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France : L’impact des catholiques conservateurs sur la recherche

vendredi 31 mars 2017, par siawi3

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/bioethique-qu-est-ce-que-la-fondation-lejeune-qui-agace-les-chercheurs_1894166.html

Bioéthique : qu’est-ce que la fondation Lejeune, qui agace les chercheurs ?

Par Victor Garcia,

publié le 30/03/2017 à 18:45 , mis à jour à 19:34

Photo : Jean-Marie Le Méné (D), président de la fondation Jérome Lejeune, et consultant français pour l’Académie pontificale pour la vie, ici le 18 novembre 200.
ERIC ESTRADE / AFP

Cette fondation reconnue d’utilité publique multiplie les actions en justice contre les recherches sur les embryons, provoquant la colère de 146 scientifiques, qui ont publié une tribune dans Le Monde. En creux, l’affrontement de deux visions de la société, progressiste et conservatrice, sur fond de valeurs catholiques.

Sur le papier, la fondation Jérôme Lejeune défend une noble cause. Elle "poursuit l’oeuvre du Professeur Jérôme Lejeune", généticien de renom, en cherchant des traitements pour les maladies avec déficience intellectuelle et génétiques, notamment la trisomie 21, et en soignant les patients. Raison pour laquelle elle a été reconnue d’utilité publique, dès sa création en 1996, ce qui lui permet de collecter des dons et des legs défiscalisés destinés à remplir une mission d’intérêt général.

Et dans ce domaine, elle se vante de "défendre les plus fragiles, notamment via 8 500 consultations de patients handicapés mentaux par an" et d’être "quasiment le seul ’mécène’ des recherches sur les pistes thérapeutiques concernant la trisomie 21 en Europe", selon son président Jean-Marie Le Méné, interrogé par L’Express.
"Guérilla juridique sur la forme"

Alors pourquoi 146 médecins et chercheurs dénoncent les prises de position de "la Fondation Jérôme-Lejeune" dans une tribune publiée dans Le Monde ce jeudi 30 mars ? Parce qu’elle a lancé une quarantaine de procédures judiciaires pour bloquer ou annuler "des autorisations de recherche sur l’embryon et les cellules-souches embryonnaires (...) qui présentent pourtant un intérêt scientifique et médical indéniable pour la société", dénoncent les scientifiques.

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"La fondation Lejeune cherche à bloquer la recherche en menant une guérilla juridique sur la forme, et non sur le fond", explique l’un des chercheurs dans le quotidien, ce qui retarde de plusieurs mois de nombreux projets. Il faut donc que les pouvoirs publics "reconsidèrent la reconnaissance d’utilité publique attribuée à cette fondation lors de sa création en 1996", plaident les signataires.

Argument massue des scientifiques : leurs recherches portent sur des embryons conçus dans le cadre de fécondations in vitro et qui ne font plus l’objet d’un projet parental. Comprendre, des embryons qui doivent de toute manière être détruits, mais qui ont été donnés par les parents aux scientifiques.
Rien qu’un débat idéologique progressistes-conservateurs ?

"On nous fait un mauvais procès, balaye Jean-Marie Le Méné. Tout ceci est un débat démocratique, qui se déroule à armes égales et jamais aucun tribunal de la République n’a rejeté la recevabilité de nos recours". Et s’il reconnaît que ces passes d’armes juridiques sont "bien-sûr un combat idéologique, avec d’un côté des progressistes et de l’autre des conservateurs, chacun opposant leurs visions de la société", il rappelle que ces actions "sont tout à fait conformes à nos statuts", dont la troisième mission de la fondation -en plus de mener des recherches et de soigner-, est de "défendre la vie".

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Une expression plus large, plus floue diront ses détracteurs, qui consiste aussi bien à organiser le Téléthon qu’à s’opposer farouchement à l’avortement, notamment en diffusant des manuels expliquant qu’un enfant né d’un viol est "innocent" et qu’il ne mérite pas "la peine de mort", à l’euthanasie ou encore la gestation pour autrui (GPA).

Si les termes "catholiques conservateurs" et "affrontement idéologique sur fond de religion" ne sont pas employés dans la tribune des scientifiques, ils sont très clairement sous-entendus. Jérôme Lejeune était un catholique fervent, ami du Pape Jean-Paul II et publiquement opposé à l’avortement. Or la fondation Lejeune est "chargée de poursuivre l’oeuvre scientifique et morale de Jérôme Lejeune et de reprendre ses combats", rappelle Jean-Marie Le Méné. Même s’il préfère se qualifier "d’adversaire résolu de l’instrumentalisation de l’être humain" plutôt que d’anti-IVG.

