Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : Quelle place pour la laïcité aujourd’hui dans la vie politique (...)

France : Quelle place pour la laïcité aujourd’hui dans la vie politique française ?

lundi 12 juin 2017, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/quelle-place-pour-la-laicite-aujourd-hui-dans-la-vie-politique-francaise

Quelle place pour la laïcité aujourd’hui dans la vie politique française ?

Publié le 11/06/2017 à 10:30

Laurent Bouvet

Professeur de science politique à l’université de Versailles - Saint-Quentin en-Yvelines, cofondateur du Printemps républicain.

Un des principaux écueils du quinquennat qui s’ouvre pourrait bien être le refus de reconnaître que la laïcité, pilier de notre identité collective, est aujourd’hui menacée. Pour trois raisons au moins.

D’abord, parce que le débat national autour de la question laïque s’est considérablement tendu ces dernières années. Ce fut le cas, on s’en souvient, pendant le quinquennat sarkozyste. Et c’est le cas, bien sûr, depuis le début de la série d’attentats islamistes qu’a connus le pays, ou plus précisément depuis que certains de nos concitoyens ont voulu voir dans ces attentats une conséquence plus ou moins directe de la laïcité, d’un « modèle français » dont la spécificité serait de refuser de faire toute la place qu’elles méritent aux religions, à l’islam au premier chef, dans la société.
Notre débat public a été depuis lors la scène d’une radicalisation des positions, en défense ou en opposition à une telle dérive antilaïque. Ce qui a trop souvent laissé face à face les défenseurs d’une forme de tolérance accommodante face à la montée des revendications d’un islam politique ou radicalisé, et les partisans d’une hostilité pure et simple à l’islam en tant que tel, confondant la religion et ses dérives
politico-idéologiques.

Ensuite, parce que la laïcité a été très largement laissée de côté pendant la campagne. Ce qui a encore renforcé la confusion et les positions les plus radicales. Certains, au FN en particulier, souhaitant utiliser la thématique identitaire pour
promouvoir une nation française occidentale, blanche et catholique, qui devrait rester imperméable aux influences extérieures, et surtout à toute population qui ne remplirait pas, culturellement, de tels critères. D’autres, que l’on trouve à gauche surtout, étant prêts pour des raisons électoralistes ou pour des considérations plus idéologiques à
faire de la France une simple société dans laquelle se juxtaposeraient des communautés et des groupes préconstitués à raison de tel ou tel critère de leur identité, renvoyant ainsi indistinctement les musulmans à leur seule identité religieuse. La plupart des candidats ayant le plus souvent évité un sujet jugé casse-gueule.

Les partis traditionnels hors jeu

La position laïque, celle qui permet pourtant, précisément, de se tenir à bonne distance de ces deux visions identitaires, n’a donc pas été défendue et incarnée pendant cette campagne. Or cette absence risque de peser lourd dans les années qui viennent.

Enfin, parce que cet enjeu est aujourd’hui présent au cœur des préoccupations
de nos concitoyens. Tout particulièrement ceux qui sont le plus en difficulté, ceux de cette France « oubliée » qui n’a pas trouvé de véritable représentant dans cette élection. L’inquiétude face à notre devenir commun - pour ne pas dire destin -mêle en effet étroitement les éléments économiques et sociaux (emploi, pouvoir d’achat, avenir des enfants…) et la manière dont on se comprend, collectivement, comme une nation, comme une communauté de citoyens unie par des principes communs.
L’attachement à la laïcité, et donc à une attitude d’ensemble cohérente face au fait religieux, étant une caractéristique constitutive de ce qui « fait » la France et les Français depuis plus d’un siècle, au moins. Un attachement sur lequel il n’est pas question de revenir pour l’immense majorité de nos concitoyens.

Le renouveau de notre vie politique et, au-delà, l’espoir d’une amélioration générale de notre situation nationale, voulus par Emmanuel Macron, passent en effet, aujourd’hui, par le fait d’assumer ouvertement ce débat sur ce que nous sommes collectivement. Un débat que ne peuvent plus prendre en charge les partis traditionnels. La campagne a démontré que le FN n’était pas capable de jouer ce rôle qu’il s’est pourtant longtemps autoattribué, pris entre l’échec de sa stratégie économiciste de sortie de l’euro et la radicalité de son aile nationale-identitaire.

La gauche dans son ensemble a tout autant échoué à se saisir du problème ces dernières années, pour des raisons symétriques : son économisme aveugle occultant sa tradition laïque et laissant presque tout l’espace aux antilaïques en son sein. La droite s’est très largement perdue dans son combat culturel derrière La Manif pour tous et Sens commun, ce qui l’empêche d’aborder la question sérieusement. Reste donc la nouvelle majorité derrière le président de la République, mais sans que l’on
sache non seulement quelle position, dans sa grande diversité, elle pourrait tenir sur le sujet, et surtout si cette question en est réellement une à ses yeux.