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L’Etat islamique menace directement la Chine

vendredi 3 mars 2017, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/planete/2017/03/02/l-etat-islamique-menace-directement-la-chine_1552748

Par Stéphanie Gérard

2 mars 2017 à 18:33

Photo : Un militaire chinois lors d’une grande démonstration de force antiterroriste à Hetian, dans le Xinjiang, le 27 février. Photo AFP

Dans une vidéo diffusée depuis l’Irak, l’organisation cherche à recruter des combattants parmi les vingt millions de musulmans chinois.

L’Etat islamique menace directement la Chine

Pour la première fois, une vidéo de l’Etat islamique a été diffusée lundi en ouïghour, cette langue proche du turc parlée dans l’ouest de la Chine et qui s’écrit en caractères arabes. On y voit des combattants, originaires de la province du Xinjiang dans laquelle les Ouïghours musulmans sont majoritaires, faire la propagande de leur combat en Irak, avant d’égorger un homme non identifié présenté comme un informateur. Les protagonistes menacent également les juifs et les chrétiens, mais surtout, durant une trentaine de secondes, ils s’adressent directement à Pékin, promettant de « verser des rivières de sang » en Chine. Si par le passé, l’Etat islamique a déjà critiqué la répression des Ouïghours, jamais la menace n’avait été aussi explicite envers la Chine. Une première qui s’intègre dans une stratégie d’expansion du groupe jihadiste sur le continent.

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« Sur le plan démographique, l’islam est aujourd’hui majoritairement asiatique. Les Arabes ne représentent que 8% de la population musulmane dans le monde, affirme Kader Abderrahim, spécialiste de l’islam à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Le Pakistan, l’Inde, l’Indonésie ou le Xinjiang représentent des réservoirs considérables pour l’EI. » Mardi, un otage allemand a été décapité aux Philippines par le groupe islamiste Abou Sayyaf, qui a prêté allégeance à l’Etat islamique. Le groupuscule, qui s’attaque en priorité aux chrétiens philippins, détiendrait encore 19 otages occidentaux. L’Indonésie, premier pays musulman au monde, a déjà été frappée, et l’organisation mutiplie les attaques au Pakistan. « La menace de Daech est désormais une réalité et Pékin va devoir en tenir compte », affirme Kader Aberrahim.

Vingt millions de musulmans chinois

Pour le chercheur Romain Caillet, « même s’il y a des menaces envers la Chine, ce n’est pas l’élément central de la vidéo ». Ce connaisseur des arcanes jihadistes assure que quand l’EI entend menacer un pays, il le fait de manière bien plus explicite : « Si l’EI voulait montrer qu’il est contre la Chine, il appellerait à faire des attentats, il ferait plusieurs vidéos centrées uniquement sur le pays », alors que dans celle-ci seules quelques minutes sont consacrées à Pékin.

Ce n’est pas la première fois que la répression que subissent les Ouïghours de la part du pouvoir central chinois sert la propagande des groupes terroristes. Dès 2014, le calife autoproclamé de l’EI, Abou Bakr Al-Baghdadi, désignait la Chine comme une cible du jihadisme, et Daech abattait un otage chinois en novembre 2015. Les jihadistes se sont aussi exprimés en mandarin pour tenter d’avoir l’oreille des Huis, autre minorité ethnique musulmane. En Chine, Huis et Ouïghours représentent 20 millions d’habitants – deux fois la population de la Tunisie, à titre de comparaison – un terreau non négligeable pour l’EI. Si l’Etat islamique cherche à attirer des combattants musulmans dans ses rangs, aucune déclaration de guerre contre Pékin n’a été effectuée, à en croire Romain Caillet : « La vidéo reste dans le cadre d’une propagande qui vise à montrer que l’EI a des combattants qui viennent de partout. » D’autant plus que, à cause de la censure qui pèse sur Internet en Chine, la probabilité que cette vidéo soit véritablement visionnée au Xinjiang est infime.

Lutte d’influence entre groupes terroristes

Pour Romain Caillet, « le plus important dans la vidéo reste l’excommunication du Parti islamiste du Turkestan par l’EI ». Le Parti islamiste du Turkestan (PIT) est un groupuscule terroriste installé au Pakistan, pays frontalier de la province chinoise du Xinjiang, dans laquelle il a lancé de nombreuses attaques en réaction à la persécution de la population par Pékin. Ces attaques islamistes ont déjà fait plus d’une centaine de victimes au cours de ces dernières années. Pendant longtemps, le champ d’action du PIT s’est limité au Xinjiang, avant de se développer sur le reste du territoire chinois puis de frapper les intérêts chinois à l’étranger. Historiquement, le PIT, qui veut instaurer un califat en Asie centrale, est lié à Al-Qaeda. « Les Ouïghours sont extrêmement marginaux numériquement et politiquement dans l’Etat islamique, avance Kader Abderrahim, mais la situation pourrait évoluer. » Jusqu’ici, l’Etat islamique n’a jamais revendiqué d’attentat en Chine.