Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Tunisie : Syndrome de Bizerte : La justice est-elle au service du jihad (...)

Tunisie : Syndrome de Bizerte : La justice est-elle au service du jihad ?

lundi 5 juin 2017, par siawi3

Source : http://kapitalis.com/tunisie/2017/06/04/syndrome-de-bizerte-la-justice-est-elle-au-service-du-jihad/

Syndrome de Bizerte : La justice est-elle au service du jihad ?

04 Juin 2017 | 9:43 A LA UNE

Le jihad et/ou la justice.

Le juge de Bizerte, qui a condamné à la prison 4 jeunes non-jeûneurs, applique un droit transformé en bras séculier d’un terrorisme jihadiste que l’Etat est censé combattre.

Par Yassine Essid

La condamnation de quatre jeunes à 1 mois de prison pour avoir fumé ostensiblement une cigarette au mois de ramadan devrait interpeller en premier le ministre de l’Intérieur et son collègue de la Justice qui, au rythme où vont les choses, verraient bientôt leurs privilèges et leurs attributions de juridiction rigoureusement circonscrites.

En effet, et en vertu de l’injonction coranique, tout musulman a l’obligation, légitimée par le verset coranique, « d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable ». Un tel devoir avait finit par transformer certains en directeurs de conscience et en inquisiteurs se prenant pour responsables de la réforme des mœurs de la communauté musulmane toute entière. Tout croyant se sentait dès lors parfaitement qualifié pour recourir au conseil, exhorter, admonester, réprimander, menacer, et même porter des coups contre tout contrevenant à la loi religieuse, sans avoir pour cela l’autorisation du pouvoir. Il peut aller jusqu’à exercer une remontrance critique contre le souverain lui-même.

Un engagement générateur de désordre

D’ailleurs le théologien, inspirateur idéologique des régimes autocratiques musulmans, Taqî ad-Dîn Ahmad Ibn Taymiyya, est mort en prison pour avoir appliqué scrupuleusement ce commandement qui devait selon lui être obligatoirement exécuté par la proclamation du jihad contre toute espèce de mécréance. Le calife Abbasside Al-Ma’mûn, un souverain éclairé et cultivé, avait estimé d’ailleurs que de telles initiatives produisaient plus de mal que de bien et qu’il fallait y mettre un terme : « innmâ nahaynâ aqwâman yaj’alûna al-ma’rûfa munkiran ».

Mais un tel engagement, librement exercé, qui résulterait de l’appréciation personnelle et de la volonté d’une personne d’infliger un châtiment pour ce qu’il considère comme un péché commis en public, serait forcément générateur de désordre et une grave source de troubles politiques et sociaux. On n’a pas manqué d’ailleurs, en vue de modérer le zèle excessif de certains, d’invoquer un hadith attribué au prophète qui stipule : « Celui d’entre vous qui voit un acte blâmable, qu’il le change avec sa main ; s’il ne peut pas, qu’il le change avec sa langue ; et s’il ne peut pas, qu’il le change avec son cœur, et c’est le degré le plus petit de la foi ». La main étant ici celle du législateur, calife ou cadi.

Faire coexister tout le monde

La croissance urbaine, le développement du commerce et l’augmentation de la population, notamment sous les califes abbassides, posaient constamment, dans un espace inextensible, le problème de son resserrement et d’enfermement à l’intérieur des murs de la ville musulmane. La nécessité d’échanges économiques permanents entre la cité et son entourage immédiat pour la subsistance, posait la question de son approvisionnement permanent. Enfin, la présence d’une population flottante et ambiguë d’artisans et des commerçants du « sûq », composée de brigands, de vagabonds et de marginaux mal intégrés, nécessitait une surveillance de tous les instants.

Ce petit peuple, cette « ’âmma » est localisée dans l’aire des marchés qui passent traditionnellement pour de endroits suspects où le séjour était peu recommandé pour les croyants parce qu’ils étaient fréquentés par des gens dépourvus de sciences religieuses baptisés « al-sûqa ».

