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Elections Présidentielles en France : Mélenchon fait-il ce que Jospin a "toujours regretté" de n’avoir pas fait ?

jeudi 4 mai 2017, par siawi3

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170502.OBS8786/melenchon-fait-il-ce-que-jospin-a-toujours-regrette-de-n-avoir-pas-fait.html

Photo : Lionel Jospin et Jean-Luc Mélenchon, le 28 mars 2000, à l’Assemblée. (JOEL SAGET / AFP)

Sur son blog en 2006, l’ancien Premier ministre avait dit regretter que l’appel à voter Chirac n’ait pas davantage été discuté voire assorti de conditions.

Remy Dodet

Publié le 03 mai 2017 à 20h03

Et si Jean-Luc Mélenchon ne faisait au fond qu’appliquer ce que l’ex-Premier ministre Lionel Jospin a "toujours regretté" de n’avoir pas fait ? Les mots ont plus de dix ans, mais ils éclairent d’une autre lumière le refus formulé par le leader de la France insoumise d’appeler formellement à voter Macron pour barrer la route à Marine Le Pen. Ils ont été écrits par Lionel Jospin, dont le leader de la France Insoumise fut le ministre de l’Enseignement professionnel entre 2000 et 2002. C’était le 1er novembre 2006, comme le rapporte "le Monde" dans un article intitulé "les amertumes du blogueur Jospin". L’ex-premier secrétaire du Parti socialiste revenait à l’époque sur les jours pénibles qui suivirent son élimination historique le 21 avril 2002 au premier tour de l’élection présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon, l’apprenti sorcier

"Plusieurs dirigeants socialistes ont appelé à voter Chirac dès le dimanche soir. J’ai pensé qu’un temps de réflexion et d’analyse politique aurait été utile. Mais le mouvement s’est emballé", écrit-il. Avant de s’interroger :
"Y avait-il un réel danger fasciste en France ? Fallait-il poser des conditions à un vote en faveur du président sortant ? Rien de tout cela n’a été débattu. Je l’ai toujours regretté."

Le refus de Mélenchon d’appeler aujourd’hui formellement à voter Macron est-il une déclinaison des tourments jospiniens ? Bien sûr, les différences sont légions entre les deux hommes, leurs trajectoires et les deux époques. Lionel Jospin était l’artisan de la gauche plurielle, l’homme des 35 heures, le Premier ministre qui a réduit en cinq ans d’un million le nombre de chômeurs. Un million ! Jean-Luc Mélenchon est l’homme qui a quitté le PS et "marché son chemin". C’est un populiste de gauche revendiqué, qui a renversé le clivage gauche-droite au profit d’une opposition "peuple-oligarchie". Un anti-libéral dont le programme est parfois copié par celui de la candidate du Front national.

Comment le Front national drague les mélenchonistes

Le premier a pris sa retraite illico au soir de ce terrible 21-Avril. Défait au premier tour 15 ans plus tard, le second a renvoyé Macron et Le Pen dos à dos, mais aussi vu dans son joli score de 19% matière à poursuivre son combat avec en ligne de mire les législatives, se rêvant même en Premier ministre d’une Assemblée insoumise. Bref, beaucoup de choses séparent ces deux ex-trotskistes. Mais des éléments les rapprochent bel et bien.

Les mêmes têtes de vaincus

Tout le monde se souvient des images. Lionel Jospin, avec sa tête de vaincu sur fond orange, se "retirant de la vie politique" sous les cris éplorés de ses militants. La suite est connue. Des millions de personnes dans la rue pour dire non au FN et le score soviétique de Jacques Chirac. Personne ne se souvient en revanche d’un appel formel lancé par Jospin à "voter Chirac". Car d’appel formel il n’y eut pas. Le Premier ministre d’alors a en effet attendu le 26 avril pour se fendre d’un communiqué. Et la pression des ténors socialistes n’y avait pas été étrangère."Bien que sans illusion sur le choix qui se présente à nos concitoyens, je leur demande d’exprimer par leur vote leur refus de l’extrême droite", écrit-il alors.

Quinze ans plus tard, le 23 avril 2017, Mélenchon affichait au soir du premier tour une même tête de vaincu. Aucun sondage ne l’a pourtant donné présent au second tour. Mais porté par une fin de campagne tonitruante, le boss de la France insoumise y a cru. Et comme prévu avec ses troupes, il s’est appliqué dès le soir du premier tour à ranger les deux finalistes, le candidat libéral et celle de l’extrême droite dans le même sac.

