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En Arabie Saoudite, critiquer est considéré comme un acte de terrorisme

vendredi 28 juillet 2017, par siawi3

Source : Libération, 18 juillet 2017 à 16:58

En Arabie Saoudite, critiquer est considéré comme un acte de terrorisme

Par Cécile Brajeul

18 juillet 2017 à 16:58

Des Saoudiennes manifestent après l’exécution de l’opposant au régime Nimr Baqer al-Nimr, le 8 janvier 2016 à Qatif, en Arabie Saoudite. Photo STR. AFP

Revendiquer ou contredire n’est non seulement pas toléré dans le royaume wahhabite, mais également jugé comme étant une atteinte à la sûreté de l’État.

En Arabie Saoudite, critiquer est considéré comme un acte de terrorisme

Mille coups de fouet. C’est le châtiment qui aurait dû être infligé à Raïf Badawi pour avoir marqué sa désapprobation au régime des Saoud. Face à la pression européenne et américaine, le supplice a pris fin après les cinquante premières lacérations, mais le blogueur croupit en prison, toujours condamné à une peine de dix ans, prononcée en 2014.

En Arabie Saoudite, la contestation est considérée comme une atteinte au pouvoir. Pis encore, il y a trois ans, elle a été requalifiée en acte de terrorisme, assimilée à de la trahison, et sanctionnée par la peine de mort. En janvier 2016, quatre dissidents, dont le cheikh chiite Nimr Baqer al-Nimr, ont été exécutés pour avoir demandé des réformes politiques et organisé des manifestations. Peu de voix s’élèvent donc pour réclamer des droits ou tenter d’ériger une société civile toujours inexistante dans ce pays de la péninsule Arabique.

Loujain al-Hathloul, jointe par téléphone, vit à Riyad. Elle est l’une des rares opposantes à critiquer à visage découvert le traitement réservé aux femmes dans son pays. « La plupart des opposants se dissimulent, contestent le régime sur les réseaux sociaux en utilisant des pseudos pour éviter toute répression », affirme la jeune femme. Twitter et Telegram sont désormais les principaux vecteurs de la revendication, dans un pays où signer une pétition est répréhensible.

Intimidation

Loujain al-Hathloul a été incarcérée en juin dernier, puis relâchée trois jours plus tard face à la pression internationale. Une tentative d’intimidation supplémentaire, estime-t-elle, deux ans après avoir été interpellée au volant d’une voiture et écopé de 73 jours de prison. « Nous avons fait du droit de conduire notre première revendication parce que nous pensions que c’était le plus facile à obtenir, mais nous nous trompions. Nous n’avons toujours pas accédé à ce droit élémentaire », ajoute-t-elle.

Mais la lutte pour dénoncer l’inféodation des femmes à la tutelle des hommes va bien au-delà de ce symbole. Les femmes en Arabie Saoudite ne peuvent rien faire sans l’approbation masculine et notamment voyager, avoir un passeport ou étudier dans un pays étranger. Célibataire, mariée, veuve ou divorcée, toutes les femmes sont concernées quel que soit leur statut social. Et les atteintes aux droits ne s’arrêtent pas à la liberté d’agir. « Une femme peut par exemple divorcer, précise Loujain al-Hathloul, mais elle ne pourra pas obtenir la garde de ses enfants, même le simple droit de visite lui sera souvent refusé ».

Exil

Face aux risques encourus, d’autres opposants se sont exilés. Waleed Sulais et Yahya Assiri sont installés en Europe. Ils se font désormais les porte-voix des revendications saoudiennes auprès de l’opinion internationale et réclament des réformes pour obtenir l’abolition de la loi relative aux actes de terrorisme ou la liberté d’expression. Ils défendent notamment la libération des prisonniers d’opinion, derrière les barreaux souvent pour quelques tweets. Selon Waleed Sulais, ils seraient au minimum 150 à 200.

Les opposants militent également pour promulguer les droits fondamentaux des citoyens qui font encore l’objet de discriminations, notamment confessionnelles. Et même si la jeune génération est de mieux en mieux informée, grâce à Internet surtout, il reste encore un fort système de propagande dans le pays. « Beaucoup de Saoudiens ont une confiance absolue dans le régime des Saoud », insiste Yahya Assiri. Loujain al-Hathloul a d’ailleurs choisi de rester car « le combat mené de l’extérieur est souvent instrumentalisé et décrédibilisé par le pouvoir saoudien. Les autorités présentent l’action de la diaspora militante comme une tentative de déstabilisation du pouvoir. »

Garde-fou

Les quelques signes en faveur des libertés fondamentales émis par les autorités ne rassurent pas les opposants, convaincus que la seule motivation du régime est de préserver son image auprès des partenaires économiques étrangers. Pour Loujain al-Hathloul, le droit de vote accordé aux femmes en 2011 va dans ce sens et n’est qu’une mascarade pour paraître plus démocratique aux yeux de l’Occident. « Les élections municipales [seules élections auxquelles peuvent accéder les femmes, en tant qu’électrices ou candidates, ndlr] n’ont aucune valeur. Ce n’est pas à ce niveau que se prennent les décisions », déplore-t-elle.

Le prince Mohammed ben Salmane, qui se présente pourtant comme un réformateur avec son programme « Vision 2030 », n’apporte pas plus d’espoir puisqu’il se focalise essentiellement sur l’évolution économique du pays. Tant que la contestation ne sera pas autorisée, les prises de position de l’héritier du trône ne convaincront pas.