De même qu’était repoussée aux portes de la ville les halles, pour leur nuisance, mais aussi parce qu’elles servaient aussi de point de ralliement pour les émeutiers lorsque la disette ou la cherté des vivres mettaient le peuple des villes en mouvement.

Comment gérer cette masse de problèmes ? Comment faire coexister tout ce monde ? Comment concilier l’obligation du culte avec la nécessité du quotidien ? C’est là qu’intervient le pouvoir public avec un délégué censé assurer la plus grande cohésion possible à cet ensemble hétéroclite : le « muhtasib ».

Désamorcer l’ardeur des zélotes

Avec l’islamisation des institutions, et pour désamorcer définitivement l’ardeur des zélotes de tout poil, on a transformé cette obligation d’apostolat en une fonction publique, « wilâya ». Ainsi, d’un devoir d’obligation personnelle « fard ‘ayn », auquel tout membre de la communauté est tenu, on est passé à un devoir d’obligation collective, « fard kifâya », qui impose à la communauté musulmane, considérée comme un tout, de disposer d’une magistrature pourvu qu’elle soit exercée par un homme digne de la remplir.

Aussi, celui qui n’était jusqu’alors que le prévôt du marché, « Sâhib al-Sûq », surveillant de l’artisanat et du négoce avec des attributions somme toutes modestes, était devenu un magistrat ayant compétence juridique et expérience, chargé, par délégation du souverain, d’exercer le devoir de la « hisba » une sorte de censure des mœurs appliquée dans l’aire du souk.

L’arrestation et la condamnation par un juge exalté du tribunal cantonal de Bizerte à l’encontre de quatre jeunes qui voulaient vivre libres de mœurs et de propos n’est là que pour nuire. Ces quatre « contrevenants » se retrouvent livrés ainsi à la pathologie insupportable, odieuse au vu de l’application du droit, dans la mesure où celui-ci sert désormais de bras séculier d’un terrorisme idéologique et jihadiste que l’Etat est justement censé combattre.

En tous les cas, et au point où vont les choses, ce n’est déjà plus l’unique exemple où, pour perpétuer une bigoterie qui s’estompe, on la charge d’une valeur morale qu’elle ne comportait guère à l’origine. Et dans l’esprit d’une justice expéditive, le verdict a survécu à la croyance qui l’a déterminé. C’est ainsi que, fumer en public au mois de ramadan est devenu, par une effroyable dévotion fourvoyée dans un attachement au détail, une atteinte à la pudeur.

°°

Source : http://kapitalis.com/tunisie/2017/06/04/bizerte-les-non-jeuneurs-de-ramadan-seraient-acquittes-en-appel/

Bizerte : Les non-jeûneurs de ramadan seraient acquittés en appel

04 Juin 2017 | 9:10

Abderrazek Krimi

Il y a de fortes chances pour que la condamnation des jeunes de Bizerte pour n’avoir pas observé le jeûne de ramadan soit cassée par la cour d’appel.

L’affaire des 4 jeunes de Bizerte condamnés à un mois de prison ferme pour avoir mangé et fumé en public pendant l’horaire du jeûne de ramadan continue d’alimenter la polémique, notamment à propos du texte de loi sur lequel le juge a basé son verdict.

Pour sa part, l’avocat des 4 jeunes semble optimiste quant à la révision de ce jugement par la cour d’appel.

S’exprimant sur Mosaïque FM, samedi 3 juin 2017, Me Rabeh Khraifi, avocat près la cour de cassation et chargé de cours à la faculté des sciences juridiques, économiques et de gestion de Jendouba, a estimé qu’en s’appuyant sur l’article 226 bis du code pénal, le juge du tribunal de première instance de Bizerte a fait une interprétation inappropriée de ce texte, en élargissant la portée de son application.

Il est à rappeler que l’article 226 bis du code pénal stipule ceci : « Est puni de six mois d’emprisonnement et d’une amende de mille dinars quiconque porte publiquement atteinte aux bonnes mœurs ou à la morale publique par le geste ou la parole ou gène intentionnellement autrui d’une façon qui porte atteinte à la pudeur ».

