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France : La gauche communautariste contre la gauche laïque universaliste

jeudi 9 mars 2017, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/debattons/editos/mehdi-meklat-divine-comedie

Mehdi Meklat : divine comédie

Publié le 05/03/2017 à 18:22

Caroline Fourest

Voilà des années, avant et après le 7 janvier 2015, que la gauche communautariste combat la gauche laïque universaliste en l’accusant de racisme. Aujourd’hui, tout se voit. Le racisme n’est pas chez les défenseurs de Charlie, mais dans les tweets des anti-Charlie. Une gauche indigéniste et branchée, traquant l’« islamophobie » partout, mais aveugle aux propos violemment sexistes, homophobes et racistes de ses protégés. Elle n’avait pas entendu. Enfin si, elle avait entendu… mais avait pris cela pour de la poésie.

Ayant repéré l’idéologie douteuse de son équipe, je n’ai pas réussi à voir le film Divines. La plupart de mes amis l’ont trouvé beau et vibrant. Son héroïne, lumineuse sur les plateaux, mérite certainement son César du meilleur espoir, malgré ses tweets homophobes et ceux parlant de « Nègres ». Elle est jeune, et grandira peut-être. Il est plus tard pour la réalisatrice, capable de publier une caricature décrivant les terroristes en marionnettes manipulées par l’Amérique et Israël, juste après les attentats du 13 novembre 2015. On imagine qu’un dessin montrant les liens entre le Qatar et le terrorisme aurait davantage choqué le fonds qatari ayant financé Divines…

L’un des parrains du film et de cette petite bande, Mehdi Meklat, est enfin reconnu pour ce qu’il est : l’auteur de tweets immondes contre ces « rabbins de Charlie » et d’autres rêvant d’enculer Charb avec des « couteaux Laguiole ». J’ai bien essayé d’ouvrir l’un de ses deux romans encensés sur le service public. Je suis tombée sur des personnages grossièrement antisémites et homophobes, où même la grammaire féminine est systématiquement associée à « pute » ou « putain ».

Je n’ai pas bien compris ce qui valait de l’inviter à « La grande librairie », mais j’ai bien compris que Mehdi Meklat avait bien raison de jouer à fond la carte « jeune de banlieue ». Histoire de ne pas être lu trop durement par ses pairs.

Aucun jeune écrivain ou journaliste venu de province pour faire ses premiers pas dans les médias parisiens n’a été chouchouté et protégé comme l’ont été Mehdi et Badrou à Radio France. A leur âge, je galérais pour gagner le droit d’écrire dans des journaux étudiants et je rêvais d’entrer à Radio France. Quand j’ai réalisé mon rêve, treize ans et des dizaines de livres plus tard, j’avais pour collègue ce jeune Mehdi, très timide dans les couloirs, et qui m’insultait de façon homophobe dès que ça lui prenait sur Twitter.

Je ne suis pas la seule à avoir subi ses « pulsions ».

Sophia Aram et Léa Salamé, de préférence les journalistes femmes et arabes de la station, subissaient régulièrement ses fantasmes d’enculade ou d’égorgement. Nous en parlions, saisies par tant d’impunité. Nos collègues riaient ou soulevaient les épaules : « Ils sont jeunes. » On croyait les entendre ajouter : « Et de banlieue. » Ça nous paraissait bizarre. Après tout, Sophia (que la fachosphère somme aujourd’hui de condamner les tweets de Meklat !) a grandi à Trappes. Elle n’a jamais rêvé de nous enculer ou de nous égorger pour autant.

L’exotisme a duré, longtemps. Les tweets du « double maléfique » (parfaitement conformes aux engagements de son auteur, par exemple en faveur du Collectif contre l’islamophobie) ont continué bien au-delà de la période « satirique » revendiquée. Tout récemment, le pseudonyme officiel de Mehdi Meklat regrettait qu’Alain Finkielkraut n’ait pas été tabassé à Nuit debout : « Fallait lui casser les jambes, à ce fils de pute. »

Cela n’a pas empêché des collègues de France Culture de faire la promotion du jeune prodige et de sa revue, Télé-ramadan. Censée dénoncer l’affreux traitement médiatique subi par l’islam, elle donnait la parole au rappeur islamiste Médine, auteur d’un clip - Don’t laïk -qui rêve de crucifier les laïques « comme à Golgotha ».

Pas idéal pour redorer l’image de l’islam.

Ses collègues de Radio France ont évacué en une phrase ces tweets incitant à la haine et à casser la gueule à l’un de leurs confrères. Les mêmes trouvent bien sûr que Charlie et ceux qui défendent un peu trop la laïcité - qu’ils s’appellent Caroline, Sophia ou Mohamed - sont extrêmement « clivants »…

Parce que nous sommes insultés à longueur de journée par des Mehdi Meklat et d’autres plus anonymes. Des enfants pourris gâtés, odieux et narcissiques, que la gauche communautariste ne se contente plus d’encourager à agir en victimes, mais aussi en tyrans.