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Afrique du Sud : Ahmed Kathrada, héros de la lutte contre l’apartheid, est mort

mardi 28 mars 2017, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2017/03/28/01003-20170328ARTFIG00207-ahmed-kathrada-heros-de-la-lutte-contre-l-apartheid-est-mort.php

Par Tanguy Berthemet

Publié le 28/03/2017 à16:19

Photo : Ahmed Kathrada et Nelson Mandela, le 2 mars 1999 au Parlement sud-africain, au cap.

L’une des figures de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, compagnon de lutte de Nelson Mandela, est décédée mardi à87 ans.

Il est parti comme il avait vécu, dans une digne discrétion. Ahmed Kathrada, vétéran de la lutte contre l’apartheid et compagnon de route de Nelson Mandela, est mort, mardi à87 ans. Cette disparition, qui tourne un peu plus les pages de l’histoire de l’Afrique du Sud, a suscité un flot d’hommages pour un homme qui semble ne s’être jamais trompé de combat.

« C’était un révolutionnaire déterminé qui a voué sa vie entière au combat pour la liberté dans notre pays », a réagi un camarade d’armes, Derek Hanekom. L’ex-archevêque du Cap, Desmond Tutu, l’un des dernières figures de cette période historique, a salué la mémoire « d’un homme d’une gentillesse, d’une modestie et d’une ténacité remarquables ». « Il a un jour écrit au président Mandela pour lui dire qu’il ne se considérait pas assez important pour mériter un honneur important ». Effectivement, Ahmed Kathrada n’a jamais fait une carrière politique comme la plupart de ses amis, comme si l’effondrement du régime raciste avait été le seul but de sa vie. « Oncle Khaty » n’aura été que député de l’ANC, pour un unique mandat, en même temps qu’un conseiller, de l’ombre, de Nelson Mandela.

Emprisonné pendant 26 ans

Son passé aurait pourtant ouvert toutes les portes àce fils de migrants indiens, né en 1929 dans le Transvaal. Il ne devra pas attendre pour se confronter àl’autoritarisme inique de l’apartheid : Indien, il ne peut ni fréquenter les écoles pour « Européens » ni celles pour « Africains », ce qui le conduit àpartir àJohannesburg pour étudier. Dès 12 ans, il se politise, rejoint le mouvement de lutte indien ainsi que la Ligue de la jeunesse communiste, un ancrage très àgauche qu’il ne reniera jamais. À 17 ans, son militantisme se renforce. Il le mène vers les pays de l’est de l’Europe et vers de premiers séjours en prison.

Au milieu des années 50, le rapprochement entre les mouvements indiens et l’ANC le conduit àfréquenter Nelson Mandela et Walter Sisulu. Ensemble, ils plongeront dans la clandestinité avant d’être arrêtés ensemble, en juillet 1963, àRivonia dans le QG de la branche militaire de l’ANC. Un an plus tard, ils seront tous condamnés àla perpétuité. Ahmed Kathrada passera vingt-six ans en prison, pour l’essentiel àRobben Island. « Il a été ma force en prison, mon guide dans la vie politique et le pilier de ma force dans les moments difficiles de ma vie », a déclaré un de ces codétenus àRobben Island, Laloo Isu Chiba.

Il critiquait Zuma

La détention n’a en rien amoindri les convictions d’Ahmed Kathrada. A la fin des années 80, et plus encore après sa libération en 1989, il participe activement aux négociations entre l’ANC et le régime blanc qui aboutissent àla chute de l’apartheid puis, en 1994, aux premières élections libres du pays. Il accompagne durant cinq ans les premiers pas de la nouvelle Afrique du Sud, avant de se retirer de la vie publique en 1999.

Il ne fera qu’une entorse àcette réserve politique, en 2016, pour, dans une lettre ouverte remarquablement ciselée, regretter les dérives de l’ANC et du président Jacob Zuma englué dans des affaires de corruption. « Cher camarade président, ne pensez-vous que rester président ne va que contribuer àaggraver la crise de confiance dans le gouvernement du pays ? », écrivait-il. Ces mots, que beaucoup partagent au sein de l’ANC, n’ont fait qu’augmenter l’aura d’un homme qui passait déjàpour la force morale du pays.