Me Khraifi a ajouté que ni cet article ni aucun autre du code pénal n’incrimine la non-observation du jeûne de ramadan, indiquant qu’en l’absence d’un texte qui incrimine explicitement les non-jeûneurs, la seule référence reste la constitution qui garantit les libertés individuelles et, surtout, la liberté de conscience.

Il a insisté, à ce propos, sur le principe prescrit par la constitution tunisienne qui est celui de la supériorité de la loi fondamentale sur tous les autres textes de loi et qu’en cas de dispositions contradictoires, c’est la constitution qui prime.

°°

Source : http://kapitalis.com/tunisie/2016/11/10/la-tunisie-sous-le-joug-de-l-arabie-saoudite/

La Tunisie sous le joug de la sinistre Arabie saoudite

10 Nov 2016 | 18:56 A LA UNE

Dans la pénible affaire de son limogeage, Abdeljalil Ben Salem apparaît comme quelqu’un de profondément vertueux et soucieux du coût humain du wahhabisme, envahit le monde.

Par Yassine Essid

De l’affaire de l’éloignement du ministre des Affaires religieuses Abdeljalil Ben Salem du gouvernement, les gens ne retiendront finalement pas grand-chose de l’intransigeance absolue du pouvoir qui s’est appuyé, pour limoger l’un des siens, sur l’argument fallacieux d’un manque évident aux principes qui régissent les relations entre Etats.

En revanche, l’opinion publique appréciera plus facilement le bien-fondé des propos exprimés par un responsable injustement traité comme un faux-monnayeur maniant des billets de banque sans répondant.

En attendant que les médias tunisiens repassent à leur tour sous les fourches caudines du pouvoir, entre les diktats d’Ennahdha placés sous le couvert du partenariat et les courbettes d’un Béji Caïd Essebsi qui s’incline chaque jour un peu plus bas, profitons de ce moment de répit pour développer en bonne et due forme des opinions au sujet des relations diplomatiques en général et de l’exigence irrépressible de vérité chez l’homme en particulier.

Photo : Abdeljalil Ben Salem lâché par ses mentors d’Ennahdha pour avoir froissé leurs maîtres saoudiens.

Sous le joug d’une monarchie obscurantiste

Reprenons les choses du début. En amont, un ministre confronté plus que tous à la prolifération de l’enseignement salafiste. Les effets sanglants de cet endoctrinement s’éparpillaient en aval entre ses collègues de l’Intérieur et de la Défense. Il s’est donc efforcé de ramener l’évidence à une expérience vécue qui éclairerait toux ceux qui ont des yeux pour voir et des cerveaux pour penser : l’Arabie saoudite n’a jamais cessé en effet de nourrir la discorde, d’alimenter les divisions, et de financer, de par ses richesses et son idéologie officielle : le wahhabisme, un terrorisme islamique sans fin.

De telles relations posent aux deux parties une question complexe. Aucun chemin ne mène à un avenir commun tant qu’une réponse adéquate fait défaut. Actuellement, la réponse recherchée s’appelle adhésion sans limite de part et d’autre aux valeurs de la liberté et surtout la non-ingérence dans le destin d’un peuple à travers le zèle déployé à grands renforts d’argent, ou par des opérations de déstabilisation, afin de le convertir à ses croyances et à sa doctrine religieuse.

Dans ce cas, comment le joug éminemment répréhensible d’une monarchie obscurantiste pourrait-il s’accommoder de notre dénonciation des tyrannies, des dictatures et des régimes autoritaires de toutes sortes ? En quoi ce poids de la servitude serait-il admissible alors que nous n’arrêtons pas de proclamer à tout bout de champ notre adhésion aux valeurs-principes de la démocratie : la liberté, l’égalité et la justice ?

Pourtant, la sinistre Arabie saoudite, qui a décapité une cinquantaine d’opposants dont un éminent religieux chiite sans soulever de la part du gouvernement tunisien la moindre réserve officielle, possède sa propre conception des relations internationales avec ses stratégies ainsi que ses mécanismes de la terreur : laisser l’idéologie d’un islam ultra-conservateur gouverner sa diplomatie.

