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France : Culture - Pour qu’un homme assassiné pour sa liberté d’expression ne meure pas une deuxième fois

mercredi 26 avril 2017, par siawi3

Source : http://www.ufal.org/laicite/pour-quun-homme-assassine-pour-sa-liberte-dexpression-ne-meure-pas-une-deuxieme-fois/?utm_source=mailup&utm_medium=courriel&utm_campaign=flash

Pour qu’un homme assassiné pour sa liberté d’expression ne meure pas une deuxième fois

Par Vincent Ramecourt

le 25 avril 2017

Nous connaissions les atermoiements de certaines associations humanistes sur la laïcité sitôt qu’elle est susceptible d’heurter des « minorités », sitôt qu’elle n’est pas communautaire… Récemment, les sections lilloises de la LDH et du MRAP ont retiré leur soutien à la pièce de Gérald Dumont mettant en scène le texte de Charb : « lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes ». Pourquoi la soutenir pour mieux, par suite, se désister ? Parce que la vision de Charb sur la laïcité pouvait choquer ?

À l’UFAL, il nous a plutôt paru essentiel qu’un homme assassiné pour sa liberté d’expression ne meure pas une deuxième fois. Il fallait donc que la pièce soit jouée et que la liberté d’expression passe, coûte que coûte. Sans quoi, quel sens auraient ces forêts de crayons pointés vers le ciel ce 15 janvier, place de la République et partout ailleurs ? D’un élan aussitôt essoufflé ? De belles manifestations non suivies dans les faits ? Un simple crayon pointé vers le ciel, symbole de notre détermination incassable à être libres, multiplié à l’infini par cette marée humaine, symbole décisif de notre invulnérabilité : il faudra nous tuer tous. Condition irréalisable donc annonciatrice de la défaite des barbares. Les assassins de Charlie et des autres malheureux ont perdu avant même d’avoir livré bataille. Et s’ils parviennent à nous peiner grandement et à nous faire pleurer les disparus, encore dernièrement sur les Champs-Elysées, ils ne peuvent pas nous vaincre. Au final, les crayons seront toujours infiniment plus forts que le bruit métallique des culasses de kalaschnikov.

À l’UFAL et ailleurs, fédérés dans le domaine associatif ou non, nous sommes tous contre le racisme et l’antisémitisme. Ces injustices n’appartiennent à personne, en particulier parce qu’elles sont l’affaire de tous, impliqués ou pas dans les luttes contre les discriminations, quelles qu’elles soient. Mais les récentes prises de position de la LDH et du MRAP nous confortent dans notre prudence à nous engager à leur côté dans la lutte, en dépit de notre combat pour les mêmes causes. Et bien qu’elles nous soient communes, bien qu’elles nous rassemblent, une divergence existe à l’origine même de ce qui n’est pas négociable. En effet, une association humaniste peut-elle refuser de promouvoir la liberté ? Comment pratiquer un engagement à géométrie variable sans, quelque part, y renoncer ? Une association politique réglée sur les communautés qui la composent est fatalement amenée un jour au sacrifice de quelque chose qui la dépasse. Ici, pour ne pas heurter l’une ou l’autre communauté, on sacrifie la liberté d’expression. Comment éviter ce piège ? Il suffit simplement d’être laïque. De ne pas reconnaître les communautés et de ne s’attacher qu’à ce qui unit les individus, tous égaux en droit ; la liberté de conscience et les Droits de l’Homme. Cela amène à bâtir l’association politique en dehors de toute particularité, de toute transcendance, tout en les permettant toutes, même celles qui n’existent pas encore. Notre régime laïque se crée dans l’immanence de l’esprit humain désormais confronté à lui-même, indépendamment de toute référence à une puissance extérieure qui lui pré existerait. Ici, il n’est pas question de moraliser l’engagement humaniste qui est l’affaire de chacun, mais d’expliquer en quoi il se doit d’être laïque pour être solide. Il suffit de prendre exemple sur notre mode de République en exerçant notre esprit critique, source de notre travail d’émancipation.

