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France : Y., 17 ans, jugé pour avoir attaqué un enseignant juif à la machette

mercredi 1er mars 2017, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/france/2017/02/28/y-16-ans-juge-pour-avoir-attaque-un-enseignant-juif-a-la-machette_1551782

Y., 17 ans, jugé pour avoir attaqué un enseignant juif à la machette

Par Pierre Alonso — 28 février 2017 à 20:36

Illustration Emilie Coquard

En janvier 2016, un lycéen kurde radicalisé passait à l’acte à Marseille. Il est jugé à partir de ce mercredi à Paris.

Y., 17 ans, jugé pour avoir attaqué un enseignant juif à la machette

Il a eu 16 ans en prison, en a tout juste 17 aujourd’hui. Depuis janvier 2016, Y. est en détention provisoire pour des faits particulièrement graves que le code pénal définit comme « une tentative d’assassinat en raison de l’appartenance de la victime à une religion déterminée » en relation avec une entreprise terroriste. Au nom de l’Etat islamique (EI), Y. a tenté d’assassiner un homme parce qu’il était juif. Le tribunal pour enfants de Paris le jugera à huis clos ces mercredi et jeudi. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Le 11 janvier, à Marseille, Benjamin Amselem marche dans la rue. Kippa sur la tête, Thora à la main, cet enseignant en culture hébraïque se rend au travail. Il est près de 9 heures quand Y. se jette sur lui et lui assène plusieurs coups de machette dans le dos. Amselem se retourne, se protège avec la Thora et parvient brièvement à se dégager. Ses cris alertent le voisinage et mettent en fuite Y., qui abandonne son sac d’école et sa machette dans sa course. Une patrouille de police l’interpelle rapidement dans la rue. L’adolescent revendique tout de suite son geste : il a agi « au nom d’Allah et de l’EI », il a agressé la victime « car elle était juive » et prévient qu’« il s’équipera d’une arme à feu pour tuer des policiers lorsqu’il sera libre », indique l’ordonnance de renvoi signée par les juges, que Libération a consultée.

Bascule

Y. présente tous les signes d’une forte radicalité mâtinée de délires. Pendant sa garde à vue, il ne regrette rien sinon de ne pas avoir mené à son terme son raid macabre « faute de savoir se servir d’une machette ». Il invoque le sort de « ses frères en Palestine », cite Ben Laden, Al-Awlaki (un ancien responsable d’Al-Qaida au Yémen, tué par les Etats-Unis en 2011) et Al-Baghdadi (le dirigeant de l’EI) comme les savants auxquels il se réfère. La première expertise psychiatrique conclut à « une adhésion totale et sans réserve au discours et aux préceptes de l’EI ». Y. « semblait se dissoudre dans ce système clos et totalitaire », relève le médecin psychiatre.

De l’organisation terroriste, il ne connaît que des pages Facebook et des vidéos de propagande, mais aucun membre ou sympathisant. Chose rare dans ce genre d’affaires : le délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ne sera pas retenu par les magistrats à l’issue de leur instruction d’un an. Y. est passé à l’acte comme il a basculé dans l’islam radical, tout seul.

Sa bascule démarre à l’été 2014. Y. vit alors en France depuis trois ans. Né en Turquie dans une famille kurde, il arrive en 2011 en France, où son père était réfugié en raison de son engagement pro-kurde. Des élèves de son lycée, où il étudiait avec succès en seconde professionnelle électro-technique, ont raconté aux enquêteurs les quelques signes du changement soudain de leur camarade. L’un se souvient d’un SMS l’intimant de faire sa prière alors qu’il interrogeait Y. sur ses devoirs. Un autre rapporte ses propos : « S’il y avait la guerre en France, Daech gagnerait. » Plus inquiétant, Y. aurait dit à un de ses copains qu’il souhaitait partir se battre en Syrie et approuvait les attentats de Charlie Hebdo.

Quelques mois avant son passage à l’acte, son père, qui se décrit comme musulman non pratiquant, l’avait « corrigé » après l’avoir surpris en train de regarder de la propagande sur Internet. Puis avait cassé son ordinateur quand l’épisode s’était reproduit. Son interpellation ne met pas immédiatement un terme à ses convictions radicales. Son avocat, Merabi Murgulia, se souvient d’un premier interrogatoire chaotique devant la juge, à qui Y. refusait de parler sous prétexte qu’elle était une femme. Puis de son flot de remords qui sonnait tellement faux que l’avocat a demandé une interruption. Y. a fait du chemin depuis, assure Me Murgulia : « La taule l’a réveillé. Il a cogité sur son geste. »

« Robot »

Une deuxième expertise psychiatrique, en septembre, souligne effectivement « l’évolution du mineur qui semble s’être distancé du système de pensée totalitaire dans lequel il se trouvait ». Dans ces derniers interrogatoires devant le juge, Y. semble confirmer sa rédemption : « C’est comme si j’étais un robot […] c’est comme si j’avais un CD dans mon cerveau et que c’est ce CD qui parlait », dit-il à propos de son acte. Benjamin Amselem, blessé légèrement, reste fortement traumatisé. Entendu pendant l’instruction, il a raconté comment il vivait désormais dans la peur et « déplorait que le mis en examen n’ait formulé aucun message de regret à son intention ». Y. en aura l’occasion ces mercredi et jeudi.

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[Mise à jour le 1er mars : Y. est aujourd’hui âgé de 17 ans, et non 16 comme nous l’avons écrit par erreur]