, comme c’est le cas dans les programmes actuels de cycle 3 (classe de sixième).

Lutte contre « l’insécurité linguistique »

Alain Bentolila prône également la lutte contre « l’insécurité linguistique » : dans un entretien à Marianne, au sujet de son livre, il explique qu’il faut prêter attention à l’enfant, dès la maternelle, et lui « donner régulièrement des mots nouveaux. » Sans cette attention, sans « cette parole ferme et bienveillante » de l’enseignant, l’enfant « risque de s’engager dès 3 ans dans un long couloir qui le conduira à la vulnérabilité intellectuelle et à la violence. » Il déclarait déjà dans un entretien à Marianne en mai 2015 qu’un « enfant qui parle mal le français est vulnérable, [qu]’il manquera de pouvoir et de réfutation. En un mot, il sera vulnérable face à des discours et des textes manipulateurs.

La maîtrise de la langue est essentielle : Alain Bentolila déclarait dans ce même entretien , que le « premier devoir de notre école est de former des résistants intellectuels ; et cette résistance, seule une langue maternelle forte et juste peut la garantir. »

Dans le combat contre la barbarie, le rôle de l’enseignant est donc absolument capital. Alain Bentolila déclarait dans nos colonnes il y a un an que « chaque professeur a vocation à former des résistants intellectuels. C’est-à-dire à former des jeunes qui, confrontés à un monde dangereux et à des informations qui peuvent les inciter à commettre des actes inacceptables, vont savoir dire non. »

Et d’ajouter : « Les enseignants n’ont pas un métier, ils ont une mission. Sans eux, nous sommes morts. »

Sandra Ktourza