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France : A propos de Saint-Just : "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté"

lundi 19 juin 2017, par siawi3

Source : https://blogs.mediapart.fr/yvan-najiels/blog/080114/saint-just-leon-blum-et-edwy-plenel

Saint-Just, Léon Blum et Edwy Plenel

8 janv. 2014

Par Yvan Najiels

Edwy Plenel était hier sur le plateau du Grand Journal de Canal + pour dire, selon moi à raison, tout le mal qu’il pensait du prétendu "humour" de Dieudonné sans tomber, ainsi qu’il l’a ensuite écrit dans un parti-pris sur Mediapart, dans le camp de Valls qui essaye, on le voit bien, de refaire la fraise de son parti et de son gouvernement via l’affaire Dieudonné.
Sur le fond, Edwy Plenel a raison même si je ne partage pas toutes ses justifications. Le problème n’est donc pas là.
Un détail, toutefois, m’a heurté. Edwy Plenel, citant implicitement Saint-Just, a affirmé que la phrase de l’Archange de la Révolution "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !" était une phrase terrible et qu’il valait mieux, concernant Dieudonné, s’inspirer des recommandations libérales de Léon Blum au moment de la vague d’attentats anarchistes du début du XXème siècle.
Ce qui est choquant dans le propos de M. Plenel, c’est sa liberté (pour le coup) prise avec le contexte de la phrase de Saint-Just. Quand le compagnon de Robespierre la prononce, la Révolution et la République (qui reste à fonder pour les Jacobins robespierristes) sont en danger. Certaines craintes sont infondées ; d’autres sont réelles. Il y a la Vendée, il y a eu la fuite du Roi et des puissances étrangères prêtes à faire rendre gorge à la Révolution française. Les ennemis de la liberé fraîchement conquise menacent donc et ce n’est pas une paranoïa que de le croire (ou pas uniquement, nombre d’historiens s’accordent sur ce point).
De fait, sortie de son contexte ou, ce qui sur un plateau télé avec le sinistre Jean-Michel Apathie qui défendait Cahuzac mais insulte les ouvriers révoltés de Good Year revient au même, sans contexte, cette phrase semble tyrannique et effrayante.
Elle ne l’est pas - puisqu’elle ne constitue pas un dicton et qu’on en connaît le fondement spatio-temporel. Elle fait écho à la théorie à la fois politique et dialectique de Robespierre qui parlait à propos de la République à fonder, d’un temps intermédiaire de "despotisme de la Liberté". Plus près de nous, quand René Char, alors Capitaine Alexandre dans le maquis, écrit dans les Feuillets d’Hypnos : "Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté", il pense sans doute à Saint-Just. Quand la liberté est frêle, en péril, alors on ne transige pas. La Réaction thermidorienne, très bien décrite par Albert Mathiez, aura du reste donné raison à Saint-Just et Robespierre. Avec Dieudonné, bien évidemment et quoi qu’on ne pense, nous n’en sommes pas là.
Opposer toutefois implicitement un méchant Saint-Just à un bon Léon Blum peut toutefois aussi prêter à sourire. Car si Saint-Just appuyait la Terreur (peut-être ce pour cela que M. Plenel juge la formule terrible...) dans une situation précaire, Léon Blum ne s’est pas trop soucié, en 1936, d’aider la République espagnole et la liberté d’un peuple à faire face au fascisme local du Général Franco appuyé par Hitler.

Quelques rappels historiques sont parfois nécessaires. La France n’est par ailleurs pas spécialement reluisante ces temps-ci ; veillons alors à ne pas abaisser gratuitement ceux qui, parfois, lui ont conféré quelque grandeur.