Comment Mélenchon a basculé dans le "ni-ni"

Mélenchon a depuis un peu précisé son discours, bien contraint de répliquer à la drague éhonté de Marine Le Pen envers ses quelque 7 millions d’électeurs. "Je ne voterai pas Front national, je combats le Front national. Et je dis à tous ceux qui m’écoutent : ne faites pas la terrible erreur de mettre un bulletin de vote pour le Front national", a-t-il déclaré dimanche soir sur TF1. Mais en restant inflexible sur sa non consigne de vote.

Macron ou ni-ni ? Les Insoumis optent pour le vote blanc ou l’abstention

"Un risque fasciste ?"

"Y avait-il un réel danger fasciste en France ?" s’interrogeait Lionel Jospin en 2006 sur son blog. Quatre ans après le séisme du 21 avril 2002 et les manifestations qui suivirent, la question était purement rhétorique dans l’esprit de l’ancien Premier ministre.

Quinze ans plus tard, le risque qu’une peste brune contamine la France n’existe pas plus aux yeux de Jean-Luc Mélenchon, comme le laisse penser sa non-consigne de vote. Il faut se rappeler avec quels mots, dans une salle bondée à Chateauroux le 2 avril dernier, il balayait le risque d’une victoire de Marine Le Pen :
"Une chaise, une table, un banc seront élus, plutôt qu’elle dans le pays."

"Il considère que Marine Le Pen n’arrivera pas au pouvoir", observe la sénatrice Marie Noëlle Lienemann, figure de l’aile gauche du PS, qui votera pour Macron sans hésiter. "Il veut garder l’unité de son mouvement pour incarner l’opposition de gauche à Macron", remarque-t-elle. Enjamber le second tour, assurer l’avenir de ses troupes, et entraver autant que possible le réformateur Macron.

"Dans la lutte contre le fascisme, nous sommes prêts à passer des accords pratiques avec le diable et avec sa grand-mère", disait Trotski. Jospin et Mélenchon sont tous deux des anciens trotskistes. Le premier avait rechigné cinq jours avant de se plier à l’adage en 2002. Mélenchon s’est assis dessus 15 ans plus tard.

"Poser des conditions ?"

"Fallait-il poser des conditions à un vote en faveur du président sortant ?" s’est demandé Jospin en novembre 2006. Poser cette question dans le feu de l’entre-deux tours, alors que le front républicain fut le réflexe premier de tout socialiste, aurait sûrement abîmé davantage la stature du perdant. Mais elle prenait tout son sens fin 2006, à la fin du quinquennat si peu rassembleur de Jacques Chirac au regard du score (82%) qui lui a permis de rempiler.

Jean-Luc Mélenchon ne s’est jamais posé la question en ces termes. Il y a cinq ans, au soir du premier tour, il avait appelé ses électeurs à "battre Sarkozy sans rien demander en échange". Un appel implicite à voter Hollande, sans condition aucune. Mais il importait alors de "chasser" l’Elysée le candidat de droite.

Depuis ? Hollande a selon lui "dévoyé" le mot gauche, le FN poursuivi sa progression. Alors Mélenchon a bouleversé sa stratégie. Lors des dernières régionales en décembre 2015, il avait déjà envoyé bouler les appels au "front républicain".

Mélenchon : et puis, dans la dernière ligne droite, tout se complique

Cette fois, Jean-Luc Mélenchon s’est bien adressé au candidat d’En Marche ! dimanche soir sur TF1. "Au lieu de m’insulter, au lieu de tordre le bras de mes amis et de les maltraiter, pourquoi par exemple ne ferait-il pas un geste ?", a-t-il interrogé. "Il pourrait leur dire : ’écoutez je vous ai compris, je retire mon idée de réforme de code du travail pour que vous puissiez faire un mouvement vers moi.’"

Mais il n’y a chez Mélenchon aucune volonté de négocier en échange d’un appel au vote Macron. "Il n’est pas dans l’idée de mettre des conditions à un vote Macron", précise la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann. "Il a simplement dit que si Macron ne faisait pas de signes envers ses électeurs, il ne fallait pas s’étonner que certains s’abstiennent."

Mais ce n’est au fond qu’une pièce de théâtre destinée à garder ses ses électeurs attentifs. Comme prévu, Macron a refusé ce lundi 1er mai de lâcher sa réforme du droit du travail, renvoyant le tribun sexagénaire à son score de perdant. Aurait-on d’ailleurs imaginé, si les rôles avaient été inversés, Mélenchon abandonner sa constituante ou son Smic à 1.700 euros pour faire "un geste" envers les électeurs d’Emmanuel Macron ?

"Il veut garder l’unité de son mouvement pour incarner l’opposition de gauche à Macron", résume Lienemann. Enjamber un second tour qu’il estime sans risques et s’inviter à l’Assemblée pour faire barrage au réformateur libéral Emmanuel Macron.