S’il est souvent nécessaire de tempérer et d’ « arrondir les angles », il faut néanmoins prendre garde à rester inflexible sur certains principes lorsqu’ils constituent le socle de notre société. Or, la liberté, première chez Rousseau, est aussi le premier terme du triptyque Républicain. Elle est la raison même de notre association politique. Mieux ; notre République laïque fait plus que simplement « porter » la liberté ; elle « assure » la liberté de conscience donc la liberté de pensée (illimitée) et la liberté de la manifester (limitée). Nous voilà aux prémisses de la liberté d’expression d’où découle, en particulier, la « garantie » du libre exercice des cultes. Dès lors, à l’UFAL, on condamne les uns qui, non contents que leur liberté de culte soit garantie, voudraient parfois étouffer la liberté d’expression des autres. Ou encore, ceux qui promeuvent la liberté mais sans la liberté d’expression, la tolérance aux autres mais uniquement si l’autre nous ressemble, donc quand il n’est plus un autre… Nous sommes surpris de ces postures, car il n’existe pas de demie-liberté. La liberté est pleine et entière, et n’est du reste, jamais acquise. C’est une lutte continue de l’esprit envers lui-même qui justement puise sa vigueur dans l’altérité dans toutes ces différences qui nous renseignent sur nous-même. Elles se retrouvent dans les livres, dans la musique, la peinture, le théâtre, les rencontres… Et même -faut-il le rappeler ?- dans la caricature et le dessin satyrique quand ils nous poussent dans nos retranchements, quand nous sommes bousculés dans nos certitudes ou simplement provoqués, sans méchanceté, par l’humour… Le rire… Simplement essayer de nous faire rire… De nous même ? Là est le véritable humour. Le fascisme ne rigole pas de lui-même, jamais. Ces artistes de l’humour, ces épris de liberté, font appel à notre tolérance mais surtout à notre intelligence, car, souvent, lorsque le dessin est grinçant, il est aussi pertinent. Au final, cela s’appelle progresser sur soi, cela s’appelle évoluer.

Nous vous invitons à progresser ensemble en venant voir cette mise en scène de Gérald Dumont, de la compagnie Théâtre K, du texte de Charb « lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes » le 19 mai à Lille et le 9 juin à Paris.

Merci à vous tous Charlie Hebdo,
Merci pour les larmes de joie qui libèrent.

°°°

Source : http://www.ufal.org/laicite/lufal-soutient-la-piece-de-theatre-mettant-en-scene-le-texte-de-charb/

L’UFAL soutient la pièce de théâtre mettant en scène le texte de Charb

Par UFAL

le 25 avril 2017

Communiqué de presse

La compagnie lilloise Théâtre K a mis en scène le texte de Charb : “Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes“. Bien que programmée pour le festival d’Avignon et par l’Université de Lille2, elle ne sera finalement pas jouée. Par suite, elle fut également soutenue par les antennes locales du MRAP et de la Ligue des Droits de l’Homme, mais ces dernières se sont finalement désistée pour d’obscures questions politiques.

Charb n’avait-il pas dit, avant son assassinat : “J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent” ?

L’UFAL :

dénonce de très graves remises en cause de la liberté d’expression,
dénonce le retour d’une forme de censure et d’obscurantisme dans notre République,
appelle les laïques à ne pas céder aux obscurantismes et à leurs alliés objectifs.

C’est pourquoi l’UFAL organise la représentation de la pièce à Lille le samedi 29 mai prochain.
Un débat suivra en présence de Marika BRET, directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo

(Inscriptions limitées et uniquement par la billetterie en ligne).

Soutien de l’UFAL à la pièce de théâtre.

°°°

Source : http://www.lavoixdunord.fr/137904/article/2017-03-25/quand-les-mots-de-charb-le-redacteur-en-chef-de-charlie-hebdo-tue-en-2015

LIBERTÉ D’EXPRESSION
Quand les mots de Charb, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo tué en 2015, dérangent...

Drôle de climat autour de la lecture-spectacle du livre posthume du directeur du journal assassiné. Que ce soit par peur ou par opposition à la ligne de « Charlie », à Avignon ou à Lille, elle a été déprogrammée ou pas programmée du tout. Le metteur en scène et la DRH de Charlie tirent « la sonnette d’alarme ».

Par Laurent Decotte

Publié le 25/03/2017 mis à jour à 8h18

Depuis plus d’un an, la lecture du texte de Charb est donnée dans des centres sociaux ou en milieu scolaire, comme ici, à Ostricourt, mais trouver des salles, « c’est plus compliqué ». PHOTO LA VOIX.