Oui, Jérôme Lejeune était croyant, "mais il agissait uniquement de manière scientifique, assure-t-il. On peut très bien séparer les deux".
Amitiés avec la Manif pour tous

Jean-Marie Le Méné réfute aussi tout lien avec la Manif pour tous, "si ce n’est des liens d’amitié". "Notre fondation est absolument laïque, elle ne dépend d’aucune autorité religieuse", martèle-t-il. Et Ludivine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, qui a travaillé un temps pour eux ? "Elle n’y travaille plus, et n’était pas encore présidente de ce mouvement à cette époque". Les manuels anti-avortement ? "Ils ont été élaboré avec des scientifiques, des philosophes et médecins et il n’y a rien de scientifiquement faux. Ils datent de 2006 et ont été fait à une époque où l’un des sujets du bac proposait deux textes favorables à l’avortement, ce qui nous avait ému".

Quant à l’argument massue des scientifiques concernant les embryons, Jean-Marie Le Méné le "comprend très bien", mais le balaye tout de même. "Ce n’est pas ça que l’on juge, mais la légalité ou non des recherches. Nous nous basons sur la loi". En attendant, la fondation n’a réussi à arrêter qu’un seul projet de recherche, en décembre 2014, pour une simple erreur dans la rédaction de l’autorisation de recherche. "On utilise les voies de droits à notre disposition", commente le président de la fondation, conscient de devoir cette victoire à un "vice de forme".

Pas si loin de la fameuse guérilla sur la forme dénoncée par les chercheurs, finalement. "Quand ce n’est pas attaquable, nous ne faisons pas de recours, nous ne sommes pas des machines à recours, se défend Jean-Marie Le Méné. Mais ces lois [sur la bioéthique] nous intéressent, et intéressent aussi nos donateurs".

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Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/03/30/nous-medecins-et-chercheurs-mettons-en-garde-contre-la-fondation-jerome-lejeune_5102969_3232.html#3bzq4C3krIr3YboG.99

« Nous, médecins et chercheurs, mettons en garde contre la Fondation Jérôme-Lejeune »

Dans une tribune au « Monde », 146 scientifiques dénoncent les prises de position de cette fondation, reconnue d’utilité publique, contre les recherches sur l’embryon et contre l’avortement.

LE MONDE | 30.03.2017 à 06h35 • Mis à jour le 31.03.2017 à 08h10

Par Collectif

Dans un texte publié par Le Monde, 146 médecins et chercheurs dans le domaine des sciences de la vie (dont une trentaine d’académiciens et de professeurs au Collège de France, et plusieurs présidents de sociétés savantes) mettent en cause l’action de la Fondation Jérôme-Lejeune, en particulier les procédures judiciaires lancées contre des autorisations de recherche sur l’embryon. Ils demandent aux pouvoirs publics de « reconsidérer » la reconnaissance d’utilité publique attribuée à cette fondation lors de sa création en 1996. La Fondation Jérôme-Lejeune est connue pour son action au service des trisomiques et pour ses positions défavorables à toute intervention sur le vivant.

TRIBUNE. La Fondation Jérôme-Lejeune, reconnue d’utilité publique depuis 1996, agit pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles d’origine génétique. Se déclarant au service des malades et de leurs familles, elle poursuit trois objectifs : « chercher, soigner, défendre ». Elle dispose de moyens importants, finance des recherches expérimentales et cliniques et a créé un centre de consultations médicales prenant en charge de nombreux patients, notamment ceux porteurs de trisomie 21.

Depuis quelques années, cependant, la Fondation Jérôme-Lejeune cherche à bloquer les recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires en multipliant les procédures pour faire annuler, par voie judiciaire, les autorisations de recherche que l’Agence de la biomédecine délivre en accord avec la législation française, alors même que ces recherches présentent un intérêt scientifique et médical indéniable pour la société. On peut se demander en quoi ce type d’action contribue à l’engagement pris par cette fondation de contribuer à « la restauration et au bien-être de la personne touchée dans son intelligence ».

En outre, ses interventions ne concernent pas seulement les domaines médicaux ou scientifiques,...

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