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France : Le renouveau du blasphème

dimanche 10 septembre 2017, par siawi3

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/jeanne-favret-saada-une-fatwa-ne-peut-en-aucun-cas-etre-un-jugement-de-mort

Hors-champs par Laure Adler
du lundi au vendredi de 22h15 à 23h

Jeanne Favret-Saada : « Une Fatwa ne peut en aucun cas être un jugement de mort. »

01/02/2016

Ethnologue spécialiste des pratiques de sorcellerie, Jeanne Favret-Saada, dans « Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins », analyse les accusations de blasphèmes, et notamment, celle de l’ayatollah Khomeiny contre l’écrivain Salman Rushdie en 1989. Entretien.

La question du blasphème débute avec les accusations des autorités chrétiennes lors de la sortie du film de Martin Scorsese, « La dernière tentation du Christ » entre 88 et 89. Condamnation qui a eu lieu aux Etats-Unis, en Italie, et aussi en France, où « les événements ont pris un tour particulièrement grave parce qu’il y a eu, en plus de manifestations nombreuses, des cinémas incendiés, des blessés graves, dont un resté handicapé à vie ».

__"J’ai vu se mettre en place une énorme affaire internationale toujours à base d’accusations de blasphème."

_« Juste après ça, Salman Rushdie sortait son livre en grande Bretagne. (…) Entre septembre 88 et février 99, date à laquelle l’Ayatollah Khomeiny a condamné à mort Salman Rushdie, j’ai vu se mettre en place une énorme affaire internationale toujours à base d’accusations de blasphème._ ». S’ensuit l’affaire des caricatures à l’origine de son dernier ouvrage : « c’est en 2005 quand est intervenue cette affaire des dessins du Jyllands-Posten, le journal danois qui publiait douze représentation de Mahomet. (…) Là j’ai été, de fait, enquêter au Danemark, mais pas de la façon dont je l’avais fait avec la sorcellerie, parce qu’il s’agissait d’une affaire publique. »

"Une fatwa, c’est juste un conseil juridique, (...) ça ne peut en aucun cas être un jugement de mort."

Revenant sur la fatwa de l’Ayatollah Khomeiny, Jeanne Favret-Saada montre comment cet événement a marqué un point de rupture avec le droit shariatique traditionnel : « du point de vue du droit musulman, y compris Chiite, [ce jugement est] complètement frauduleux à mille égards. (…) Une fatwa, c’est juste un conseil juridique qu’un spécialiste de la Sharia donne, soit à un juge, soit à des fidèles, qui veulent éclairer un problème de leur vie religieuse. Ça ne peut en aucun cas être un jugement de mort. » « Et la chose absolument stupéfiante, c’est que tout les islams, pas seulement chiites, se sont reconnus. Des fondamentalistes de tous les islams se sont reconnus là-dedans. »

"On est dans un moment historique, où la passion religieuse est mobilisable dans l’islam."

Au fil de cet entretien, Jeanne Favret Saada révèle l’importance de ces premiers événements, qui, quoique d’apparence marginale ont en réalité participé à cette radicalité émergente : « En 1989 et depuis, on est dans un moment historique, où la passion religieuse est mobilisable dans l’islam alors qu’elle ne l’est pas du tout dans le christianisme. ».

Intervenants

Jeanne Favret-Saada