Lecture zen

« Ce n’est pas ma philosophie, ma philosophie c’est d’ouvrir les portes. Mais j’ai craint les débordements, le climat et l’ambiance sont si lourds. Je sais qu’on est un peu complice en agissant de la sorte et ça m’emmerde, mais j’ai préféré annuler ou plutôt reporter. Ce qui est une facilité de vocabulaire, même si qui peut dire quelle sera la situation en septembre ou octobre ? »

Xavier Vandendriessche, président de Lille 2 assume avoir en responsabilité déprogrammé la lecture-spectacle du livre posthume de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, qui devait être donnée ce mardi 21 mars à l’Antre 2, à Lille, une salle qui appartient à l’université. Le spectacle devait être suivi d’un débat auquel devait participer Marika Bret, DRH de Charlie Hebdo et à l’origine de l’assentiment des parents de Charb à la publication de ce texte, trois mois après la tuerie.

« Cela s’inscrit dans un contexte », explique le metteur en scène lillois du spectacle, Gérald Dumont
. « Depuis un peu plus d’un an, on la jouait en milieu scolaire et dans les centres sociaux, mais depuis qu’on cherche à la produire dans des salles, on sent que c’est compliqué. »

Charb, tué en 2015, était le rédacteur en chef du journal satirique « Charlie Hebdo ». PHOTO AFP.

« Censure sécuritaire »

« Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est Avignon », poursuit Marika Bret. « En collaboration avec l’équipe du journal, un projet est spécifiquement conçu pour le festival 2017 », expliquent M. Bret et G. Dumont dans une lettre ouverte aux élus. Pendant une dizaine de jours, après la lecture (« illustrée » de dessins de Charb), un échange avec des journalistes, des dessinateurs... est prévu. Le tout en cette année de 25e anniversaire du journal. « Le projet a été présenté à plusieurs lieux du festival et a rapidement suscité un vif intérêt. Puis il s’en est suivi un silence assourdissant, et les propos tenus de manière « non officielle » révélaient que la peur d’un potentiel danger expliquait un refus qui n’osait pas se nommer. »

« La parole de Charb,on ne l’entend plus car il a été tué. Si on n’entend plus ses mots, il sera mort deux fois. Ça me rend triste et en colère »,

Via ce courrier adressé entre autres à Xavier Bertrand, Martine Aubry (la compagnie est lilloise), Anne Hidalgo ou des grands directeurs de structures théâtrales, Gérald Dumont et Marika Bret veulent « tirer la sonnette d’alarme ». Ils dénoncent une« censure sécuritaire ». Mettent en avant l’utilité sociétale de ce texte « ouvert » et « tolérant ». « Ça manque de courage. Et le courage ce n’est pas ceux qui disent « j’ai pas peur », c’est ceux qui disent « j’ai peur, mais j’y vais quand même » », s’indigne celle qui vit entourée d’officiers de sécurité.

« La parole de Charb,on ne l’entend plus car il a été tué. Si on n’entend plus ses mots, il sera mort deux fois. Ça me rend triste et en colère », poursuit le metteur en scène. Peut-être « plus triste » encore que la Ligue des droits de l’Homme puisse ne pas vouloir soutenir l’expression d’un homme mort à cause de ses idées .

La Ligue des Droits de l’Homme n’est plus « Charlie » ?

Le 2 mai, la maison régionale de l’environnement et des solidarités (MRES) à Lille n’accueillera pas la lecture-spectacle du livre de Charb. « La LDH et le MRAP (qui sont à la MRES) n’ont pas soutenu la tenue d’un tel rendez-vous », indique le directeur de la MRES. « Au MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), il y a un débat au national pas encore tranché donc nous ne pouvions pas nous engager », justifie Louisette Faréniaux du comité lillois. « À la Ligue des droits de l’Homme, les militants craignaient de cautionner au final la ligne politique mise en avant par Charlie depuis Val et dont les prises de position sur la religion musulmane ne correspondent pas à l’idée que nous nous faisons de la laïcité », explique, « gêné », Gérard Minet, secrétaire de la section lilloise de la LDH. L. D.