Ainsi, pour ce régime, l’islam sunnite joue et devra jouer, particulièrement par rapport à la molligarchie iranienne, le rôle de moteur de l’histoire. Tout doit être vu et interprété à travers le droit islamique qui ne reconnaît d’autre nation que la nation islamique dont l’aire culturelle dépasse les frontières de la seule péninsule arabo-persique.

Nul besoin de retracer les huit décennies d’immixtion culturelle, financière et prosélyte de l’Arabie saoudite, du Caucase à l’Hindou Koush. L’affirmation du pouvoir des Talibans en Afghanistan était devenue un pôle d’attraction pour les militants djihadistes saoudiens en même temps qu’un pôle d’inspiration pour leurs idéologues en dépit de toutes les règles qui régissaient les relations internationales. Mieux, c’est principalement à l’aide de leur appareil diplomatique qu’ils organisèrent leur soutien au courant salafiste-djihadiste qui se construit dès 1990 autour de Hamud Al-Chu’aybi. Ses thuriféraires avaient légitimé, en dépit de la condamnation officielle de la monarchie, les attentats du 11 septembre 2001 dans une fatwa célèbre autour de « la razzia sur New York et Washington ».

Photo : Poignée de main de Ghannouchi et le roi Salmane : les frères musulmans entre eux.

L’évitement systématique des sujets tabous

Ce n’est donc pas en enfouissant notre tête dans les sable en cherchant à éviter ce qui nous menace qu’on contribuera à changer le monde. Le soulèvement de janvier 2011 devait logiquement nous libérer de la volonté d’un chef d’Etat qui s’est toujours approprié la politique étrangère. De mettre fin à une approche traditionnelle des questions internationales fondée sur l’évitement systématique des sujets tabous et dominée par le souci quasi obsessionnel des intérêts économiques.

D’ailleurs, il arrive souvent que des chefs d’Etats occidentaux, en visite officielle dans des pays peu regardants en matière de pratique libérale du pouvoir, n’hésitent pas à recadrer publiquement leurs homologues en soulevant des questions comme celles des droits de l’homme et de la liberté de la presse sans que cela remette en question leurs accords commerciaux, provoquer une crise diplomatique, encore moins déboucher sur un casus belli.

Bien qu’insuffisamment initié aux principes de respect des règles d’une diplomatie hypocrite où l’on doit dire tout haut le contraire de ce qu’on condamne tout bas, Abdeljelil Ben Salem apparaît dans cette pénible affaire comme quelqu’un de profondément vertueux, car simplement soucieux du coût humain élevé d’une doctrine qui ne cesse d’envahir le monde.

Rappelons à Youssef Chahed, qui n’a été ici que le haut-parleur d’une décision qui le dépasse, que l’efficacité et les intérêts supérieurs de l’Etat ne suffisent pas à faire preuve. La vérité est une grandeur inviolable qui n’admet nulle concession sans qu’elle ruine notre humanité. C’est ce qu’on retiendra en tous les cas de l’exécrable décision d’un limogeage que le chef de gouvernement a maladroitement cautionné.

Enfin, et au-delà de cette histoire et son pénible dénouement, que signifie vraiment « Ministère des Affaires religieuses » ? Une appellation absconse et un organe indéfinissable dont les fonctionnaires sont assis pour servir d’intermédiaires entre le réel et le spirituel. La religion musulmane, qui devrait se vivre strictement de manière privée, n’a pas vraiment pas d’« affaires », en d’autres termes de responsabilité sur ce que le croyant doit faire ou ne pas faire, et a encore moins besoin d’un ministre.

Pour ce qui est de la religion comme chose publique, le Grand Mufti de la république suffit amplement puisqu’il est censé intervenir sur la vie en société. Pour le reste, c’est-à-dire l’organisation et l’entretien des lieux de culte, pourquoi ne pas les confier tout simplement au ministère des Collectivités locales ?